Comment convertir la droite aux idées de la liberté ?

Explosion UMP (Crédits : Sabine Nourrit/Aleps, tous droits réservés)

Pour convertir la droite au libéralisme, il faut une rupture, une stratégie et une détermination.

Par Jacques Garello.
Un article de l’aleps.

040814_umpLa gauche a explosé, victime de ses « contradictions internes », comme disait Marx. C’est un premier pas vers la libération des Français. Je n’ai jamais douté de l’échec du socialisme, construit sur une « erreur anthropologique » : la nature de l’homme ne le porte ni vers le totalitarisme ni vers le collectivisme. L’homme a besoin d’exprimer sa liberté et sa responsabilité, et chaque être humain est « unique et irremplaçable ».

Reste maintenant à franchir un deuxième pas : convertir la droite aux idées de la liberté. Quand je dis « la droite », je vise évidemment la classe politique de droite, et non les électeurs qui votent à droite pour ne pas voter à gauche ou s’abstenir. Comme celle de gauche, la classe politique dite de droite est un assortiment hétéroclite de conservateurs, d’étatistes, de centristes, de nationalistes, d’écologistes et de quelques rares libéraux ; elle ne se trouve une raison d’être qu’à la veille des élections. Encore cette union est-elle éphémère et partielle : la droite adore se suicider.

Convertir la droite au libéralisme est un défi difficile à relever. Comment y parvenir ? Il faut une rupture, il faut une stratégie, il faut une détermination.

La rupture s’impose : il y a une droite dont les électeurs ne veulent plus. La défaite de NKM à Paris en est la meilleure illustration. Un grand nombre de Français rejettent une droite divisée, une droite ambiguë, une droite discréditée. La division est une tare, le combat des chefs est permanent. Après Copé contre Fillon, s’est ouvert l’épisode Sarkozy bis, puis maintenant la résurrection de Juppé. Rien de mieux pour rassembler que de s’attaquer aux autres. Les querelles de personnes ont priorité sur un programme et quand il y a un programme c’est un ramassis de mesures incohérentes. À la multiplicité des candidats correspond l’ambiguïté de la doctrine. Le discours et les actes de Madame NKM traduisent parfaitement cette ambiguïté : aussi verte que les écologistes, elle a refusé la prospection des ressources en gaz de schiste ; aussi amorale que Madame Taubira, elle s’est désolidarisée des manifestations contre le mariage pour tous, la GPA, l’euthanasie ; aussi étatiste qu’Alain Juppé, elle trouve que l’UMP est trop « libérale ». Donc « la droite » a laissé Paris entre les mains de Madame Hidalgo. Enfin, les parfums de scandale qui flottent autour des ténors de la droite n’attirent pas le chaland. Là encore la gauche n’a rien à lui envier, mais tandis que la corruption va nécessairement de pair avec l’économie dirigée, elle devrait épargner les partisans de la liberté économique.

Oui, mais voilà : cette droite actuelle n’est pas libérale.

La rupture avec ses leaders va-t-elle nous précipiter dans le vide ? La stratégie que je propose, comme d’autres libéraux, consiste à donner priorité à la pédagogie de la liberté, plutôt que de préparer le catalogue des mesures pour l’alternance. Je prends un exemple. Certains cherchent les 50 milliards manquants pour sortir de l’ornière : on peut supprimer telle subvention, comprimer certains coûts, bloquer des salaires ou des travaux. Double erreur à mon sens : d’une part l’objectif est-il 50 milliards, faut-il s’occuper de l’argent ou des comportements, peut-on réduire les dépenses de l’État, des collectivités territoriales, de la Sécurité Sociale sans réduire le périmètre de leurs interventions ? Il faut ramener le secteur public à sa plus simple expression. D’autre part, un programme peut-il se bâtir comme un patchwork, en prenant soin de ne heurter aucune catégorie d’électeurs (y compris les privilégiés), ou doit-il traduire un projet de société fondé sur la liberté et la responsabilité ? Le changement est total, global (« comprehensive » disent les Anglais) ou n’est pas. Il s’agit de changer de système, d’abandonner la centralisation et l’administration pour la décentralisation et le marché.

Malheureusement nous subissons la tyrannie des chiffres, les médias ne retiennent que les milliards et ce qui leur semble « concret ». Notre stratégie doit être au contraire bâtie sur la diffusion, l’éducation, l’explication des grands principes libéraux : subsidiarité, concurrence, propriété, responsabilité. Ce n’est qu’une fois la pédagogie libérale mise en place, une fois l’opinion publique libérée de la pensée unique et persuadée désormais qu’on doit et qu’on peut se passer de l’État, qu’émergera naturellement une nouvelle classe politique susceptible de faire triompher dans les urnes le succès des idées de la liberté. Ce n’est pas Reagan qui a changé les États-Unis, ce sont les gens qui ont changé les idées dominantes dans les universités et la presse américaines. Ce n’est pas Madelin ni la bande à Léo qui a donné l’espoir d’un gouvernement libéral, c’est la vague libérale venue de Thatcher et Reagan, et les travaux des intellectuels libéraux français relayés par Le Figaro Magazine. Comme le disait feu mon ami Jean-Marc Varaut : faisons la liberté, la liberté fera le reste.

Bien sûr, je n’ignore pas la difficulté de l’entreprise de conversion. Tout d’abord, c’est une génération entière d’élus et de politiciens qui a été atteinte d’amnésie libérale. Ensuite, les médias ne plaident pas en notre faveur. Enfin l’environnement international est moins propice que dans les années 1980 et le protectionnisme fait son retour.

Pourtant la société civile s’est déjà réveillée, au nom de la liberté, des droits individuels et de la dignité de l’être humain. C’est donc vers la société civile que doivent aller nos efforts, mais sommes-nous prêts à assumer cette mission ? Je pose ici la question de notre détermination. Il n’y a pas de conversion sans missionnaire.


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