Les fantasmagories statistiques sur l’accroissement de richesse des « riches » américains

Contrairement aux idées reçues, les « ultra-riches » ne se sont pas enrichis ces dernières années.

Par Bernard Zimmern, Dominique et Valérie d’Emploi 2017.

arton294-556edLa plupart des statistiques que l’on voit circuler sur internet, pour démontrer par exemple que la part des riches américains n’a cessé d’augmenter, sont truquées ; comme étaient truquées les statistiques de prélèvements en France1

Lorsqu’on parle de revenus, parler de revenus primaires, avant redistribution, c’est-à-dire avant que les revenus les plus faibles aient été augmentés de tous les avantages sociaux alors que ceux-ci ont subi dans les vingt dernières années une ascension fulgurante et représentent maintenant en France un bon quart du PIB, 12% du budget fédéral américain, n’est pas très sérieux.

Pour les patrimoines, il faut se rappeler que les retraites payées par les organismes de retraite publique, aux États-Unis la Social Security2, ne sont pas comprises dans les études de patrimoine les plus solides comme celle de la Federal Reserve3. Or, une étude INSEE de 2006 chiffrait à environ 10.000 milliards le patrimoine retraite, le même ordre de grandeur que le patrimoine physique répertorié ultérieurement par le même INSEE.

Parler de l’évolution des patrimoines sans y intégrer les retraites n’a donc guère de sens.

Pourtant, même avec ces biais, il est surprenant de constater que l’une des sources statistiques les plus sérieuses, l’enquête triennale de la Federal Reserve montre que de 2004 à 2010, le revenu moyen des ménages a augmenté plus vite que le revenu des 10% des patrimoines les plus élevés ou que celui de ceux au top 1% des patrimoines. Il est vrai que la Fed classe revenus et patrimoines en fonction du montant du patrimoine et pas du revenu tiré par exemple des statistiques de l‘IRS qui, sans corrections, comme rappelé ci-dessus, n’ont pas grand sens.

Plus important, on voit que la chute des revenus due à la crise4 a été plus importante pour les patrimoines les plus élevés que pour la moyenne des revenus de l’ensemble des Américains.

Il n’y a que le patrimoine qui ait davantage chuté pour la moyenne que pour les plus riches et l’explication se trouve dans la chute de valeur des résidences principales qui a surtout affecté les patrimoines moyens (le décile des plus pauvres ne possédant de logement que dans un quart des cas) et les patrimoines moyens ayant peu d’investissements industriels à la différence du décile ou centile le plus riche5.

Ceci nous parait appuyer la remarque fondamentale de l’ancien Gouverneur de la Banque d’Angleterre, Marvyn King, qui écrivait : « … absent (…) is any recognition that the main reason for the average rate of return exceeding the growth rate by a good margin is that savers require a risk premium to compensate for the uncertain nature of the returns on investment”.

Ensemble des ménages (En dollars constants 2010)

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Top 10 %

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Top 1 %

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Annexe : le poids des aides sociales US

Sur le 3,5 trillions de $ du budget 2013 (21% du GNP / PIB) :

  • 643 milliards pour la défense
  • 814 milliards pour payer les retraites de la Social Security
  • 772 milliards pour Medicare (couverture maladie des >65 ans), Medicaid (couverture maladie des plus pauvres) et le CHIP qui couvre l’assurance maladie des enfants les plus pauvres
  • 398 milliards pour les programmes d’aide (autres que santé et retraite) aux plus en difficulté : EITC, Child Tax Credit, ,Food Stamps, school meals, etc.


Sur le web.

  1. Voir tribune des Échos du 31 mai 2011 : « Fiscalité : l’erreur de M. Piketty ».
  2. Correspondant à une cotisation de 12,5% des salaires.
  3. Voir Federal Reserve Bulletin n° 98 2012 page 37 Survey of Consumer Finances 2010 2ème §).
  4. Comparaison 2007-2010.
  5. Voir pour évolutions par type d’actif les tableaux publiés sur www.irdeme.org « évolution des patrimoines US ».