Robocop : un remake raté supplémentaire

Affiche robocop 2014 (Tous droits réservés)

À l’opposé total de son modèle de 1987 qui proposait une multitude de niveaux de lectures, ce remake n’est malheureusement qu’un ratage inutile.

Par Aurélien Chartier.

robocop 2014L’exercice du remake est délicat : doit-on s’affranchir du film originel et partir dans une nouvelle direction ? Partir de la même idée mais proposer un univers différent ? Ou rester fidèle coûte que coûte ? Ces dernières années ont vu fleurir des remakes par dizaines explorant ces différentes options. Malheureusement, le résultat fut bien souvent décevant et il était difficile d’être optimiste à l’idée de voir naître un nouveau Robocop. Après le film culte de 1987, deux séquelles avaient déjà montré la facilité avec laquelle le concept pouvait donner des navets ridicules. Hélas, le remake ne fait que confirmer cet état de fait, avec un scénario rempli d’incohérences et un manque total de recul sur son message.

On était pourtant en droit d’attendre mieux du réalisateur brésilien José Padilha. Auteur des deux Troupe d’Élite (Tropa de Elite en version originale), il avait su marier film d’action parfaitement calibré avec message social intelligent, à défaut d’être toujours subtil. La subtilité est justement ce qui fait grandement défaut à ce nouveau Robocop. À son aise pour décrire les rouages du système brésilien, le réalisateur rate clairement sa transposition au contexte américain. Comme dans l’original, on retrouve ici une critique du complexe militaro-industriel représenté par la multinationale OmniCorp. Mais les personnages qui représentent ce conglomérat n’ont aucune profondeur et peinent à générer un quelconque intérêt.

Dans le rôle ultra-classique du PDG diabolique, Michael Keaton ne parvient malheureusement à aucun moment à avoir le charisme nécessaire pour prendre le rôle du vilain. Sans aucune profondeur, son personnage manque trop de crédibilité pour éveiller un quelconque intérêt. Ses acolytes ne sont pas mieux : le mercenaire est unidimensionnel au possible et on ne comprend guère à quoi servent les personnages de Jennifer Ehle et Jay Baruchel. Seuls les scientifiques joués par Gary Oldman et Aimee Garcia sortent du lot en proposant des jeux d’acteurs plus nuancés.

Les quelques ajouts au film de 1987 auraient pu être salvateurs, au vu de leur actualité, mais sombrent dans la même absence totale de subtilité et de cohérence. La politique étrangère américaine fait l’objet de la scène d’introduction du remake, puis disparait sans explications pendant le reste du film. La critique du comportement des médias était nécessaire, mais sombre dans le ridicule. Les interventions du présentateur de télévision, joué par Samuel L. Jackson, sont abominablement sur-jouées au point d’en devenir comiques, ce qui réduit à néant le semblant de message que le film semble vouloir faire passer. Enfin, l’exploration des relations entre Robocop et sa famille était prometteuse, mais tourne en rond, avant de disparaître vers la fin du film.

Comme autres points ratés du film, on retiendra Detroit présenté comme une ville infestée par le crime, alors que l’on ne voit guère d’insécurité dans les scènes qui la représentent. Le partenaire humain de Robocop, qui lui permettait de regagner son humanité dans l’œuvre originelle, devient ici quasiment inutile au point de disparaitre de l’écran pendant la moitié du remake. On pourra également noter le thème de la symbiose homme-machine qui apparait lors des expériences scientifiques sur Robocop pour lui donner l’illusion d’un choix alors que le système informatique décide en réalité de ses actions. Là encore, cela n’apparait que dans une poignée de scènes avant d’être oublié de façon inexplicable. Enfin, les scènes d’action sont génériques au possible et ne viennent à aucun moment relever le niveau du film. Cela est en partie dû aux rôles des criminels, qui n’ont droit à aucun développement et ne paraissent être là que comme figurants.

À l’opposé total de son modèle de 1987 qui proposait une multitude de niveaux de lectures, ce remake n’est malheureusement qu’un ratage inutile dont le scénario précipité commence à développer des idées parfois intéressantes pour les abandonner immédiatement. La satire de la société américaine tombe souvent à plat et le manque criant de subtilité finit de plomber ce constat. La majorité des acteurs sont terriblement mal exploités, empêchant tout espoir de sauver ce long-métrage du naufrage.

 

Robocop, film de science-fiction américain (sortie depuis le 5 février 2014) de José Padilha, avec Joel Kinnaman, Gary Oldman, Michael Keaton, Samuel L. Jackson. Durée : 1h57min