L’économie souterraine espagnole progresse fortement

Un rapport du ministère des Finances montre que la part de l’économie souterraine est de plus en plus importante. Même en cas de réformes significatives, la tendance serait difficilement réversible.

Par J.D. Tuccille, depuis les États-Unis.
Un article de Reason.

Ce n’est pas que l’Europe manque d’exemples de situations financières désastreuses, mais le naufrage de l’Espagne, avec un taux de chômage atteignant les 27% l’année dernière, est assez fascinant. Les statistiques officielles sont si tristes qu’elles auraient pu déclencher des émeutes dans les rues ; qu’il n’y en ait pas eu prouve en quelque sorte que les espagnols trouvent des moyens pour manger et payer leurs factures. Victor Mallet et Guy Dinmore montraient dans un article paru en 2011 dans le Financial Times que s’il n’y avait pas une activité économique invisible « les espagnols ne seraient pas si pacifiques qu’ils ne le sont jusqu’à maintenant, malgré quelques manifestations ». Nous avons maintenant la confirmation du gouvernement que les espagnols ont refréné leur capacité à travailler et à créer des emplois et de la richesse en restant autant aussi loin que possible des radars de l’État.

Un nouveau rapport du Ministère des Finances espagnol révèle que l’économie souterraine (l’économie qui serait légale si elle était soumise aux taxes et réglementations habituelles) a progressé régulièrement chaque année de 2008 à 2012 (dernière année connue). Pendant cette période, la part de l’économie souterraine est passée de 17,8% à 24,6% du PIB officiel :

Economie souterraine Espagne

Source : Ministère des Finances espagnol

Peut-être sans surprise, dans un pays gêné par l’intervention de l’État dans l’économie, la part de l’économie souterraine est plus faible à Madrid (où siège le gouvernement) avec 17,3%, et beaucoup plus élevée dans les autres régions, atteignant même 31,1% dans l’Estrémadure.

L’économie espagnole est quelque peu entravée par l’ingérence de l’État. L’Espagne se classe à la 49ème place de l’indice de liberté économique 2014, à la 22ème des 43 pays européens. « Son score a baissé de 0,8 point par rapport à l’année dernière à cause des dégradations dans les domaines de la maîtrise des dépenses publiques et de la liberté d’entreprendre et de travailler qui ont plus que compensé les légères améliorations dans la liberté commerciale et la lutte contre la corruption ».

Pour les espagnols qui essaient de se sortir du marasme économique dans lequel le pays est plongé, non seulement la pression fiscale est importante, mais en plus « intégrer un entreprise demande 10 procédures et environ 3 semaines, alors que remplir les exigences de licence prend plus de 7 mois et coûte plus d’un an de salaire moyen. Le code du travail reste rigide, ce qui entrave la création d’emplois dans le secteur privé ».

En fait, le pays a un peu amélioré son classement de liberté économique ces 20 dernières années, mais de manière inégale et avec un reflux ces dernières années, même si c’était plus délicat à cause de la crise de l’euro.

Quand ils se débattent avec la croissance de l’économie souterraine, les officiels espagnols (comme tous les officiels) ont à gérer le fait que celle-ci développe sa propre inertie et que les gens s’habituent à vivre de cette manière.

Comme l’écrit l’économiste Friedrich Schneider :

« Même des réformes fiscales majeures avec un baisse importante du taux d’imposition ne provoqueront pas une baisse significative de l’économie souterraine. De telles réformes permettront uniquement de stabiliser la part de celle-ci et d’éviter une plus grande augmentation. Les réseaux sociaux et les relations personnelles, le grand profit tiré d’activités irrégulières et des investissements en capital réel et en capital humain qui y sont associés, sont des liens très forts qui empêchent les personnes de basculer dans l’économie officielle ».

En ayant donné aux citoyens de nombreuses raisons de cacher leur activité et d’essayer de le faire, l’État espagnol va avoir beaucoup de mal à faire revenir les entrepreneurs de l’économie souterraine dans l’économie réelle.

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