Le défi alimentaire en Afrique : quelles perspectives ?

Pour lutter contre la faim et la malnutrition en Afrique, les barrières qui s’opposent au libre-échange doivent être levées.

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Le défi alimentaire en Afrique : quelles perspectives ?

Publié le 15 mai 2014
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Pour que la faim et la malnutrition deviennent des souvenirs du passé pour des millions d’Africains, les barrières qui s’opposent au libre-échange doivent être levées et plus d’attention doit être accordée à l’agriculture.

Par Lanre Olagunju.
Un article de Libre Afrique.

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Dans son rapport annuel 2014, Bill Gates a plaidé contre l’idée selon laquelle l’aide étrangère est un gaspillage total. Il a soutenu que l’argument selon lequel l’aide génère la dépendance est fausse si l’on observe des pays comme le Botswana, le Mexique, le Maroc, la Thaïlande, Singapour que l’on qualifiait pourtant de dépendants à l’aide. Bill Gates n’a pas manqué de souligner que des pays comme la Corée du Sud et la Chine sont maintenant des pourvoyeurs d’aide. Dans son rapport, il a reconnu qu’aucun programme n’est parfait, en soulignant qu’il existe des moyens par lesquels l’aide peut être rendue plus efficace.

Un cliché peu flatteur répandu autour de l’Afrique est que le montant cumulé détourné par les gouvernements africains dépasse celui qui a été reçu via l’aide. À tous points de vue, cette triste réalité interpelle naturellement sur l’essence de l’aide en Afrique. Il ne semble pas tout à fait logique de dire que l’aide étrangère est totalement un gâchis. En matière de santé par exemple, l’aide étrangère a été profondément bénéfique pour la plupart des Africains en particulier lorsque l’on considère les énormes fonds qui ont été dépensés dans les vaccins, la planification familiale, et bien sûr les ARV (antirétroviral), ce qui a aidé à garder en vie des gens touchés par le VIH.

Selon la Banque mondiale, le volume des pertes alimentaires en Afrique, pour toutes les mauvaises raisons que vous pouvez imaginer, pourrait nourrir 48 millions de personnes. Toujours dans le même rapport de la Banque mondiale, entre 1998 et 2008, il a été observé que la perte alimentaire en Afrique dépasse l’aide alimentaire reçue. Cela permet à nouveau de montrer que le manque d’aide n’est pas le véritable obstacle à la prospérité de l’Afrique. Un autre rapport de la Banque mondiale publié en 2012 a révélé que les agriculteurs en Afrique peuvent éventuellement produire assez de nourriture qui pourrait faire le tour de l’Afrique. Mais cela supposerait que les pays africains lèvent les restrictions transfrontalières sur le commerce alimentaire. Cette initiative, à elle seule, ferait gagner au continent 20 milliards de dollars par an. Tout cela en acceptant simplement de lever les barrières commerciales et les politiques faisant obstruction au libre-échange.

Cet accord multilatéral entre les dirigeants africains permettrait une meilleure circulation de la nourriture des zones d’abondance vers celles où les gens se couchent le ventre vide. Un tel accord permettrait de réviser et lever les interdictions à l’exportation et à l’importation de produits agricoles, les règles d’origine restrictives et d’autres facteurs attribués au contrôle des prix du marché, qui ne facilite pas une concurrence saine sur le marché. La création d’un marché concurrentiel demeure toujours un défi aussi longtemps que les prix sont contrôlés. En outre, obtenir de la nourriture à des prix abordables serait hors de portée.

Pour que la faim et la malnutrition deviennent des souvenirs du passé pour des millions d’Africains, plus d’attention doit être accordée à l’agriculture. Assurer la disponibilité de la nourriture nécessite des fonds, de meilleures semences qui produiront des cultures saines, de la mobilisation technologique pour transmettre des informations aux agriculteurs (sous forme de services de vulgarisation agricole), de manière à tenir au courant les agriculteurs des nouvelles semences et des moyens intelligents de commercialiser leurs récoltes. Les agriculteurs ont aussi besoin d’un accès facile à la terre, la plupart des petits agriculteurs, en particulier les femmes qui sont les plus concernées quand il s’agit de la production alimentaire en Afrique. Ce dont ont besoin ces femmes ce sont des investisseurs qui leur offrent facilement des prêts afin d’augmenter leur production agricole car beaucoup d’entre elles sont incapables de payer les engrais, les pesticides et les semences à haut rendement.

La pénurie alimentaire devrait interpeller les dirigeants africains, compte tenu des prévisions évaluant à 9 milliards le nombre de bouches à nourrir en 2050. Cela suppose que la production agricole devrait augmenter de 70%, ce qui dans tous les cas exige des pays en développement de jouer des rôles gargantuesques. Si la moitié de tous les Africains ont actuellement moins de 20 ans, plus de la moitié de la croissance de la population mondiale d’ici à 2050 proviendra de l’Afrique, alors celle-ci n’a pas besoin qu’on lui dise d’impliquer davantage ses jeunes dans l’agriculture. Mais le défi est que l’agriculture doit d’abord être perçue comme une entreprise rentable, ce qui demeure un tournant pour l’économie africaine moderne.

L’exode rural des jeunes devrait permettre une agriculture innovante et fondée sur la connaissance. Ils sont maintenant à la recherche de pâturages plus verts, ce qui explique qu’un grand nombre d’agriculteurs africains appartient à la population adulte. La masse importante de jeunes migrant vers les villes reste tous les jours une menace pour la production alimentaire sur le continent. Par conséquent, les jeunes africains ont besoin d’être motivés pour voir l’agriculture comme une entreprise rentable et utile dont ils peuvent être fiers.


Article initialement publié en anglais par Africanliberty.org – Traduction réalisée par Libre Afrique.

[*] Lanre Olagunju est journaliste indépendant.

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  • article interressant !

    mais je vais mettre les pieds dans le plat ( de riz ) :

    la lbéralisation du commerce des produits agricoles serait surement une bonne chose dans un marché d’abondance, mais dans un marché de pénurie, l’exemple de la guerre des farines en 1775 montre que ça peut au contraire provoquer des émeutes de la faim.

    en france, le plan marshall puis les lois pisani ( 1962 ) ont permis de faire décoller l’agriculture, la faisant passer d’activité souvent peu rentable à parfois trés rentable ( 2 à 3 fois le salaires d’un ouvrier dans les années 70 ) . malheureusement, l’aiguillon de cette surperformance fut bien souvent étatique ( subvention à l’achat de tracteur, recherche nationalisée, cadre législatif venant d’en haut , cogestion avec le syndicat, safer, barrière douanière … )

    avec le climat et les terres dont elle dispose, l’afrique a évidement la capacité à nourrir sa population et mème au dela.
    ce dont les agriculteurs africains ont besoin, c’est de stabilité : savoir qu’ils pourront exploiter leur terre sur le long terme pour y faire des amendements rehaussant la fertilité du sol et diverses améliorations qui ne peuvent s’ammortir qu’en 10 ou 20 ans. et d’etre sur que ce n’est pas les nomades qui en profiteront …
    d’infrastructure : l’activité agricole necessite la plupart du temps le transport de denrées pondèreuses dont le rapport prix sur volume fait qu’ils augmentent fortement les chemins et les routes sont deficientes.
    de formation : le metier est compliqué et évolue en permanence, ils doivent pouvoir profiter des derniers acquis, mème s’ils se sont fait sur un autre continent.
    de capital : la mécanisation coute cher, les intrants aussi, mème si tout doit etre fait pour optimiser leur utilisation. sans réseaux banquaires fiables, ils tomberont vite dans l’usure.

    les deux premiers point ne peuvent difficilement etre garantie que par des états stabilisés dans l’espace et dans le temps. ce qui est loin d’etre gagné…
    les deux derniers, vu l’expériences qu’en ont les 4 autres continents, risquent d’etre l’apanage des coopératives …

  • Le Malawi ( qui ne subvenait pas à ses besoins alimentaires) a doublé sa production de mais en quelques années ( maintenant il exporte): ceci est très encourageant et cela montre que l’Afrique peut bénéficier des compétences de l’occident et donc progresser très rapidement.D’autres expériences positives au Kenya par exemple ( production fleurs..).Il y a plus de 100 millions d’hectares de jachère sur des terres correctes. Le potentiel de production est énorme car les rendements actuels sont très faibles ( excepté afrique du sud, égypte..).A l’inverse le Zimbabwe qui était un pays riche sur le plan agricole dépend maintenant de l’aide alimentaire.Les prix mondiaux plus élevés et la précédente crise alimentaire font que beaucoup de chefs d’état Africains se ré intéressent à l’agriculture.Il ne devrait donc pas y avoir de catastrophes dans les 20/30 ans qui viennent. L’Afrique pratique le bio à grande échelle ( d’où les résultats médiocres) mais lorsqu’elle passera au modèle productif elle fera un bond spectaculaire.

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