Libéralisme et individualisme

Le libéralisme n’oppose pas l’individualisme au collectif puisque sa réflexion porte sur la vie en collectivité.

Par Vladimir Vodarevski.

liberalisme mondeLe libéralisme est généralement dénoncé pour son individualisme. Il privilégierait l’égoïsme au détriment du collectif. Pourtant, le libéralisme a pour objet la vie en société. Plus précisément, la vie dans une grande société, dans laquelle la plupart des gens ne se connaissent pas, mais doivent vivre ensemble, par opposition à la tribu, qui vit en autarcie (cf. par exemple Hayek, Droit, Législation et Liberté). L’idée du libéralisme est de vivre ensemble dans le respect d’autrui. Et c’est aussi l’idée que chacun est un être pensant et autonome, libre de ses choix.

La critique du libéralisme se base d’abord sur une opposition entre individualisme et collectivisme sans aucun fondement. D’autre part, elle confond collectivisme et dirigisme.

Les libéraux sont accusés de privilégier une approche égoïste de la société pour des raisons méthodologiques. En effet, ils privilégient l’individualisme méthodologique. Cette méthode consiste à commencer l’étude de la société par son élément de base, l’individu, comme on décortique les éléments en physique, chimie, ou biologie. Ce n’est pas une apologie de l’égoïsme. Cette méthode s’oppose au holisme, qui privilégie une approche globale. Par classes sociales par exemple. Notons que l’individualisme méthodologique permet de prendre en compte les influences de groupes sur chacun, tandis que le holisme réduit l’être humain à un stéréotype de groupe. Et qu’il est absurde de crier à l’égoïsme pour une question de méthodologie.

Le principe de liberté individuelle, défendu par les libéraux, est également critiqué comme favorisant l’égoïsme par rapport au collectif. C’est négliger le fait que le principe de liberté individuelle suppose de respecter la liberté… des autres. La première règle découlant du principe de liberté est celle de non agression : personne n’a le droit de contraindre quiconque par la force. Le libéralisme, c’est le respect des libertés, ce qui est la même chose que le respect de la liberté. En conséquence, une société libérale est une société de compromis permanent, chacun devant tenir compte d’autrui. Ce qui construit une société au plus proche de l’intérêt de tous. Mais chacun doit faire des efforts pour tenir compte des autres.

Ainsi, le libéralisme respecte l’intérêt collectif, en tant que compromis entre les intérêts de chacun. Dans ce cas, pourquoi le critiquer au nom de l’intérêt collectif ? La question est en fait celle de l’intérêt collectif en lui même. Qui doit en décider ? Les libéraux considèrent que chacun est libre de suivre ses intérêts, en tenant compte de ceux d’autrui. Ce qui aboutit à des compromis. Les anti-libéraux décrètent un intérêt collectif, qui doit s’imposer à tous. Ce n’est plus de l’intérêt collectif, mais du dirigisme. Frédéric Bastiat écrivait que « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. » Aujourd’hui, l’État n’est-il pas devenu un lieu de rapport de force, où chaque lobby, association, et autres ONG essaie d’imposer sa volonté ? Et donc de diriger les gens ? Qu’est-ce que l’intérêt collectif pour les anti-libéraux, sinon l’intérêt décrété par une faction, un groupe, des dirigeants politiques, qui au final souhaitent diriger les gens ? Pour les libéraux, c’est l’ensemble des compromis entre chacun.

Le libéralisme se caractérise par une haute idée de l’être humain. C’est pourquoi il rejette le dirigisme. Chacun doit disposer de son libre arbitre, de son pouvoir de décision, de sa responsabilité. Ce qui est un idéal difficile à qui n’y est pas préparé. Alexis de Tocqueville souligne la difficulté à assumer sa liberté. Et comme on peut préférer l’asservissement, mais qui nous promet le bien être (voir à ce sujet ce superbe texte sur le site de l’Institut Coppet). Paradoxalement, cette tendance à demander une protection est considérée comme de l’individualisme par Alexis de Tocqueville. Ce que les anti-libéraux vénèrent comme l’opposé de l’individualisme, à savoir qu’un État dirige la société sous tous ses aspects, est considéré comme un encouragement à l’individualisme par Alexis de Tocqueville, pour qui ce système signifie que chacun peut chercher à protéger son propre avantage.

Ainsi, le libéralisme n’oppose pas l’individualisme au collectif. Il réfléchit à la vie en collectivité. Mais dans le respect de l’être humain, et non dans le dirigisme. Il n’y a pas de débat entre libéralisme et collectivisme, mais entre libéralisme et dirigisme. Entre l’idée que l’être humain doit être formaté et dirigé, et celle selon laquelle l’être humain est un être pensant, autonome, libre et responsable de ses actes.


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