Les réflexions de Madame de Staël sur le suicide

La petite collection éditée chez Berg International vient de rééditer « Les réflexions sur le suicide » de Germaine de Staël avec une postface de Damien Theillier.

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Sur le suicide

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Les réflexions de Madame de Staël sur le suicide

Publié le 18 avril 2014
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Face à un destin cruel, faut-il se résigner ou bien se révolter ? Peut-on moralement quitter la vie par un geste d’adieu définitif comme ce fut le cas récemment de l’historien Dominique Venner qui s’est tiré une balle devant l’autel à Notre Dame ?

En 1788, dans son premier livre, les Lettres sur les écrits et le caractère de J.-J. Rousseau, Madame de Staël se dit convaincue que Rousseau s’est suicidé à cause de sa solitude. Elle écrit : « Rousseau s’est peut-être permis le suicide sans remords, parce qu’il se trouvait trop seul dans l’immensité de l’univers […]. Un jour, dans ces sombres forêts, il s’est dit : “Je suis isolé sur la terre, je souffre, je suis malheureux, sans que mon existence serve à personne : je puis mourir” ».

Toute sa vie, Germaine de Staël fut tentée par le suicide. Elle a souvent menacé ses amants de se tuer, par chantage et par désespoir. Pourtant, ses Réflexions sur le Suicide témoignent d’un effort philosophique et moral pour répudier le suicide comme une forme de folie. « J’ai écrit ces réflexions sur le suicide, dans un moment où le malheur me faisait éprouver le besoin de me fortifier par le secours de la méditation. »

Dans L’Influence des Passions sur le bonheur des individus et des nations (1796), le suicide était excusé, voire même approuvé par Madame de Staël : « On se demande pourquoi, dans un état si pénible, les suicides ne sont pas plus fréquents, car la mort est le seul remède à l’irréparable. Mais de ce que les criminels ne se tuent presque jamais, on ne doit point en conclure qu’ils sont moins malheureux que les hommes qui se résolvent au suicide. Sans parler même du vague effroi que doit inspirer aux coupables ce qui peut suivre cette vie, il y a quelque chose de sensible ou de philosophique dans l’action de se tuer, qui est tout à fait étranger à l’être dépravé. »

Toutefois, vers la fin de sa vie, Madame de Staël désavoue ce passage et s’en accuse comme d’une regrettable erreur de jeunesse. Dans ses Réflexions sur le suicide, publiées en 1813 à Londres et dédiées à son ami le prince royal de Suède, elle soutient, au contraire, que la résignation à son destin est d’un ordre moral plus élevé que la révolte.

Elle consacre la première section de ses Réflexions au sens de la souffrance, non comme un amoindrissement de nos facultés, mais comme un des éléments nécessaires du « perfectionnement de nous-mêmes ».

Dans une seconde section, elle expose les principes chrétiens qui se rapportent au suicide et dans une troisième section, elle ajoute une démonstration philosophique fondée sur « la plus haute dignité morale de l’homme ».

Elle démontre que la vraie grandeur est celle du dévouement et du don de soi. L’idée du renoncement à ses passions n’est pas fondée sur un simple calcul utilitaire : s’épargner des désillusions douloureuses et inévitables. La vraie mesure de la grandeur de l’homme, selon elle, c’est l’obéissance volontaire et consciente aux lois de la nature et de sa destinée.

Ainsi, la mort volontaire dont le but est de se défaire de la vie est à distinguer de celle qui a pour but le dévouement à une cause. La première est portée par la révolte contre son sort et ne doit susciter aucun enthousiasme. En revanche, la seconde est portée par l’amour du devoir.

Madame de Staël recommande donc une certaine indulgence à l’égard d’un type de mort volontaire, le suicide politique à la romaine. Elle admet que si l’on est « incapable de la résignation chrétienne à l’épreuve de la vie, du moins devrait-on retourner à l’antique beauté du caractère des anciens ». Mais, à la suite de Socrate pour qui la décision de la mort ne nous appartient pas, elle juge l’acceptation des épreuves de la vie, comme un comportement moralement supérieur. Car « ce qui caractérise la véritable dignité morale de l’homme, c’est le dévouement », écrit-elle.

Madame de Staël, Sur le suicide, Berg International, avril 2014, 72 pages.


Sur le web. Publié initialement par 24hGold.

Bibliographie

  • Jean Starobinski, « Suicide et mélancolie chez Mme de Staël », dans Mme de Staël et l’Europe (Paris, Klincksieck, 1970), 242–52.
  • Margarite Higonnet, « Suicide as Self-Construction », dans Germaine de Staël, Crossing the Borders, éds. M. Gutwirth, A. Goldberger et K. Szmurlo (New Brunswick, Rutgers University Press, 1991), 68–81
  • Gita May, « Staël and the Fascination of Suicide, The Eighteenth-Century Background », dans Germaine de Staël, Crossing the Borders, 16–76.

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  • Je pense que le suicide est l’ultime liberté. CECI N’EST PAS UNE PROVOCATION au suicide mais une pensée philosophique (on sait jamais ça rigole plus en France).

    La répression d’état et institutionnelle du suicide est un sujet passionnant pour qui réfléchie sur la liberté et notre infantilisation.

    Tenter de suicider aujourd’hui c’est hospitalisation psy directe. L’état n’aime pas perdre ses fourmis. C’est la médicalisation de notre liberté…

    Provoquer c’est pénal : http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=6EDD72987B42B64514419AB45A2FF86D.tpdjo03v_2?idSectionTA=LEGISCTA000006165292&cidTexte=LEGITEXT000006070719&dateTexte=20090620

    Parmis les censures d’état celle-ci : http://fr.wikipedia.org/wiki/Suicide,_mode_d'emploi .

    Facebook collabore : http://www.numerama.com/magazine/18233-un-ami-pense-a-se-suicider-prevenez-facebook.html

    Je ne parle même pas de l’euthanasie dont on a refilé le job aux juges http://www.village-justice.com/articles/Euthanasie-passive-confronte-Arnaud,16019.html

    PS : je ne suis pas suicidaire inutile d’envoyer quelqu’un chez moi en tout cas pas avant mon deuxième tiers provisionnel (CECI est une blaque- car ça rigole pas en france) et puis je suis mensualisée donc c’est un suicide à petit feu (idem c’est une blague, je vais bien tout va bien, je vais bien tout va bien) . Et je n’incite pas au suicide, d’ailleurs si vous vous suicidez vous allez regretter donc réfléchissez et puis l’état, avec les déclarations d’impôts, s’en charge très bien.

  • J’ai trouvé ça sur la mort :
    abolition de l’intelligence
    absence de la sensibilité
    abolition de la respiration
    absence des battements du cœur
    insensibilité de la cornée
    relâchement des sphincters de la vessie et de l’anus
    rigidité
    refroidissement
    taches rouge-bleuâtre
    aspect spécial de la face
    absence de contraction musculaire
    putréfaction
    Et encore c’est sans compter sur les bestioles.
    Ça me semble donc très difficile de rester digne, surtout qu’on n’en a même plus la volonté. Il n’y a que la vie qui soit digne, ou pas. Le don de soi c’est très difficile quand on est vivant et donc remarquable, parce qu’on essaye toujours de persister, socialement et matériellement nous luttons contre l’entropie et nous nous organisons contre les contingences, alors que le don de soi est mécanique quand on est mort, total et inconditionnel.

    La question de la moralité de la mort volontaire ne se pose pas vraiment, c’est la question de la vie volontaire qui compte, pour les survivants au suicide (le sien comme celui des autres). Nous sommes des survivants, certains sont confrontés à des problématiques physiques et métaboliques, pour d’autres c’est peut-être plus psychologique et plus latent, mais il n’empêche que la mort nous côtoie à tout moment. L’idée d’indulgence est ridicule car elle s’articule avec l’idée de jugement, de culpabilité : quand un proche meurt c’est la question de l’injustice de notre survie qui est posée, et quand un inconnu meurt… et bien au pire nous nous retrouvons à devoir prendre en charge le matériel dont il était responsable (notamment trouver une solution à la putréfaction de son propre corps… parce que ça pue, et parce que le laisser là est insalubre et met en péril notre survie). Alors oui, il faut être indulgent avec les morts parce qu’en fait c’est être indulgent avec soi-même : dans le fond on sait que l’autre est mort et qu’il ne peut plus rien subir, même les souvenirs que l’on a de lui sont ce qu’ils sont et ce serait très étrange de prôner la réinvention du passé sous le coup de l’émotion comme principe philosophique. Il s’agit plutôt de vivre avec la réalité plutôt que de croire à ses propres fantasmes.
    La morale c’est concret. Je n’ai pas la prétention de mieux écrire que tout un tas de personnes, et je suis sans doute bien trop trivial et rapide, mais ces délires m’énervent. L’Homme est incomplet, il est à la fois individu et social, il est égocentrique et altruiste… il s’agit de sa nature, de son essence, qui est duale et fait donc l’objet d’une négociation constante en soi. Bien entendu nous apprenons à devenir nous-même, mais ce n’est jamais un exploit.

  • Intérêt supplémentaire de cette réflexion : elle ne s’applique pas seulement au suicide, mais aussi à toutes les formes de révolte destructrices.

  • A 15 minutes près j’avais réussi à dégager d’ici… J’avoue y repenser souvent, bien dommage de n’avoir pas réussi… Moi le salaud d’homme blanc et tous les héritages qu’on me colle sur le dos – reprochez moi les en face et c’est un pain direct – en plus de mes problèmes perso… Des fois j’en ai vraiment assez d’être la cible en plus de porter mon fardeau… Un jour je ferai l’oiseau du haut d’une falaise… Et je serai enfin libre peu importe où on me classera… ici tout me pèse si lourd… Comprennent mes amis damnés…

    • Je vous conseille la course à pieds plutôt…:) et puis Cps est une belle petite trouvaille, il vous fera peut être sourire ou vous sentir moins seul. Ce soir, j’aurais une pensée pour vous et je vous souhaite une très belle soirée!

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