Qui sont les gentils ?

Mr-Gentil

Voir tant de politiciens et militants, d’idéalistes et d’intellectuels, et autant de citoyens se battre avec les meilleures intentions pose une question cruciale : qui sont les gentils ?

Voir tant de politiciens et militants, d’idéalistes et d’intellectuels, et autant de citoyens se battre avec les meilleures intentions pose une question cruciale : qui sont les gentils ?

Par Baptiste Créteur.

Liberté d’expression vs. lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Transparence vs. secret défense. Progressistes vs. conservateurs. Dictateurs vs. intégristes. Dans chaque conflit, les parties prenantes défendent le Bien, leur vision du bien. Dans la société moderne, l’universalisme progressiste des droits de l’homme est en manque d’altérité, d’ennemis, et les partisans du changement ne peuvent décrocher la victoire que contre des conservateurs rassemblés pour l’occasion.

Dans la littérature et au cinéma, le manichéisme est souvent de mise : les gentils font face aux méchants pour sauver le monde, protéger les faibles de la loi du plus fort en étant plus forts que les forts. Mais on trouve aujourd’hui de nombreuses contradictions qui interrogent sur l’existence même d’un camp du bien.

Barack Obama, président des États-Unis et prix Nobel de la Paix, a renforcé l’utilisation des drones, causant la mort de milliers de civils – innocents, s’il fallait le préciser. Il veut la peau de Bradley Manning (ou Chelsea Manning), qui a révélé au grand public américain des crimes de guerre, et d’Edward Snowden, qui a révélé l’existence et l’intensité de la surveillance généralisée des citoyens américains et étrangers. Snowden a obtenu l’asile en Russie, pays peu connu pour son ouverture démocratique et son respect des droits de l’homme mais pourtant aujourd’hui considéré par beaucoup comme un allié de fortune, un dissident assez puissant pour jouer le rôle de contre-pouvoir contre l’Occident sur la scène géopolitique mondiale.

Le gouvernement français multiplie les atteintes à la liberté d’expression et fait de certaines opinions un délit, contrairement à la liberté d’opinion. Il se revendique pourtant d’une tradition des Lumières et promeut ouvertement les Droits de l’Homme, même en dehors de nos frontières.

Il s’agit donc de comprendre que les fins jugées bonnes diffèrent d’un individu à l’autre, ainsi que l’étendue des moyens jugés admissibles pour les atteindre. Les autoproclamés gentils considèrent souvent que la fin justifie les moyens. Encore une fois, la littérature et le cinéma fourmillent d’exemples de super-héros prêts à tout pour sauver le monde et réduire le nombre de victimes innocentes. Mais la vérité est ailleurs : les gentils sont ceux qui respectent certains principes, i.e. qui n’admettent pas tout moyen comme admissible dès lors que la fin est juste et bonne. On ne reconnaît pas les gentils à leurs fins, mais à leurs moyens.

C’est ce qui fait primer le légitime sur le légal, le juste sur le juridique, et justifie l’inaliénabilité du droit de résistance à l’oppression.

Mais ce droit ne s’applique que dans le cas d’une oppression. Qu’est-ce que l’oppression ?

L’oppression, le fait d’opprimer, est selon le Larousse :

  • Soumettre quelqu’un, un groupe à un pouvoir tyrannique et violent, l’écraser sous une autorité excessive, répressive : Opprimer les faibles.
  • Empêcher un groupe de s’exprimer librement : Opprimer la presse.

Le pouvoir ne peut se définir que comme un usage (même théorique) de la force résultant en une privation de liberté. L’opposé du pouvoir, c’est la liberté ; la liberté n’est possible qu’en refusant l’usage de la force dans les interactions humaines, c’est-à-dire en refusant l’initiation de l’usage de la force.

Ce n’est pas en défendant systématiquement l’autorité officielle sur un territoire donné qu’on défend réellement son pays ; c’est en défendant ses valeurs. De la même façon, ce n’est pas en se conformant aux règles pour éviter toute confrontation qu’on défend sa propre identité, mais en agissant selon ses principes.

La défense de la liberté et la fondation de toute société humaine par l’axiome de non-agression sont les fondements de la pensée libérale. Mais le libéralisme n’est pas aujourd’hui considéré comme le camp du bien, les libéraux ne sont pas considérés comme les gentils. Ils ne l’ont jamais été, car ils revendiquent le droit de vivre selon leurs principes que les autorités l’acceptent ou non. Ils ne reconnaissent aucune autorité susceptible de les priver légitimement de leurs droits inaliénables, et considèrent que le seul rôle légitime d’une quelconque autorité est au contraire la préservation de leurs droits inaliénables. Selon la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, « le but de toute organisation politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression ». Est-ce réellement ce à quoi s’attèlent nos dirigeants ?