Politique : leçons des derniers mois écoulés

Des municipales au remaniement et aux premières semaines du gouvernement Valls, décryptage de l’actualité politique récente par Marc Suivre.

Par Marc Suivre.

Manuel-Valls-Francois-Hollande

Quel que soit le terme employé pour qualifier le résultat des dernières municipales : « une branlée, une dégelée, une avoinée, une déculottée, une sacrée mandale », si l’on est de droite, ou bien : « une déroute, un sérieux avertissement, l’expression de l’incompréhension du peuple de gauche », si l’on est socialiste, le constat est sans appel : la défaite est sans précédent. Les bastions les plus solides de la gauche jactante sont tombés. Limoges, socialiste depuis 1912, Charleville-Mézières à gauche depuis 1904 et jusqu’à Niort, ses mutuelles et ses fonctionnaires qui basculent dès le premier tour. N’en jetez plus, la coupe est pleine. Cette conclusion, tout ce qui cause dans le poste l’a tirée. Bien évidemment, les mêmes se sont empressés de l’évacuer en la remplaçant par des nouvelles autrement plus importantes, dont la chasse aux décolletés, lancée par la folle du Poitou, dans son ministère, n’est que le dernier avatar en date. Tout est bon pour noyer le poisson et la Presse s’est empressée de voler au secours de ses amis socialistes, en jetant sur cette Bérézina, le voile pudique de l’info spectacle. Ce n’est d’ailleurs pas tant les leçons – qui ne sont jamais tirées de ce type de consultation – que les réactions stéréotypées d’un pouvoir aux abois pour éviter, précisément, d’avoir à le faire qui sont intéressantes à étudier. C’est à quoi nous allons tenter de nous atteler.

Le socialisme municipal est derrière nous

Ces derniers mois, sentant venir la déconfiture, le pouvoir, dans le plus pur style socialiste de gestion toute crise, nous avait entonné l’air des « élections avant tout locales » pour tenter de désamorcer la bombe. Le mur arrive à grande vitesse, feignons de ne pas le voir et klaxonnons pour qu’il se pousse. Nier l’évidence, jeter l’opprobre sur ceux qui ne pensent pas comme vous, se bander les yeux et se boucher les oreilles en attendant l’inévitable voilà la doxa des forces de progrès. Attentifs comme vous l’êtes, le parallèle avec la manière dont la gauche conduit économiquement le pays à sa perte, vous aura sauté aux yeux (dans le cas contraire refermez vite ce journal et allez vous purifier sur Libération.fr). Ce qu’il y a de remarquable dans cette entreprise de décérébration, matraquée par une presse complaisante (pour ne pas dire complice), c’est que l’UMP, en pleine phase de reconstruction décomposition avancée, s’est prêtée au jeu. Il fallait entendre ses « leaders » se succéder pour tenter de « nationaliser » le scrutin et encore très mollement et sous les quolibets de leurs intervieweurs, pour se convaincre qu’ils attendaient une vague bleue comme Brice (le surfeur, pas l’ex-ministre) attendait la sienne au large de Nice dans le film éponyme.

Miracle de la démocratie, et renationalisation des enjeux par les incapables qui nous gouvernent au moyen des écoutes intempestives sur Nicolas Sarkozy aidant, les électeurs ne s’en sont pas laissés compté et ont renvoyé à leurs études, les « équipes de progrès n’ayant pas démérité » qui avaient multiplié les pains et les impôts pour le plus grand bonheur supposé de leurs électeurs vache à lait. Comme tout ce petit monde était aussi cumulard que possible, leurs concitoyens leur ont du même coup permis de se mettre en adéquation avec la règle de non-cumul qu’ils venaient de s’administrer prudemment pour… 2017. Les Députés et Sénateurs socialistes ne sont plus Maires et certains, se souvenant à juste titre de 1993, se savent en sursis. La perspective du chômage prochain les fait réagir, comme le premier syndicaliste venu de chez Mittal (ah non celui-là va devenir Député Européen). Ils grognent et ils protestent à qui mieux mieux. Pour un peu qu’on les y poussent, ils pourraient même occuper leur lieux de travail (non, je déconne, pour ça il faudrait qu’ils sachent où se trouve l’Assemblée). Bref devant la fronde des « bientôt sans culotte » de l’Assemblée, galvanisés par Martine Aubry, François Hollande devait réagir et nous n’avons pas été déçus.

Le remaniement… songe

Avec le courage et l’honnêteté qui le caractérisent, notre néo Louis XVI a donc offert à son Peuple le spectacle navrant de l’exécution du fidèle lampiste, au nom du « je vous ai compris » traditionnel. Ce que Nicolas Sarkozy n’avait jamais voulu se résoudre à faire, le mec normal l’a entrepris, avec un cynisme qui force jusqu’à l’admiration des contempteurs de François Mitterrand. Exit donc Jean-Marc Ayrault, congédié sans ménagement pour avoir rempli la tâche qui lui était assignée par son bourreau : mettre en œuvre les inepties de campagne avant de s’apercevoir – oh surprise ! – que loin d’améliorer les choses elles les empiraient. Seulement comment résoudre la quadrature du cercle du quinquennat ? Comment changer de Premier ministre, sans avoir l’air de reconnaître s’être complètement planté, tout en ne changeant rien à ce qui ne vous réussit pas ?

Pour y parvenir il faut avoir été dix ans Premier secrétaire du PS. Être passé du stade d’éléphanteau à celui de Mammouth ensuqué dans sa suffisance et sa bonne conscience progressiste comme… le dernier Maire de Bordeaux venu. Et Dieu sait qu’il fallait être « droit dans ses bottes » pour oser nous vendre une telle camelote avec l’étiquette de « gouvernement de combat ». Maniée à ce niveau de virtuosité, la connerie à de quoi vous rendre mystique tant vous vous plaisez à demander à Dieu, ce que vous lui avez bien pu lui faire pour mériter ça. Pensez donc, parmi les 16 ministres seul François Rebsamen est vraiment nouveau et comme il est spécialiste des questions de sécurité, on le nomme naturellement à l’Emploi ! Hollande fait ce que Chirac s’est refusé à faire : il pose son Sarkozy à Matignon et espère que cela suffira à apaiser le Peuple. Si, lorsque la manipulation sera éventée (et elle le sera), cela peut, au passage, planter le fougueux hidalgo, l’opération n’aura pas été inutile pour François Hollande.

Intéressons-nous de plus prés à ce « nouveau » gouvernement. Qu’y voyons-nous à part la marque jaune d’un hollandisme de grand chemin ? Qui est resté en place, qui a été promu : les menteurs. À tout saigneur tout honneur Manuel Valls est enfin Premier sinistre. Le ministre de l’Intérieur le moins informé de France, celui qui apprend les écoutes Sarkozy et l’adultère présidentiel grâce à son abonnement au Monde est le nouveau « Primus inter pares » : normal et républicainement exemplaire ! Le ravi de la crèche doté d’une langue de bois en ébène massif qui nous a soutenu mordicus, pendant 11 mois, que oui oui, la « courbe du chômage allait s’inverser avant la fin de l’année » (+4% en un an) est distingué pour sa compétence comptable et se voit confier les Finances du pays : normal encore ! Comme il n’est pas question d’être en reste sur les bobards à Bercy, il était urgent de promouvoir le ventilateur socialiste, le grand brasseur d’air et enfonceur de portes ouvertes : Arnaud Montebourg qui devient lui ministre de l’Économie (contrairement aux affaires, l’économie lui est étrangère). Rajoutez à cela le maintien de Fabius, le père du fils prodigue qui se paye un appart à 7 millions d’euros sans avoir jamais travaillé de sa vie, et Christiane Taubira, la menteuse avec mention « vu à la télé », et la coupe est pleine.

L’inaction en guise de feuille de route

Avec la réunion de tant de talents, auxquels se sont adjoints outre Ségolène Royal, le remarquable et toujours très remarqué (sauf au Parlement Européen) Harlem Désir, jamais un gouvernement n’aura été composé d’autant de « cons battants pavés ». Il n’aura d’ailleurs pas fallu attendre plus de 15 jours pour voir les merdes ressurgir en escadrille, comme le disait l’anosognosique le plus célèbre de France. Puisqu’il convient de ne rien faire, au moins jusqu’aux Européennes qui s’annoncent aussi remplies en victoires pour la gauche que les poches d’un contribuable qui paye son troisième tiers, il faut amuser la galerie en attendant les décisions qui vont vraiment fâcher. Dame ! C’est qu’à force de repousser l’inévitable, les mesures à prendre seront douloureuses, surtout pour les crétins qui ont voté Hollande en croyant sérieusement qu’avec lui : « seuls les riches paieront ».

Le champion de la justice sociale n’avait pas plutôt fini son bonneteau gouvernemental que son Conseiller, son Raspoutine tombait, victime d’un règlement de compte sordide digne de la cour des Romanov. Edwy Plenel, l’arbitre des élégances médiatiques du temps, a décidé d’accrocher Aquilino Morelle à son tableau de chasse. Il est un fait que la chute de la « plume » de Hollande, l’inspirateur du discours du Bourget sur la Finance, doit plus au goût immodéré pour les chaussures de luxe de l’intéressé qu’à ses relations incestueuses, mais lucratives, avec l’industrie pharmaceutique. En vérité Aquilino était un Hollandiste parfait, un stakhanoviste de la synthèse : un homme qui réunissait les qualités d’un Cahuzac – trafic d’influence dans le milieu du médicament – et celles de Rolland Dumas : les Berluti. Que l’on reproche plus à ce Saint Homme de gauche (pléonasme médiatique) de se faire cirer ses coûteuses pompes que de se préoccuper des conditions lui ayant permis d’en posséder plus de trente paires, en dit long sur l’état de déliquescence de notre pauvre pays. Toujours s’intéresser aux détails pour ne surtout pas voir comment l’ensemble est de guingois. Cette attitude d’autruche permet principalement de s’exonérer de toute responsabilité.

J’y suis donc je me sers

Parce qu’il faut bien dire qu’en la matière, nous sommes loin de la lie du Calice. Les serviteurs de cet État, si outrageusement glorifié, se servent bien plus qu’ils ne le servent. Nous sommes revenus aux temps bénis des prébendes, des apanages et petits arrangements entres amis. Si nous ne voyons que les turpitudes des plus exposés de ces petits Marquis, nous ne pouvons pas imaginer que cette corruption (appelons un chat un chat) ne puisse pas gangrener toute la Haute Administration. Pour être aussi courante chez les Princes qui nous gouvernent et qui en sont issus, elle doit même y être particulièrement fréquente. La voracité de ces rapaces est telle, qu’ils s’entredévorent, exhibant ainsi leurs turpitudes au grand jour. Ne croyez pas que Médiapart fasse œuvre de salubrité publique. Ce site participe d’une lutte de pouvoir, d’autant plus féroce que les gains attendus sont gigantesques. Aquilino avait trop de pouvoir, il contrariait d’autres ambitions que les siennes, il convenait de l’abattre pour pouvoir traire la vache à sa place.

Le pouvoir n’est, depuis longtemps, plus recherché pour mettre en œuvre une politique ou l’idée que l’on se fait de la France. Il ne l’est plus que pour assouvir une soif d’honneurs et de richesses inextinguible. Dans cette République du copinage, la connivence avec un État omnipotent est devenue le gage de la réussite, bien plus surement que la mise sur le marché d’un produit innovant. Nous pouvons faire la leçon à Poutine, la façon dont nos Oligarques monopolisent nos institutions et les détournent à leur usage unique, n’a pas grand-chose à envier à la Russie. Nous nous gargarisons de mots, mais nous nous laissons diriger par des gens qui, parce qu’ils n’ont que le Service public à la bouche et le détournement de fonds à la poche, nous enfument pourtant bien aussi surement qu’un Colonel du KGB.

Il est urgent de réduire le périmètre d’intervention de l’État. Ce constat d’un libéralisme primaire, j’en ai bien conscience, n’est pas simplement indispensable parce que nous n’avons plus les moyens de nous offrir notre État nounou. Il est nécessaire, car la nounou en question s’est substituée au père et à la mère de famille. Qu’après avoir vidé les tirelires et contracté des emprunts sur les 60 prochaines années, elle pique l’argenterie, brûle le parquet dans la cheminée et s’apprête à violer les enfants avec le consentement de son contremaitre basé à Bruxelles. Contrairement à ce que propose les extrémistes de gauche : de Le Pen à Mélenchon, la solution n’est pas dans le plus, mais dans le moins d’État. Plus son champ de compétence se réduira, plus ses monopoles seront dispersés et plus les occasions de corruption reculeront. En outre, et cerise sur le gâteau, la libre concurrence a des vertus que les utilisateurs de téléphone portable appréhendent pleinement. C’est d’ailleurs précisément pour cette raison que l’hydre administrative et le capitalisme de connivence qui va avec, s’acharnent à vouloir réduire le nombre des opérateurs. Il en va de même dans les, hélas, innombrables domaines exclusivement réservés à l’État. La paresse managériale induite par l’argent public, allié à la voracité syndicale, généralise la gabegie et élève le gaspillage au rang d’art majeur. La privatisation de la santé, de l’éducation et des assurance sociale n’est pas une option c’est l’unique solution. À condition d’assurer les modalités d’une libre et saine concurrence entre les acteurs du marché, nous verrons ainsi émerger les économies de fonctionnement indispensables au maintien de nos couvertures sociales.

Il est très difficile de faire comprendre cela à un Peuple que l’on a abruti, sous les formes les plus variées au cours de ces trois derniers siècles, en lui faisant croire, depuis Colbert, que seul l’État pouvait être suffisamment désintéressé pour lui rendre les services qu’il attend. Nous nous apercevons, aujourd’hui, à l’aune de la situation économique déplorable qui en découle et de tous les scandales qui accompagnent notre descente aux enfers, de tout ce que ce vieux serpent de mer de l’État protecteur impartial, a de totalement erroné. Le contribuable n’en a plus pour son argent et ne veut en conséquence plus payer pour des services toujours moins consistants destinés à entretenir des parasites qui se goinfrent, tout en lui intimant l’ordre de se serrer la ceinture. D’aucuns appellent ça la fin du consentement à l’impôt, d’autres, plus optimistes : le début d’une nouvelle ère. Vous verrez qu’un jour viendra où l’on dressera des statues d’Alain Madelin sur les places de nos villages et où l’économie ne sera plus enseignée à nos enfants par des trotskystes.


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