Les détails flous du plan Valls

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Les détails flous du plan Valls

Publié le 18 avril 2014
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Voilà, ça y est, on a les détails, on a les chiffres, on a le calendrier, on a tout, on sait exactement comment Manuel Valls va redresser le pays, le ramener sur le droit chemin de la croissance et de la rigueur budgétaire.

Cela faisait quelques semaines qu’on chuchotait partout, dans les couloirs de la République, qu’un plan d’économie de 50 milliards (50 miyards, mes enfants, voilà un chiffre qui envoie du steak, n’est-ce pas ?) était dans les tuyaux. La rumeur a enflé au point qu’une date était arrêtée : le 23 avril, on allait faire valser du chaton grillé avec un plan détaillé, chiffré, imparable. C’est dit : le nouveau premier ministre a de la poigne, il bastonne violemment les méchantes dépenses, il aplatit les déficits, il détruit de la dette à la dynamite, et mieux encore, le Manuel construit un avenir en béton et à la truelle.

Et histoire de prendre tout le monde par surprise, c’est donc le 16 avril que Valls décide, au sortir d’un Conseil des Ministres long et manifestement agité, d’annoncer à la face du monde ébahi les grandes et petites lignes de son Plan.

D’habitude, la République Française nous annonce des Plan Quinquennaux, comme jadis une Union Soviétique en pleine forme. Cette fois-ci, ce sera un Plan Triennal, qui permettra, selon les calculs, de faire des économies de 50 milliards en trois ans. Et son détail ne manque pas de sel, c’est même François Hollande qui le dit donc c’est forcément plus que vrai : selon lui, la feuille de route pour faire ces économies est « difficile », « âpre », « rugueuse » mais (bien sûr) « indispensable ».

Thermometer Is Stuck - dogOn ne s’étonnera pas de cette présentation par le Chef de l’État : toute démonstration de tiédeur ou de mollesse aurait immédiatement entaché son remaniement ministériel d’un doute persistant sur son utilité, et aurait fait passer les tentatives de Valls pour l’un de ces bricolages auxquels les politiciens nous ont habitués depuis quelques décennies. Le plan est donc forcément audacieux, forcément courageux, forcément difficile à mettre en œuvre et forcément inédit. Pour tout dire, on dirait un Villepin dans ses œuvres.

Et concrètement, tout ceci donne quoi ?

Justement, c’est un peu la question à 50 milliards.

Il y a bien quelques chiffres, quelques éléments, qui déclenchent d’ailleurs des petites crises d’urticaire tant à droite qu’à gauche. Si l’on s’en tient à la presse, le discours est unanime : jamais pareil effort n’a été demandé aux Français, et variations sur le thème des efforts, de la résignation, de la situation difficile et du sacrifice que chacun doit consentir pour aider la collectivité.

valls hollande 2017Mais dès qu’il s’agit de chiffrer, on ressort toujours les mêmes éléments : 18 milliards pour l’État, 11 milliards pour la protection sociale, 10 pour l’assurance maladie et 11 sur les collectivité locales, voilà, c’est là qu’on va économiser, sur trois ans, et puis c’est bon. Ce quadruplet de chiffres est répété à l’envi. Gel de ceci, maîtrise de cela, tout ceci est proprement accolé à ces chiffres. C’est propre, c’est net… mais c’est très insuffisant.

Oh bien sûr, il suffit d’écouter les miaulements tristes de la gauche pour comprendre qu’il y a bel et bien des éléments qui vont faire mal, au moins psychologiquement : le gel des minimas sociaux fait bondir ; le gel du point d’indice des fonctionnaires hérisse ; le blocage de certaines prestations sociales fait pleurer dans les chaumières et sur les bancs de l’assemblée. Mais voilà : avec une inflation actuellement nulle (voire négative) et une croissance atone, ce gel revient simplement à acter du surplace manifeste de l’économie française. Mieux : pour les fonctionnaires, la conservation de la progression de carrière, quasi-automatique, réduit à peu près à néant l’impact du gel dont il est question. Il n’y a là aucun effort, tout au plus une synchronisation timide avec la réalité. C’est certes gentiment mieux qu’une accélération des dépenses, mais on est fort loin d’une coupe quelconque. Si l’on ajoute certaines dépenses, parfois fort conséquentes et aux implications économiques lourdes dans le futur, comme la conservation des 60.000 recrutements enseignants, on ne voit pas trop bien où, précisément, est l’économie.

Partout, c’est le même constat : promis, juré, craché, l’État va rationaliser, il va regrouper (ses achats, ses dépenses, ses services), il va faire des efforts, il va couper un peu ici, tripoter là pour faire rentrer le tout dans une enveloppe budgétaire soi-disant plus étroite. Bref, Valls montre qu’il veut ralentir le rythme du n’importe-quoi / n’importe-comment étatique. Il n’y a pas à dire, le ralentissement des dépenses, c’est modérément couillu.

le changement c'est mollo

Que la gauche, qui voit ici se fermer le robinet à pilules psychotropes, pousse des hauts cris, est finalement normal : on va revenir (très progressivement) à la réalité, ce qui, pour tout junkie, est synonyme d’un douloureux sevrage. Plus amusant, la droite couine aussi en pleurnichant sur l’absence de réformes structurelles, réformes que les clowns et autres tocards qui forment ses rangs n’ont jamais entreprises pendant les longues années qu’ils ont passées à polir de leurs amples fesses les bancs de l’Assemblée.

Et finalement, la réaction de la presse est tout à fait symptomatique : dans un bel ensemble, elle accuse le coup et multiplie les adjectifs pour arriver à faire passer l’idée que ces mesures sont à la fois révolutionnaires et douloureuses, en multipliant les titres qui cognent (« Valls frappe fort » pour Les Échos, « Valls fâche à peu près tout le monde » pour Le Monde – ce qui n’est pas une coïncidence, etc.) Pour le lecteur lambda, difficile ensuite de ne pas croire qu’on tient là un vrai plan d’austérité qui pique.

coincéMais voilà. Comme je l’expliquais dans une chronique précédente, le gouvernement est parfaitement et complètement coincé.

D’un côté, il sait pertinemment qu’il ne peut pas continuer à enquiller les dépenses et les déficits ; certes, pour le moment, les marchés sont bonhommes, et les taux accommodants, mais rien ne permet d’affirmer qu’il en sera éternellement ainsi (que du contraire, même). Mais les contribuables n’ont plus aucune marge de manœuvre et la grogne de l’hiver dernier n’a laissé aucun bon souvenir : on ne pourra plus augmenter le tabassage fiscal.

De l’autre, le corps social qui dépend ultimement de l’État et de sa capacité à ponctionner les contribuables n’est toujours pas résolu à lâcher l’affaire : les syndicats ont déjà montré leur désaccord du plan de Valls, les administrations, si elles se montrent résignées, savent pertinemment couper là où c’est le plus visible, là où ça fait le plus mal (fini l’essence pour les patrouilles de police, par exemple) pour s’attirer la sympathie d’un public acquis à ce service social que le monde nous envierait suivant la rumeur consacrée, les fonctionnaires accepteront peut-être sans trop grogner le gel de leur salaire (qui est à la situation du chômage en France ce qu’une aquarelle légère est aux peintures torturées d’un H.R Giger).

Et enfin, le reste des États européens ne sera pas d’accord pour continuer à payer les factures des dispendieux Français. Certes, l’Europe s’est toujours montrée plus que magnanime avec la France et n’a, en définitive, aucun pouvoir coercitif réel. Mais les tensions diplomatiques n’iront pas en s’améliorant si les efforts consentis, rikikis jusqu’à présent, ne permettent pas de réellement diminuer les dépenses de l’État français.

Devant ces éléments, les petits bricolages marginaux de Valls ressemblent à une énième fuite en avant socialiste. On arrange, on chipote, on triture un peu ici ou là pour éviter la catastrophe, trop vite. On peut toujours, par résignation, naïveté ou optimisme indécrottable, accorder 6 ou 9 mois au nouveau premier ministre pour nous montrer la réalité du plan qu’il entend mettre en place. Mais pour ma part, mon avis est déjà formé.

Ce pays est foutu.

valls : c'est pas gagné
—-
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  • Sans compter que l’accélération de la décentralisation va obliger les collectivités territoriales à embaucher davantage comme avec le loi Duflot (ALUR). Cette loi stupide oblige les CT à prendre en charge l’application du Droit du Sol ce qui revient à démultiplier le nombre d’instructeurs. Le travail fait 4 personnes (de l’État) aujourd’hui sera entre les mains de 8 à 10 personnes (CT) demain.
    Et nous parle de’écoquoi ??? Foutaise !

  • ce n’est pas gentil , ils font vraiment des efforts , il ne reste plus qu’a connaitre la date de départ du plan , 2014 , 2015, 2016 ou mi- 2017 , tout dépendra de la date de départ du roi fainéant et de la générosité de la BCE a racheter la dette française 😉

  • ben que cela ? rien que cela ! et moi qui pensais que cela irait à étrangler les français qui ont récidivé en re-votant socialo-UMP aux municipales .
    faut donc pas qu’ils s’en plaignent , ils ont voulus : ils l’ont eux .
    bon , il ne s’agit pas non plus de s’acharner sur les clones de l’UMP , ils ont remis une louche d’UMP , UMP qui copie sa fraterie PS .
    le désastre est à venir aux élections européenne avec cette plèbe .

  • http://www.francetvinfo.fr/replay-jt/france-3/soir-3/jt-grand-soir-3-jeudi-17-avril-2014_574191.html

    A partir de 19min45. J’ai cru rêver d’entendre un tel discours sur une chaine publique!

    Interessant aussi al réaction du clown en face qui essaye de faire pleurer dans les chaumières mais comme monsieur à oublié l’éloquence de ses ainés, ça donne un pauvre clown qui ne sait quoi répondre XD.

  • Ils attendent le QE à l’européenne qui leur permettra de dépenser encore plus. Ce QE sera appuyé par les médias aux mains des financiers qui leur permettra de doper leurs portefeuilles actions, matières premières (voir les US et le Japon). La finance sera le sauveur de Hollande et de sa clique de nullos.

  • Et au final, alors que tout fonctionnaire quelque soit son poste et son métier est capable individuellement de proposer des milliers voires des millions d’économie facilement, on va laisser les hauts fonctionnaires créer des impôts et des taxes et continuer de gaspiller. Je précise que je suis fonctionnaire territorial depuis 1997 et que je suis tellement dégouté par les abus et autres passe droits que je monte ma boîte en indépendant. Ma vocation du service public a disparu de même que mes espoirs de démocratie. Contrepoints m’a aidé dans cette démarche.

  • Si cet article est du très bon H16, j’aimerais bien un jour qu’H16 n’ait plus besoin d’écrire ce genre d’articles.
    Entre-temps, peut-être verrons-nous H16 intervenir sur les plateaux télévisés? ou est-ce déjà le cas sans le savoir?

  • Clair et concis…on va dans le mur, moins vite qu’hier mais on y va…

  • Qui peut sérieusement croire aux inepties que nous balancent ce pitre ?
    Un style différent , un peu de sémantique pour calmer le grouillot et zou on repart pour un à trois ans , et pendant ce temps ceux qui créent de la richesse en créent moins ou se barrent …

  • Et si l’on proposait une modélisation de la politique avec une équation.
    Un peu comme pour la bourse, qui est une courbe virtuelle qui se la raconte un peu.

    Cela donnerait quoi ?
    Bien sur, il faudrait isoler la performance économique de l’inflation, sortir la masse salariale Étatique, enfin, je propose de faire ressortir la performance réelle de notre Etat à créer de la richesse.

    En gros ça donnerait ça:
    Etat+loi+taxes= – 4000 milliards de dettes en 40 ans

    Non, c’est complétement con ! Laissez tomber cette idée absurde.
    Imaginez 50 milliards de non dépense, c’est comme de pisser dans un violon.

  • Moi je crois en deux personnes :
    – les marchés qui vont bien finir par se réveiller et ne plus nous prêter de l’argent quasi-gratuitement
    – puis le FMI qui ne manquera pas de devoir intervenir d’ici 2017 grâce à cette bande de guignols.

    Là, les syndicats, socialos et compagnie vont VRAIMENT pleurer.

    • Vivement ce moment en effet , la vraie austérité commencera alors et les masques tomberont

      • si les taux obligataires en Europe sont si bas, comme par exemple la Grece qui a recemment emprunte a 5% (!), l’espagne et l’italie qui ont des taux au plus bas depuis la crise, ce n’est pas parce que les marches dorment. C’est parce que la repression financiere en Europe dirige les investissements vers la dette publique. BCE, ratios de Bales, reglementations nationales des banques et assurances, tout est fait pour que les principaux acteurs financiers achetent des obligations d’Etat, en suppriment le rendement pour l’investisseur et donc le cout pour l’emprunteur.

  • Quand je vois le nombre de désespérés par la situation de la France, je me dis que vous n’avez rien compris.
    Sarkozy is baclk and very soon.
    Pour nous à l’UMP c’est comme un nouveau 6 juin 1944 pour la France.

    • @richard-ump

      Je crains que votre état-major n’est oublié les bombardements et tirs de barrages sur les bunkers adverses.
      Sans idée, c’est à poil que vous serai sur la plage.

    • Nadège Rivendel
      18 avril 2014 at 20 h 19 min

      Nous n’avons rien compris ? vous êtes sûr que ce n’est pas vous qui n’avez rien compris ? ainsi Zorro serait prêt à débarquer sous l’oeil bienveillant du général… sauf qu’on n’est pas le 6 juin 44… vos propos prêteraient à rire si la situation n’était pas aussi dramatique, situation à laquelle vous (l’UMP) avez largement et généreusement contribué avec nos deniers.

    • Sarko, un nouveau 6 juin 1944 ? Je veux bien vous croire.

      Bataille de Normandie :
      – pertes alliées : 206703
      – pertes allemandes : ~ 240000
      – pertes civiles : ~ 50000

      Des centaines de milliers de sans-abris pendant des années, les infrastructures anéanties, même ma génération a été profondément marquée.

      • j’imagine bien sarko le 6 juin 44, foutu à la mer avec un coup de pied au cul par le guénéral 35 heures …

        KAII KAII KAIII …

  • Foutu? Wow, c’est un sacré progrès par rapport à méga-foutu. Bravo, Valls!

  • Allons y pour la vraie vie. J’avais mis de l’argent de côté, pas de quoi s’acheter une résidence secondaire, mais suffisamment pour mettre mon épouse a l’abri quelque temps si toutefois il m’arrivait quelque chose.
    Seulement voilà, 300% d’augmentation sur la taxe foncière et habitation, 280% d’augmentation en 3 ans sur l’IR. 22% sur ma mutuelle santé, et +, +,+ et bien … Puisqu’il faut payer on paye… Seulement de 2 , 3 resto par semaine je suis passé a un par semaine, nous sommes passés a 1 par mois, plus de cinéma, plus d’embellissement du jardin, moins de déplacements en voiture. Etc .,. Finalement en nous ruinant l’état plombe l’économie. Et la nous ne parlons que deux Français… A l’échelon national …. Nous pensions que nous pourrions aider nos gosses et bien c’est mort !

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