Crowdfunding, une mesurette sans conséquence

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Crowdfunding, une mesurette sans conséquence

Publié le 3 mars 2014
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Par Dominique, d’Emploi 2017.

Crowdfunding (Crédits Simon Cunningham licence Creative Commons)En visite il y a deux semaines dans la Silicon Valley, François Hollande a promis d’aider au développement du financement participatif, dit crowdfunding. Mais cette révolution supposée sauver les PME est illusoire : elle ne correspond pas à leurs véritables besoins. Seules des incitations en direction des business angels permettront la croissance des petites entreprises.

Devenant de plus en plus à la mode, le crowfunding est un mode de financement via une plateforme Internet dédiée, où l’entrepreneur fait appel à un grand nombre de personnes, sans l’aide des acteurs traditionnels. Il existe en fait trois modes de financement par le crowdfunding : le don, le prêt (peer-to-peer lending) et la prise de participation en capital (equity crowdfunding). Ce mode de financement peut selon les plateformes s’appliquer à tous les types de projets : caritatif, social, d’entreprises, etc.

Le crowdfunding tous types confondus représente aujourd’hui en France environ 40 millions d’euros, montant relativement faible qui s’explique par un trop grand nombre de contraintes légales, particulièrement pour l’equity crowdfunding et le lend crowdfunding. Au-delà de 100.000 euros d’augmentation de capital, une PME passant par une plateforme pour lever des fonds voit notamment son opération requalifiée comme « appel public à l’épargne », ce qui l’oblige à la rédaction d’un prospectus de 200 ou 300 pages visé par l’AMF (autorité des marchés financiers). Désormais, il est prévu que le plafond passe à un million d’euros, pour aider les entreprises à traverser la « vallée de la mort » qui les sépare du capital risque.

Si l’intention est louable, le mode de fonctionnement même du crowdfunding ne correspond que très faiblement aux besoins des PME. Les PME ont besoin de financement mais également de réactivité, de conseils et d’un réseau que seuls des business angels, anciens entrepreneurs ou dirigeants agissant de manière individuelle peuvent leur apporter. Si les équipes des plateformes de crowdfunding peuvent être compétentes, leurs profils et leurs contraintes sont très éloignées de celles d’un business angel. Elles sont le plus souvent constituées de jeunes financiers d’une trentaine d’années n’ayant pas ou peu d’expérience d’entrepreneur, et qui auront en général moins de « flair » pour repérer et mettre en valeur les « pépites ». Ils se retrouvent par ailleurs dans l’obligation de traiter un grand nombre de dossiers, alors que leur rémunération est indexée non pas sur le nombre de dossiers traités mais sur le montant des investissements réalisés dans les projets validés. Or, si on compare la levée par crowdfunding à l’investissement moyen dans le capital risque, elle est assez faible. Pour rester rentable, le temps consacré à chaque dossier est donc fortement réduit. Ainsi l’entreprise ne bénéficie pas de l’accompagnement dont elle pourrait bénéficier avec un business angel, qui seul peut lui ouvrir son réseau et lui transmettre sa précieuse expérience. En outre, contrairement aux équipes de crowdfunding, le business angel investit sont propre argent ce qui renforce encore sa motivation pour faire réussir l’entreprise.

La facilité supposée de l’entrepreneur à lever des fonds via le crowdfunding est par ailleurs une image éloignée de la réalité. Le site Anaxago révèle par exemple qu’il faut entre 3 et 4 mois au total pour obtenir une levée de fonds, et toutes les entreprises n’y réussissent pas. Or, dans le domaine de l’innovation, notamment de l’innovation numérique extrêmement concurrentielle, un tel délai est trop long. Seuls des business angels ont la capacité financière, la liberté et la disponibilité requise pour avoir la réactivité suffisante.

Si le modèle n’est pas satisfaisant pour l’entrepreneur, il est également risqué pour les petits investisseurs tentés par l’aventure. Les différents sites français ne vantent d’ailleurs pas la rentabilité des investissements. Comme l’explique la plateforme Anaxago « L’actif sans risque n’existe pas … » mais « il faut favoriser la prise de risque utile à la croissance, l’innovation et l’emploi. » ce qui est une « aventure humaine ». S’il vaut mieux à tout prendre investir dans une jeune entreprise que de jouer au loto ou au casino, le risque de pertes va bien jusqu’à 100% des sommes investies. Les taux de faillite peuvent être élevés en phase d’amorçage et de développement.

En ce qui concerne les prêts par crowdfunding, le gouvernement prévoit de lever en partie le monopole bancaire. Pour la première fois, des particuliers pourront prêter de l’argent avec intérêts, dans la limite de 1.000 euros par investisseur et un million d’euros par projet. Si cela constitue une bonne évolution dans l’absolu, le prêt en tant que tel introduit toujours une forte contrainte financière pour l’entrepreneur, puisqu’il doit rembourser le capital et verser des intérêts. Par ailleurs, tout comme pour l’equity crowdfunding, il ne bénéficie pas d’un véritable accompagnement comme c’est le cas avec un business angel.

Les nouvelles orientations du gouvernement découlent donc, non pas d’une véritable réflexion, mais bien d’un effet de mode. Elles présentent également l’avantage d’être « politiquement correctes » car elles ne consistent pas en un « avantage donné aux riches », mais tout au contraire en une sorte de « capitalisme populaire ». Si le crowdfunding est une bonne approche pour recueillir des dons à visée philanthropique, il résoudra peu de choses pour les jeunes entreprises à forte croissance.

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  • Mais quel article…

    1. Le marché représente 78 € millions d’euros en 2013 (source Baromètre 2013 FPF et Compinnov) et non 40 millions qui correspond peu ou prou aux montants investis par les réseaux de business angels en France en 2012.

    2. Les entreprises levant plus de 100 000 euros bénéficient d’une exemption de prospectus dès lors qu’elles font appel à moins de 149 souscripteurs.

    3. Le conditionnel pourrait être utilisé car aucune opération de crowdfunding n’a été qualifiée comme faisant appel public à l’épargne à ce jour.

    4. « Ainsi l’entreprise ne bénéficie pas de l’accompagnement dont elle pourrait bénéficier avec un business angel, qui seul peut lui ouvrir son réseau et lui transmettre sa précieuse expérience. »
    Mais quelle manque d’humilité…

    Le biais dont vous faites preuve est la preuve d’une mauvaise foie exacerbée ou d’une totale incompréhension du sujet que vous traitez.
    Opposer un business angel et une plateforme de crowdfunding n’a aucun sens.
    Un business angel est une personne investissant une partie de son patrimoine dans de jeunes entreprises et pouvant mettre à disposition ses compétences ou son carnet d’adresses.

    Les plateformes de crowdfunding jouent leur rôle de tiers de confiance pour pré-selectionner les projets, offrir une grille de lecture claire aux investisseurs, organiser les rencontres et permettre le suivi de l’investissement.

    Tout comme le ferait un réseau de business angel à vrai dire.

    Mais ce sont bien des investisseurs privés qui décident ou non d’investir dans un projet, de participer à son développement et d’ouvrir leur carnet d’adresses.

    Selon vous « seul » un business angel (membre d’un réseau sous-entendu) peut disposer d’un réseau, d’une expérience digne de son nom et de la réactivité nécessaire.
    Mais ce que vous ignorez c’est que les plateformes de crowdfunding sont composées d’entrepreneurs, de cadres dirigeants, de jeunes actifs, de retraités et même de Business Angels.

    Je m’arrête là. Votre article oppose ce qui n’a pas lieu d’être opposé et attaque ce qui n’a pas lieu d’être attaqué.

    Si permettre à des particuliers de soutenir en direct l’économie locale ou les PME vous parait louable entre « sachants » dans le cadre de salon feutrés mais beaucoup moins sur internet, vous faites bel et bien partie de cette génération (« d’élites ») dépassée par les nouveaux modèles et qui n’a pas su faire ses preuves en son temps.

    Sincèrement,

    Un jeune financier trentenaire

    • Je n’ai pas vu dans l’article l' »opposition » que vous dénoncez. J’ai même l’impression d’y voir le regret que les mesures proposées ne changent que bien peu de choses pour supprimer des barrières à un développement que vous préconisez vous-même. Respirez un grand coup, relisez l’article, et donnez nous vos propres commentaires plutôt sur les mesures du gouvernement, car c’est de cela qu’il s’agit.

    • Tout à fait d’accord avec vous. Sans insister sur vos arguments, et pour aller un peu plus loin, je précise que la notion d’appel à l’épargne n’existe plus, remplacée depuis quelques années déjà par celle d’offre au public de titres financier.
      Quant à la « réactivité suffisante » des business angels, il serait approprié d’avancer des chiffres plutôt que des arguments non tangibles. Je n’ai malheureusement pas les chiffres des associations de business angels, mais l’APCE annonce entre 3 et 6 mois, soit pas beaucoup moins que les 3 à 4 mois passés sur une plateforme de financement participatif…

    • Bravo Joachim,
      Je partage votre point de vue.
      J’ai l’habitude de lire contrepoint. Malheureusement, je dois avouer que je suis choqué par le manque de documentation de cette article comme par ces raccourcis intellectuels.
      Ne peut on pas s’interroger si le mode de gestion financière des quinquas n’a pas sa part de responsabilité dans le manque de compétitivité de la France depuis ses 20 dernières années ????
      Au contraire, n’est ce pas d’idées nouvelles dont nous avons besoin pour sortir de notre immobilisme économique ?

    • Les plateformes de crowdfunding traitant d’investissement dans le capital (equity) ont mis en avant depuis l’origine leur vocation à rassembler des « Business Angels » pour de tous petits tickets. De quoi « fâcher » les assos du réseau France Angel, attachées à ce sympathique terme – non déposé – de « Business Angel », une notion d’angélisme parfois bien discutable quand il est question d’argent (surtout quand les choses ne se passent pas comme prévu). 1er sujet de friction, l’utilisation du terme « Business Angel ».

      Ces plateformes, privées, ont à rémunérer leurs services d’intermédiation alors que les assos de BA se vantent, elles, d’être non lucratives. Hors il est question aujourd’hui pour les Pouvoirs Publics de faciliter la vie et le développement de ces acteurs privés d’un nouveau genre. 2ème sujet qui crispent certains de ces BA héros désintéressés de l’entrepreneuriat. Bénéficier de La loi Tépa (réduction sur l’ISF) n’est bien sûr jamais la motivation première de l’investissement. Les héros bénévoles se recrutent souvent parmi les retraités assez bien lotis en temps et moyens financiers, sans réelle préoccupation alimentaire. On pourrait oublier que les actifs ont, eux, besoin d’être rémunérés pour leur implication dans le monde économique (ce qui leur permet entre autre de cotiser pour les retraites, et concrètement les retraités « bénévoles » y compris ceux qui leur font la leçon!). La rémunération, 2ème sujet de friction.

      Les plateformes prétendent à présent permettre réalisation de levées de fonds, jusqu’à 1M€, en quelques semaines. Assez rare sont les BA qui peuvent investir avant quelques mois d’allers-retours avec les porteurs de projet, surtout face à des modèles économiques innovants. La réactivité, 3ème sujet de friction.

      Le monde change, les acteurs en place se font bousculer et une partie d’entre eux, tout promoteur de l’agilité chez les dirigeants qu’ils soient, n’apprécient pas les remises en question. Les plateformes de financement participatif vont avoir à gérer, concrètement, les conséquences de leurs prétentions, de leur communication, de leur organisation très « on line » et moins relation humaine, démontrer en pratique les avantages concurrentiels qu’elles cherchent à construire dans un cadre réglementaire moins bêtement « empêchant ». Les BA auraient intérêt à revisiter leur rôle dans ce nouveau contexte. Les créateurs, les développeurs de business, manquent de sources de financement « haut de bilan ». Certains BA bougent, collaborent avec les plateformes d’autres s’enferment dans les critiques faciles, du même style que celles qui peuvent leur être faites (voir ci-dessus pour certaines). L’écart entre les beaux discours et la réalité, quand il est question d’argent, c’est vieux comme le monde. Et le monde change.

  • Pour un profane, quelle différence y a-t-il entre l’equity crowdfunding et l’actionnariat ?

    • Rien si ce n est que le montant de l investissement est plafonné à 1000€ par souscripteurs et 1 ME par opération et par an.

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