Les nouveaux moteurs essence émettent plus de particules fines que les diesel

Le régulateur repère un problème, les particules fines, puis désigne un coupable, les moteurs diesels.

Par Nick de Cusa.

pot échappement voiture

Connaissez-vous la loi des conséquences inattendues ? Le régulateur, dans son infinie sagesse, repère un problème : disons, les particules fines. Puis désigne un coupable. Disons, les moteurs diesels.

C’est un brin ennuyeux, au passage, parce que la domination du diesel dans le parc automobile est due aux décisions précédentes du même régulateur :

  1. Écraser très légèrement moins le gazole de taxes que l’essence (les deux carburants subissent aux alentours de 150% de taxes, on ne le répètera jamais assez ; comment le public supporte-t-il ceci ?)
  2. Mettre en place des malus calculés sur les émissions d’un gaz inoffensif, j’ai nommé le CO2, favorisant aussi le diesel.

Qu’à cela ne tienne, le régulateur va résoudre ce problème artificiel, créé de toute pièce par lui-même sans raison valable – les particules fines pour rappel – en prenant de nouvelles mesures. Il n’y a pas de mesures aux conséquences néfastes qui ne puissent être corrigées par de nouvelles mesures.

Par quelque manœuvre, les constructeurs automobiles sont désormais encouragés à atteindre les cibles d’émissions injustifiées du gaz non-polluant CO2 avec des moteurs essences plutôt que diesel.

J’ouvre ici une parenthèse pour préciser que ceci voit naître quelques phénomènes étonnants. L’un de ces phénomènes est que des moteurs de très petites cylindrées apparaissent, dotés de moins de cylindres, souvent trois, voire deux comme chez FIAT. C’est le retour de la célèbre « deux pattes », digne de la 2CV. La boucle est bouclée.

Cette tendance est usuellement appelée du doux anglicisme de downsizing, qui veut dire qu’on fait plus petit. Il est intéressant de noter que le plus grand constructeur du monde, Toyota, a finalement annoncé qu’il arrêtait de suivre cette pente, et qu’il revenait aux atmosphériques de cylindrée plus classique. On verra qui fera de même.

Bien plus étonnant pour qui lit la presse automobile est que la consommation de ces mini-moulins n’est, en fait, guère plus favorable que celle de leurs prédécesseurs, en utilisation réelle sur route. Ce qu’on voit se multiplier, ce sont des essais de véhicules où la consommation « normalisée » – par l’UE – semble minime, dans les 4 litres aux 100 km, mais où la consommation mesurée par l’essayeur est nettement plus haute, dans les 7 litres.

Pour référence, en trois ans d’usage sur ville/autoroute, j’ai personnellement mesuré 5,7 litres aux 100 avec un bon vieux 1,6L diesel. Bref ces nouveaux joujoux n’apportent rien, au contraire. Concrètement, ce que cette « nouvelle technologie » amène, c’est un accroissement de l’écart entre les consommations normalisées et les consommations réelles en usage sur route,.

Pour en revenir à Toyota, observons que le géant japonais est plus rusé d’un cran que ses collègues pour jouer avec les consommations normalisées, puisque son leadership dans les hybrides lui permet de régler les véhicules de façon encore plus exagérée pour briller dans les cycles de tests artificiels. L’innovation ne va plus dans le sens du progrès mais dans le sens des flatteries à l’égard du régulateur (dans son infinie sagesse).

Mais il y a beaucoup plus fort, car un autre attribut de ces nouveaux moteurs à essence est d’adopter l’injection directe. Au lieu que le carburant ou le mélange soit injecté dans une préchambre avant le cylindre, il l’est directement dans le cylindre lui-même. Et ceci nous offre une petite surprise que je vais vous dévoiler, mais non sans vous prier ,d’abord, de bien vouloir vous asseoir, dans l’intérêt de votre santé et de votre sécurité. Vous êtes bien installés ? Ces moteurs « essence à injection directe » émettent plein de particules fines.

Vous avez bien lu. C’est l’institut allemand de référence en technologie automobile, le TUV Nord, qui l’a mesuré. Et Die Welt a publié cette information il y a déjà longtemps. Tout ce qu’il y a de plus respectable. Tout ce qu’il y a de plus vénérable, bref, de plus sérieux. L’automobile club allemand ADAC a pour sa part également enquêté, et conclut que les émissions de particules par ces merveilles de nouveaux petits bijoux peuvent être jusqu’à 10.000 fois supérieures.

Vous m’avez suivi ? L’affaire est un peu entortillée, je le confesse.

Je récapitule donc. D’abord on défavorise l’essence. Puis on se retrouve avec des problèmes décrétés dus au diesel. On relance donc un peu l’essence… Avec des nouvelles technologies qui, dans la vraie vie, vont à l’opposé de leur but avoué, réduire les émissions d’un non-polluant inoffensif. Vous êtes toujours avec moi ? Résultat ? Jusqu’à 10.000 fois plus de particules fines.

En petite note à la marge : on notera la docilité d’une industrie qui se meurt, en adhérant à ce genre d’absurdités sans la moindre combativité, toujours en espérant que ces nouvelles règles lui permettront de vendre quelques voitures de plus. On voit le résultat. Je travaillerais dans l’automobile, je commencerais à dire aux collègues : « Réveillons-nous, bon sang, combien de temps allons-nous ainsi nous laisser démolir en silence ? » Comme vous voulez…

Le régulateur, dans son infinie sagesse… La machine sans visage à qui nous confions nos vies. Avec, comme seule certitude : davantage de conséquences inattendues.

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