Anomalie française : le parti politique manquant !

La droite au sens du CDU/CSU allemand, ou au sens du Conservative Party anglais, est inexistante en France.

Par Sylvain Jutteau.

Gauche droite

On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. On ne convertira jamais les interventionnistes de l’UMP à une culture de la responsabilité. Il y a un parti à créer. En effet, si l’on observe le paysage, il y a un trou. Regardons.

Comme d’habitude, la France aime faire différemment. Les partis politiques en France sont décalés vers la gauche. Le recalage qui a lieu lors des constitutions de groupe au parlement européen donne d’ailleurs toujours lieu à une « droitisation » au plan économique.

Le PS comprend une aile gauche, héritière lointaine des utopistes du XIXe siècle (à la suite de Charles Fourier, pour qui veut creuser le sujet). Ensuite, l’essentiel du PS le situe dans une gauche telle qu’elle existait partout en Europe dans les années 50, s’alliant ouvertement avec le parti communiste en raison de valeurs communes. Constatons que cette alliance est maintenue.

L’UDI est de forte coloration radicale socialiste de tradition et de composition. Après quelques mois d’existence, l’UDI a éjecté de ses rangs sa mouvance libérale très minoritaire qui était représentée par le PLD (Parti Libéral Démocrate). Le PLD était incompatible avec le cœur de doctrine de l’UDI. L’UDI, prenant la suite des « radicaux valloisiens », est proche du parti travailliste anglais antérieur au blairisme. Notons qu’il y a des députés UDI qui ne se sont pas opposés au plan présenté par Monsieur Valls.

Le Modem est l’héritier du CDS, qui était l’aile gauche de l’UDF. C’est la mouvance des « Chrétiens de gauche », qui a conduit Monsieur Bayrou à voter pour le parti socialiste en 2012.

L’UMP, quant à elle, a pratiqué une fois au pouvoir un interventionnisme très bonapartiste, qui le classe à gauche au plan économique. L’UMP a battu le record de dépenses publiques et le record du nombre de fonctionnaires en incluant les trois fonctions publiques (seule la fonction publique d’État a été stabilisée). Quelques marginaux, comme Monsieur Madelin, avaient essayé au sein de l’UMP mais sans succès de prôner une politique favorable au droit d’entreprendre et de commercer. Cela a fait flop : Monsieur Madelin travaille maintenant dans le privé. Il reste toutefois une tendance au sein de l’UMP qui est défenderesse des valeurs dites traditionnelles, ainsi que quelques députés qui sont issus du secteur productif, ce qui fait au total pencher le centre de gravité de l’UMP vers le centre droit.

Mais la droite au sens du CDU/CSU allemand, ou au sens du Conservative Party anglais, est inexistante en France. Jamais un parti de gouvernement en France n’a par exemple défendu la tendance libérale conservatrice qui a émergé à partir de la Grande Bretagne dans les années 80. Le premier ministre anglais Margaret Thatcher exploitait alors les travaux de l’école économique libérale autrichienne, snobée en France. La tendance libérale-conservatrice est ostracisée en France, et présente dans toutes les démocraties comparables.

Pour être complet, notons que le FN, avant la prise de pouvoir par Marine Le Pen et l’instauration d’un programme économique interventionniste, aurait pu représenter la tendance libérale-conservatrice s’il n’avait pas véhiculé des idées racialistes épouvantables, portées par Monsieur Mégret, et hébergé les anciens de l’OAS. En effet, le FN défendait les valeurs traditionnelles, la libre entreprise, et la société du contrat contre la société de la contrainte. C’était l’époque des diatribes contre le « fiscalisme ». Dans cette posture anti-étatique, le FN n’avait alors jamais réussi à se défaire de sa coloration contestataire, même en éjectant Monsieur Mégret et ses suiveurs.

L’État est sacralisé en France, lié à l’idée même de république. Le contester en surface est admis ; contester la légitimité de son périmètre d’action est vu comme sacrilège. Nonobstant les déséquilibres que provoque cet État.

Enfin, observons que les « économies » de 50 milliards d’euros préconisées par Monsieur Valls sont en réalité une « moindre augmentation » par rapport aux prévisions de la Direction du Budget. Pour poser le contexte, notons qu’à monnaie comparable les dépenses publiques étaient de 200 milliards d’€ en 1962 contre 1200 milliards programmés pour 2014. C’est une minoration de 1000 milliards qu’il faut envisager pour retrouver la prospérité et le plein emploi de 1962.

Monsieur Valls souhaite sauver un système proche de rompre sous le poids de ses propres excès. La fuite des jeunes diplômés, des investissements, et des centres de production industrielle, est un avant goût d’un possible décrochage, comme cela s’est produit dans la Grande Bretagne des années 1970.

Dans ce paysage, oui, Monsieur Valls est soutenu. Il est perçu intuitivement et rationnellement comme une possibilité de sauver les meubles d’une économie mixte, où il y a une porosité entre la haute fonction publique et la direction des grands groupes privés (cf. ce document). Dès lors, le soutien que Monsieur Valls reçoit permet-il d’affirmer que l’électorat va « à droite toute », ou même qu’il s’agirait d’une « politique de droite » ? Maintenons un jugement prudent.

Gardons par exemple en mémoire qu’en France 57% des dépenses sont des dépenses publiques, à comparer avec 10% avant la première Guerre Mondiale. Du point de vue de l’ampleur de la confusion entre le politique et l’économique, la France est avec le Danemark, un cas ultime dans l’OCDE. Monsieur Valls tente en fait de faire survivre un système à dominante collectiviste.

Il y a à droite une place vide, qui ne correspond pas au dogme collectiviste posé par le CNR. C’est pourquoi le chemin est long pour créer et imposer ce parti manquant. Un parti défavorable à la société de la contrainte et favorable à la société du contrat.