Restaurer l’ouïe par thérapie génique : je savais que ce jour viendrait

Oreille (image libre de droits crédits Covalent)

Il sera bientôt possible de reconstituer une ouïe naturelle, sans aide auditive, par thérapie génique

Par Anthony Watts, depuis les États-Unis.

Pour moi, ceci est un moment décisif. Il le sera d’autant plus que nombreux seront ceux qui pourront en profiter.

Certains le savent déjà, je souffre d’une perte de capacité auditive de 85% et, même avec de puissantes aides auditives, j’ai une ouïe très faible qui est devenue quasiment nulle progressivement. Cela fait de moi un véritable ermite étant donné mes difficultés en public. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi de travailler pour la télévision, parce que j’ai énormément souffert durant les conférences universitaires mais aussi avec tout ce qui avait trait à la pratique de la langue à la fac de sciences. Avec mon métier, je peux ne parler qu’à une caméra ou un micro. Ce travail, ce n’est pas seulement un rêve devenu réalité, c’est aussi ce qui m’a permis de sortir de ma coquille, une coquille que de nombreux déficients auditifs connaissent du fait de l’isolement social que leur handicap crée.

J’ai commencé à perdre l’ouïe dès l’enfance, du fait d’un traitement à base de l’antibiotique Tétracycline, dont les caractéristiques ototoxiques sont connues. À 10 ans, j’avais déjà besoin d’aides auditives mais heureusement, j’avais déjà formé l’essentiel de mes compétences orales. Beaucoup de ceux qui perdent l’ouïe durant l’enfance n’ont pas cette chance et souffrent également de difficultés orales.

Je savais que ce jour viendrait. J’ai prédit que la thérapie génique en mesure de traiter la surdité de la cochlée verrait le jour il y a plus de dix ans. Je ne peux qu’espérer en bénéficier un jour. Je ne cacherai pas mon propre égoïsme, je veux faire partie de ceux qui en bénéficieront.

Les sourds subiront une modification génétique pour retrouver une ouïe naturelle

Cellules ciliées fonctionnelles au sein de la cochlée (image : Steve Gschmeissner/SPL)
Cellules ciliées fonctionnelles au sein de la cochlée (image : Steve Gschmeissner/SPL)

D’ici deux mois, un groupe de personnes atteintes de surdité sérieuse pourrait être à même d’entendre à nouveau, grâce au premier essai clinique mondial de thérapie génique en matière de surdité.

Les volontaires, qui ont perdu l’ouïe par un dommage externe ou du fait de maladie, se verront infecter un virus inoffensif porteur d’un gène qui devrait relancer la croissance des capteurs sensoriels de l’oreille.

Le principe de cette méthode est de revenir à une ouïe plus naturelle que ce que d’autres technologies peuvent permettre. Les aides auditives se contentent d’amplifier les sons, alors que les implants cochléaires transforment les ondes sonores en ondes électriques qui sont interprétées par le cerveau, mais elles ne permettent pas de saisir toutes les fréquences naturelles. Par conséquent, il peut être difficile de distinguer un certain nombre de nuances dans les voix ainsi que dans la musique.

« Le Graal serait de pouvoir reconstituer l’ouïe naturelle », explique Hinrich Steacker, du centre médical de l’Université du Kansas, qui mène l’essai clinique. « C’est ce que nous espérons réaliser parce que nous cherchons vraiment à réparer l’oreille plutôt qu’à imiter artificiellement ses caractéristiques. »

Nous ignorons encore de nombreux aspects du fonctionnement de l’oreille. Cela s’explique simplement parce que la délicate mécanique de l’oreille interne est incluse dans l’os le plus dur du corps humain, la rendant difficile à isoler sans créer de dommage.

Ce que nous savons est que les ondes sonores sont canalisées dans l’oreille, faisant vibrer le tympan. Ces vibrations sont transmises dans la cochlée par l’oreille interne via trois petits os. Des milliers de récepteurs sensoriels longent une partie de la cochlée que l’on appelle l’organe de Corti, avec des rangées internes et externes de cellules ciliées. Les ondes sonores, amplifiées par les cellules ciliées externes (voir schéma), font vibrer les cellules ciliées internes, ouvrant à leur surface des canaux ioniques qui permettent le passage des neurotransmetteurs. Cela déclenche ensuite une activité électrique dans les neurones cochléaires, transmettant l’information au cerveau pour qu’il puisse l’interpréter.

Tant les cellules ciliées internes qu’externes peuvent être endommagées par le bruit, les médicaments, comme certains antibiotiques, ou la maladie et ne se reconstruisent pas. La solution possible est apparue en 2003, lorsque les chercheurs ont découvert que certains gènes pouvaient transformer les cellules portant les cellules ciliées en n’importe quel type de cellules ciliées.

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Sur le webTraduction Victoria Melville pour Contrepoints.