Toi aussi, rejoins le combat des facteurs du 7ème !

Boite aux Lettres La Poste (Crédits Pedro Vezini, licence Creative Commons)

C’est horrrrrible : le viol des consciences est maintenant permanent en France. On apprend, effaré, que des facteurs ont été mis à contribution forcée pour distribuer des tracts du Front National dans le 7ème arrondissement de Paris. Heureusement, la riposte s’organise !

Racontée par l’Agence Fausse Presse et vaguement mise en forme par Libération pour tenter de faire croire à une valeur ajoutée, l’histoire ne manque pas de sel. On apprend ainsi que, je cite,

Une douzaine de facteurs du VIIe arrondissement ont refusé de distribuer ces tracts, non mis sous pli. Le syndicat SUD estime qu’il s’agit de «propagande politique».

nom d'une pipe en boisDans cet océan de misères, on trouve au moins une bonne nouvelle : le syndicat SUD est suffisamment lucide pour estimer qu’un tract du FN serait de la propagande politique, alors que de nombreuses études et des analyses précises au microscope à balayage avaient pourtant permis d’affirmer que les tracts du FN étaient en réalité des manuels d’électro-ménager. Comme quoi, on peut se tromper bêtement, parfois, et SUD corrige ainsi des années d’égarements idiots.

Cette vérité enfin rétablie, l’affaire est donc simple : d’un côté, des tracts du Front National, hors de toute enveloppe, sans aucun doute nécessaire pour en cacher le sulfureux contenu, à l’instar des publicités pour les sex-toys et DVD culturels sur l’emboîtement rythmé de mammifères. De l’autre, des facteurs, épris de neutralité politique et désireux de ne pas se tacher les mains avec des papiers licencieux à l’encre aussi poisseuse que les idées du FN. En effet, pour le syndicat, on est au-delà de la simple hygiène palmaire : en leur mettant dans les mains, ostensiblement, de la bonne grosse propagande frontiste, « la Poste transforme les facteurs en militants du Front National », zip, zoup, ni vu ni connu je t’embrouille.

Bon, bien sûr, la Poste, entreprise vendue aux gémonies capitalistes et, on s’en doute, déjà largement infiltrée par les sbires du Front National, réfute toutes ces accusations grotesques et tente de camoufler son opération de transpartisme sauvage sur des facteurs innocents et non-consentants par des pirouettes rhétoriques qui ne convainquent personne :

« La Poste et Médiapost distribuent la propagande électorale des partis politiques lors de chaque élection. Dès l’instant où le parti qui s’exprime n’est pas interdit, La Poste doit les traiter avec équité. La Poste ne peut refuser, ou soumettre à des conditions particulières comme la mise sous enveloppe, le message d’un parti politique »

Retraites en failliteC’est vraiment skaâândaleux ! Si maintenant, on ne peut plus imposer que les infâmes manuels d’électro-ménager du Front National ne soient pas correctement camouflés lors de leur distribution, où va le monde ?! Imaginez un seul instant que des enfants tombent sur ces abominations et se mettent, bêtement, à manipuler le lave-linge familial sans assistance ou, pire encore, à croire aux fadaises socialistes qui y sont présentées ! Ce serait comme s’ils tombaient sur un tract du Front de Gauche ou du PCF présentés sans le moindre blister opaque, sur lequel ils pourraient lire des slogans outranciers sur le partage d’argent gratuit des autres ou la distribution généreuse de tout et n’importe quoi financé sur les dettes, les générations futures ou l’impression de papier-monnaie à rythme stakhanoviste ! Ça commence comme ça, et à la fin, on finit en République Démocratique et Populaire du Bisounoursland, c’est catastrophique !

Bref, on le comprend, nos facteurs ne pouvaient décemment pas se laisser entraîner sur cette pente savonneuse : ni une, ni deux, ils ont exprimé leur droit de retrait. Pensez donc ! Le devoir de réserve et de neutralité du vaillant postier tournée faisant allait être remis en cause, c’est évident, et en déambulant ainsi avec des tracts du Front National sous le bras, Emmanuel Cottin du syndicat CGT estime que, je cite,

« les facteurs risquent d’être interpellés au cours de leur tournée. Il y a un danger pour leur intégrité physique et morale. »

lie down try not to cry cry a lot

Et que c’est dit pudiquement ! Qui n’a pas, en effet, tabassé un petit postier ou deux à la vue d’un tract Front National dans sa besace ? La méprise est facile : dès qu’on en voit un, avec ces papelards douteux d’un Front tout droit sorti des rotatives les plus sombres de notre Histoire, on sait qu’il ne s’agit pas d’un postier ordinaire mais, inévitablement, d’un militant FN et on a immédiatement envie de lui coller un pain et de faire voler sa belle casquette « La Poste » à coups d’uppercuts bien assénés. C’est évident.

La cause est entendue : les postiers réclament le droit de ne pas distribuer des tracts avec lesquels ils sont en désaccord politique profond. On les comprend. En toute bonne logique, on attendra la même compréhension de leur part lorsque certains contribuables refuseront de payer leurs impôts qui abondent à des guerres avec lesquelles ils ne sont pas d’accord, à des journaux qui ont la fâcheuse tendance à écrire des conneries et faire de la propagande, justement, ou à des systèmes d’éducation, de santé, de justice ou de police avec lesquels ils sont opposés d’une façon ou d’une autre. Et puisqu’on évoque le droit de retrait, on attendra aussi la même mansuétude vis-à-vis de ces maires qui jugeraient contraire à leur conviction de marier des homosexuels.

Moyennant quoi, je ne peux que, tous, vous encourager à rejoindre le combat de ces fiers postiers qui utilisent enfin leur droit de retrait pour ne pas se salir les mains et l’esprit avec des abominables impressions gluantes. Ces facteurs démontrent qu’un autre monde est possible : c’est fini, le temps où on pouvait obliger les individus à souscrire à un système sans leur demander leur avis, et c’est fini le temps où l’on peut vous obliger à cotiser à ceci ou cela, à ce fumeux contrat social français qu’on ne vous a jamais fait lire, jamais fait signer, jamais proposé mais toujours imposé. Fini ! Ils montrent une voie, celle de la résistance à l’oppression, celle qui permet de dire : « Payer des impôts pour que les politiciens continuent à taper dans la caisse ? No pasaran ! Payer de la TVA pour engraisser un état qui m’impose des choix que je n’ai pas fait ? No pasaran ! Payer pour un système social qui produit tous les jours plus de chômeurs, de pauvres, de SDF ? No pasaran ! »
—-
Sur le web