Ni étatisme de droite, ni étatisme de gauche, libéralisme !

Démocratie Vote Elections (Crédits : Theresa Thompson, licence Creative Commons)

Le Front national est-il vraiment de droite ? Il semblerait qu’il soit avant tout un parti étatiste, et que cela ne sera pas par d’autres partis étatistes et aveugles qu’il pourra être mis sur la touche. Ceux qui ont maintenant une carte à jouer, ce sont les libéraux.

Par T. Matique

Comme à chaque élection à deux tours, les alliances et mésalliances prennent le pas sur le fond politique déjà inexistant et révèlent la seule idée bien ficelée, celle du plan de carrière. Tout le monde sort sa calculette, fait ses pronostics et, dans des ni-ni de communication, le qui est qui disparaît. Le FN en devient une sorte de parti hybride, un fourre-tout politique arrangeant pour tous, y compris pour le parti lui-même.

Pourtant, la politique du FN est sans ambiguïté sur ses orientations à gauche de la gauche. Dans son discours du 1er mai 2013, Marine Le Pen a très clairement rappelé sa politique d’un État collectiviste et interventionniste, son ultra-socialisme. Dans celui-ci, elle parle de cette « pseudo gauche » qui « sacrifie les travailleurs sur l’autel de la compétitivité avec la flexibilité et les retraités au nom de l’équilibre budgétaire » et où les riches sont « les mêmes que l’on protège ». Puis rajoute qu’ « Il nous faut en finir avec l’ultra-libéralisme, la folie de l’hyper austérité, la folie absurde et dévastatrice du tout commerce. Cette mondialisation ultra-libérale défait la nation. Cette mondialisation ultra-libérale défait l’école de la République, le meilleur outil pourtant de l’égalité des chances » et parle « d’individualisme prédateur » de « la loi du plus fort sur le faible ». »

Elle précise qu’« il faut l’autorité d’un État sûr de lui et partout et qu’il faut remettre le collectif au centre de nos valeurs » en affirmant « nous rétablirons en tout domaine l’autorité de l’État de l’école à la rue, de la banque à la grande distribution ».

Du Montebourg puissance 10, de l’ultra-socialisme qui n’est pas sans rappeler le national-socialisme défini par Otto Strasser : « Nous prendrons à droite le nationalisme sans le capitalisme auquel il est en général lié et à gauche le socialisme sans l’internationalisme marxiste qui est un leurre (…) Le national-socialisme devra être surtout un socialisme. » Il n’est pas non plus sans rappeler la place de l’État préconisée par Mussolini dans le fascisme : « Le principe essentiel de la doctrine fasciste est la conception de l’État, de son essence, de son rôle, de ses fins. Pour le fascisme, l’État est l’absolu devant lequel les individus et les groupes ne sont que le relatif (…). Tout dans l’État, rien contre l’État, rien en dehors de l’État (…). Le libéralisme niait l’État dans l’intérêt de l’individu, le fascisme réaffirme l’État comme la véritable réalité de l’individu. » Mais quelles que soient les perceptions de chacun, il n’en demeure pas moins que le FN est un parti ultra-socialiste.

Si le vote FN est un vote d’adhésion et d’enracinement, comme le prétend Philippot, ce n’est pas un « front républicain » dénué de sens qui détournera les électeurs de ce parti. Le paradoxe d’une poussée cyclique du FN quand les socialistes échouent devrait déjà les interpeller, qui plus est dans des fiefs traditionnellement sous la tutelle de la gauche. De plus, est-ce vraiment républicain de sous-entendre qu’un parti n’est pas républicain alors qu’aucune loi ne lui interdit d’exister ? De même, ce ne sont pas les affirmations succinctes et sans arguments de l’UMP sur l’incompatibilité dans le domaine économique avec le FN qui y changeront quoi que ce soit, ni même d’affirmer que le vote FN sert le PS sans parler du socialisme qui les unit .C’est le rôle même de l’État, donc le mode de gouvernance, qui différencie l’UMP/l’UDI du FN. L’UMP/l’UDI sont certes des partis étatistes mais le FN est carrément socialiste. Rien ne sert de faire des ni-ni, si les axes de gouvernance du FN, et donc l’approche économique qui en découle, ne sont pas clairement dénoncés comme le sont ceux de leur famille PS/Front de gauche/EELV. Le silence sur l’ultra-socialisme du FN n’assurera pas un réservoir de voix tandis que briser le silence peut éclairer des électeurs tentés par ce parti le croyant à droite par tant de conditionnement médiatique et modifier leur conception sur celui-ci. Ce silence volontairement entretenu ne va pas renforcer la position de l’UMP/UDI mais protège le PS de perdre une partie de ses troupes très à gauche au profit du FN. Il permet simplement à certains journalistes de gauche d’associer le FN à la droite pour stigmatiser cette dernière sans avoir à faire une reconnaissance en paternité socialiste, et à certains journalistes de droite de se servir du FN pour faire et défaire des leaders à l’UMP ou à l’UDI en fonction des réponses à leurs propres convictions (patrie-autisme, conservatisme, etc.). Or, depuis quand un parti de droite est-il, entre autres, contre la compétitivité et la flexibilité du travail, contre les riches, la finance et la mondialisation ?

Mais indépendamment des appartenances ou des affinités politiques de chacun, s’il y a un enseignement à prendre du FN, c’est peut-être celui d’y voir un parti ayant à présent une colonne vertébrale (rôle de l’État) et des articulations pour agir (déclinaison de son rôle avec ses priorités) dont la pensée (valeurs ou idéologie) stimule la coordination. Même s’il se meut au détriment de toutes les libertés individuelles, comme toute forme de socialisme, grâce à la psychologie des foules il laisse à certains l’illusion d’exister, de prendre part à un changement, d’avoir un but, quitte à ce que l’enfumage soit le même qu’avec d’autres partis, peut-être même pire. Le FN s’est doté d’un corps ultra-socialiste tandis que l’UMP et l’UDI sont des étatistes démembrés. Mais comment peut-il en être autrement avec ces deux partis qui n’ont toujours pas de colonne vertébrale et dont les quelques articulations ne peuvent avoir de prise ? Ils demeurent comme des tétraplégiques politiques face aux ultra-socialistes du FN en ordre de marche, croyant encore que le nationalisme est une valeur de droite, alors que depuis belle lurette les socialistes s’en sont emparés. Il y a même eu des Staline (« la mère patrie ») et des Che Guevara (« La patrie ou la mort ! ») pour en faire l’écho.

Par calcul électoraliste, l’UMP et l’UDI ne sont même plus capables d’affirmer clairement des différences entre la droite et la gauche, entre l’extrême droite (souvent associée à l’ultra-capitalisme et à l’ultra-libéralisme) et l’extrême gauche (souvent associée à l’ultra-collectivisme et à l’ultra-interventionnisme de l’État), entretenant ainsi la confusion dans l’esprit de leurs propres adhérents. Au nom de la rose qui les révulse, ils se servent du marteau et de la faucille pour tailler dans le vif du rosier, sans s’occuper de sa variante, le Floribunda Nouveau, qui s’y répand comme les têtes d’une hydre. Entre les bricoleurs socialistes et les apprentis jardiniers étatistes, les ultra-socialistes du FN ne sont pas prêts d’êtres déracinés.

L’opposition au socialisme, et qui plus est à l’ultra socialisme du FN, c’est le libéralisme et non l’étatisme. Avec leurs charentaises étatiques, l’UMP et l’UDI font du jardinage sans bécher correctement le terrain, ni semer les graines de la modernité. S’accrocher à un plan comptable électoral n’a jamais nourri la politique, seulement les politiciens et leur carrière, les journalistes et les instituts de sondages. Il faut admettre que certains libéraux ont parfois recours à l’UMP et l’UDI pour combattre le socialisme et l’ultra socialisme. Un choix par défaut, voire pour certains un moindre mal. Mais, jusqu’à quand et à quel prix ?

Bon nombre de libéraux se tournent de plus en plus vers l’abstention, ou pire ils quittent le pays. À plus de 38% d’abstention, il y a de quoi réfléchir à présent. Mais, les sondeurs et certains journalistes se sont emparés du sujet afin de transformer les abstentionnistes en socialistes déçus. Il est plus simple et arrangeant pour eux de transformer chaque individu en clone politique d’un autre pour en faire une masse à recycler dans leurs analyses spéculatives et entretenir l’immobilisme neuronal. Les libéraux ne rentrent dans aucune case de leur raisonnement car ils sont en marge des partis, en marge du système. Pourtant, ces intendants du vote estiment que plus d’un tiers des électeurs font partie de l’électorat flottant dont il est difficile de préjuger sur sa position et sa réaction. Des électeurs en retrait des partis, de leur emprise, de leur politique politicienne. Plus de 15 millions d’électeurs à convaincre ! Et si les libéraux représentaient une grande partie de cet électorat ? Et si les libéraux représentaient la majeur partie de cette abstention record ? Il est vrai qu’avec des « si », chacun peut changer le monde à sa convenance sans être, pour certains, plus crédible que les intendants de la politique formatés aux concepts de masse, à un monde uniformisé. Mais ce qui est sûr, c’est qu’en France, il n’y a pas que des socialistes et des étatistes. Il y a aussi des défenseurs du libéralisme de plus en plus nombreux qui ne veulent ni du socialisme, ni de l’étatisme, et savent qui est qui.

À bon entendeur…