Décentrez l’Île-de-France !

Embouteillage trafic circulation Paris (Crédits Olivier Jeannin, licence Creative Commons)

Que faire pour régler les problématiques de logement et de transports en Île-de-France ?

Par Victor Cossec.

Trafic circulation Paris

Les Municipales Parisiennes se sont terminées voilà quelques mois, après une campagne axée comme toujours sur les problématiques de logement et de transports. Ces sujets sont systématiquement remis au goût du jour : est-ce bien normal ? N’est-ce pas, finalement, la preuve qu’il faut rechercher des solutions nouvelles ? On ne résoudra pas le cas parisien en traitant les symptômes, en multipliant les aides publiques au logement, en doublant les rames de RER. Il faut, au contraire, élargir le champ pour envisager une solution viable à long terme.

Rares sont les capitales aussi centrées que la métropole francilienne. Ses principaux axes de communication convergent vers un centre asphyxié, dont le prix au mètre carré explose. Rueil, La Défense, Étoile, Bercy… Nombreuses sont les entreprises contraintes de s’implanter sur la colonne vertébrale parisienne que constitue le RER A pour être accessibles à leurs employés. Les habitants s’étant installés dans les quartiers avoisinants sont progressivement repoussés vers des zones plus périphériques et les transports suivent toujours la même logique : connecter le centre, les entreprises, avec les zones d’habitation. Jusque là rien d’anormal, sauf que cette structure en étoile ne peut s’étendre indéfiniment.

À pousser trop loin cette logique, on en est venu à une situation aberrante où les franciliens passent plusieurs heures par jour dans les transports ! C’est que cette organisation de l’île-de-France est encouragée par de nombreuses interventions publiques. En apportant des aides au logement dans Paris et en bradant les transports depuis la banlieue, les pouvoirs publics ne défendent pas de solution alternative : pis, ils participent au cercle vicieux qui congestionne la capitale et retarde sans cesse le franchissement du seuil que connaissent toutes les grandes villes.

Il faudra bien un jour que Paris connaisse la transition de ses semblables du monde entier. Il arrive un moment où une ville ne peut continuer sa croissance en étoile et doit faire émerger de nouveaux pôles. Alors seulement, elle peut poursuivre sa croissance. Ce n’est qu’en développant de nouvelles zones dynamiques rapprochant habitation et activité que les grandes villes peuvent mettre un terme à l’engorgement. Ainsi, au lieu d’étendre les zones d’activité centrales et repousser les zones d’habitations, il faut développer des zones d’activité en périphérie, vers lesquelles les populations d’habitants pourront s’orienter, créant ainsi des flux bi-directionnels, vers les zones d’activités du centre et les pôles périphériques, et non plus à sens unique vers le cœur de Paris.

Cette évolution serait le phénomène naturel consécutif à la hausse du prix des transports et du logement. Mais en multipliant les subventions et en refusant de réellement connecter les banlieues distantes, les pouvoirs publics ne font qu’alimenter la machine infernale à dépenses publiques. Le Grand Paris est trop timide. Ses axes périphériques desserviront des villes dont le dynamisme est déjà frappant, telles que Rueil-Malmaison, quasi-annexe de La Défense tant la zone de bureaux de Rueil 2000 y est importante. Il faudrait, au contraire, encourager le développement des banlieues éloignées en les connectant réellement entre elles, aux extrémités des lignes existantes. Tout le monde serait gagnant. Entreprises et habitants réduiraient ensemble leurs coûts de transport et de logement et l’Île-de-France adopterait enfin une organisation cohérente et de long terme.

À défaut d’un réseau de transport géré par les acteurs privés, il serait souhaitable que ce dernier se développe comme ceux-ci l’auraient fait, à l’image de ces grandes capitales que Paris souhaite concurrencer.