OpenDyslexic : une police de caractères conçue pour faciliter la lecture

Quand A. Gonzalez a appris en 2011 qu’il n’existait pas de police de caractères conçue pour les besoins des personnes dyslexiques, le jeune développeur s’est mis au travail et en a créé une (libre et gratuite)

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OpenDyslexic : une police de caractères conçue pour faciliter la lecture

Publié le 1 février 2014
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Par Rachael Petersen. Traduit par Claire Ulrich

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La police de caractères OpenDyslexic juxtaposée à des polices de caractères conventionnelles. Source: OpenDyslexic

Quand Abelardo Gonzalez a appris en 2011 qu’il n’existait pas de police de caractères conçue pour les besoins des personnes dyslexiques, le jeune développeur d’applications s’est mis au travail et en a créé une (libre et gratuite) avec ceci à l’esprit : OpenDyslexic. Grâce à lui, l’internet est un peu plus accessible désormais aux lecteurs qui souffrent de ce handicap.

Environ 10% de la population mondiale souffre de dyslexie. Ce trouble neurologique entraîne des difficultés à lire, écrire et épeler. Des travaux de recherche récents laissent penser que les dyslexiques ont des difficultés à reconnaître et identifier les sons dans les mots, ce qui les empêche d’associer des sons à des lettres. Souvent, la dyslexie n’est pas diagnostiquée et ceux qui en sont affectés luttent à contre-courant durant toute leur scolarité, alors qu’ils sont dotés d’une intelligence normale voire supérieure. Une prise en charge adaptée et des outils tels que OpenDyslexic peuvent aider les étudiants à surmonter leur handicap.

Abelardo a  travaillé en testant les caractères sur lui même, son épouse et des amis, en les adaptant chemin faisant.  “Il n’y avait pas beaucoup d’études disponibles sur des lettrages spécifiques pour les dyslexiques, mais il y en avait sur les différentes caractéristiques qui pouvaient aider les lecteurs dyslexiques : des espaces plus larges, un crénage adapté, etc.” dit-il. “J’ai essayé d’en faire la synthèse”.  La communauté des internautes concernés a aussi collaboré en faisant remonter de précieuses remarques et commentaires sur l’élaboration des lettres. La police est d’ailleurs sans cesse remaniée pour y intégrer les remarques des dyslexiques.

La réaction des utilisateurs a été extraordinairement positive. Les visiteurs du site Public OpenDyslexic peuvent lire des dizaines de  témoignages sur Facebook de personnes dyslexiques qui ont bénéficié de la nouvelle police de caractères, tels que celui-ci :

C’est extraordinaire ! Je suis pas mal dyslexique et ça m’aide tellement que je me suis presque mis à pleurer ! D’habitude, je ne peux pas à lire à haute voix sans bégayer énormément  mais quand j’ai essayé avec cette police, je pouvais même penser à ce que je lisais. Je n’ai pas à mettre toute mon énergie pour déchiffrer un mot après l’autre.

Je l’ai utilisée pour rédiger mes dissertations pour la fac, et elle rend la lecture et la relecture et les corrections tellement plus faciles et gérables. Je ne me décourage plus aussi souvent. Hautement recommandé.

OpenDyslexic soulage certains des symptômes de la dyslexie par des espaces plus larges et un dessin particulier des lettres. Les parties inférieures plus grasses des lettres aident l’œil à s’orienter, pour que les dyslexiques identifient plus rapidement de quelle lettre ils s’agit et pour que les lettres leur paraissent moins se mélanger en désordre.  Le développeur assure aussi que ces formes uniques des lettres diminuent l’impression de confusion.

 

Weighted bottoms help orient readers' eyes, say the font developers. Source: OpenDyslexic.
Des pourtours pleins et gras des lettres permettent à l’œil des lecteurs de mieux s’orienter, selon le développeur de la police de caractères. Source: OpenDyslexic.

OpenDyslexic a été créée avec Glyphs, un éditeur de polices de caractères utilisé pour produire et modifier des nouvelles polices. Ce projet est entièrement ouvert et libre. D’autres développeurs peuvent donc contribuer au code sur le site GitHub ; les lecteurs peuvent de leur côté signaler des bugs ou soumettre des requêtes spécifiques.

Plusieurs développeurs ont choisi d’utiliser cette police de caractère dans leurs propres projets. Par exemple, Dyslite, un  plug-in qui convertit n’importe quelle page internet en police OpenDyslexic, pour que les dyslexiques puissent surfer plus facilement. Beeline Reader propose également une version en OpenDyslexic, comme la liseuse Kobo. OpenDyslexic a récemment sorti une version pour iOS 7, qui permet aux utilisateurs de ce système d’exploitation de télécharger la police sur leurs tablettes et mobiles.

Des éditeurs impriment des livres avec cette police. Strawberry Classics a publié certains classiques au format poche en anglais, dont Moby Dick, Oliver Twist, The Scarlet Letter, et Pride and Prejudice à l’intention des lecteurs dyslexiques.

A l’avenir, Abelardo espère continuer à améliorer la police et y ajouter des caractères pour d’autres langues. Les réactions sont positives aux Etats-Unis, mais Abelardo reconnait que l’accueil a été encore meilleur à l’étranger, où “la dyslexie semble être prise plus au sérieux.” Il souhaite que les internautes l’aident pour que sa police soit adaptée à d’autres langues.

Pour télécharger la police, visitez le site Opendyslexic. Pour en savoir plus sur ce projet, suivre les comptes OpenDyslexic sur Twitter ou Facebook.

L’article original, sous licence CC by, est à lire sur fr.globalvoicesonline.org

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  • Question : la police est-elle plus lisible pour tous ou seulement pour les dyslexiques ?

    Peut-elle constituer en test de dépistage de la dyslexie ?

  • bien que dyslexique (et spé typo) je ne connaissais pas cette police et en regardant le tableau comparatif, je confirme qu’elle est moins fatiguant à l’œil. Je ne suis pas sur de l’adoptée pour une lecture net mais pour des corrections de texte; je tenterai l’expérience.

    @ Pragma : pas sur que ça puisse faire usage de dépistage. Avec la multiplication des polices utilisées, mine de rien, l’oeil des non dyslexiques s’est habitué aux graphèmes spéciaux. Et je ne parle même pas des capcha (une horreur pour un dyslexique).

    Pour le dépistage, malheureusement, le schéma le plus classique reste : un dyslexique diagnostiqué reconnaissant un autre qui s’ignore et le lui disant (ça a été mon cas en seconde avec l’enseignant qui a émis l’hypothèse).

    Cela étant diagnostiquer ce problème n’est pas en soit compliqué (mise a part que l’Ed Nat a d’autre prio…) : les erreurs des « dys »(lexique/orthographique) sont très typées : inversion de lettres (écrire « te » au lieu de « et » ) ou de son ; confusion en entre graphèmes (d / b ou p / q) et phonèmes proches (be / de ou ce / se / ceux alors que la règle grammaticale est maitrisée).

    Partant de ça, un livret présentant ces erreurs types, avec un petit test a faire à l’élève pourrait déjà faire un gros tri entre les Kevin-SMS et les « dys »

    • A propos de l’Ed Nat, ne croyez pas qu’elle néglige la dyslexie. Ne la jugez pas d’après votre propre expérience. L’école française a beaucoup changé ces dernières années (en mal).
      Il y a un très grand nombre d’élèves qui sont diagnostiqués dys-: dyslexiques, dyspraxiques, dyscalculiques, j’en passe et des meilleurs. On est sûr d’en trouver dans toutes les classes. Dans beaucoup d’établissements, ça dépasse largement les 10% évoqués dans l’article. La tendance serait plutôt à médicaliser les problèmes pédagogiques. L’instituteur constate que beaucoup de ses élèves ne savent pas lire à la fin du CP, il les envoie chez un orthophoniste. Ça évite de remettre en cause les méthodes d’apprentissage de la lecture.

      • Vrai, nos deux voisins proche ont des filles diagnostiquées dyslexique au collège. Un hasard qui n’en est plus un quand on sais quelle prof elles ont eue depuis la CP jusqu’au CM2.

      • Je vois et il est vrai que mon diagnostique n’a pas loin de 20 ans….

        C’est lamentable et au final je ne suis pas surpris vue qu’il y a aussi le cas de l’hyperactivité invoquée pour justifier pas mal de gosses simplement capricieux ou mal élevés. Dans un cas comme dans l’autre; ces « bugs » répondent théoriquement à des critères bien précis et mesurables : taux de certain neurotransmetteurs pour les hyperactifs / IRM ou scan pour les dys. Un médecin qui veux vraiment se donner la peine de diagnostiquer sans faire de certificat de complaisance peut faire (mais pas mal de parents ne sont surement pas chaud pour qu’on leur dise « votre gosse est juste con et mal élevé »).

        Après pour ce qui est des dys; comme je suis amenée à croiser un spé pour faire ajuster mon traitement (il existe pour les cas physiologiques (hyper-connexion cérébrale) un médicament); on en discute; et il m’avait dis que pour la surmultiplication des cas non physio, lui avait 2 théories :

        -> la fichue méthode globale qui induit des « dys’ like ». C’est à dire que l’enfant à de vraie difficultés, mais elles sont acquises et non innées. Là, on a de bons résultats avec l’orthophonie mais on peut aussi se faire la réflexion qu’il est anormal que les gens et l’État paye pour réparer les conneries des pédagogues de l’Ed Nat

        – > le « disease mongering » > http://fr.wikipedia.org/wiki/Disease_mongering qui crée des malades imaginaires. L’hyperactivité, les troubles bipolaire ou borderline étant particulièrement à la mode (par contre le « trouble de manque de motivation », ça c’est chronique chez certain fonctionnaires XD )

  • Article vraiment intéressant et en effet cela n’exclue pas l’autre piste.

    Après de mon avis purement personnel (basé sur mon role de community manager qui vois passer pas mal de monde), que cela soit sur les dys ou le reste (hyperactif, bipolaires, etc); le disease mongering ou la cybercondrie (hypocondrie induite par la lecture de truc genre doctissimo), c’est quand même un bon paquet d’internautes.

    J’ai eu une associée très ….. extrémiste… sur l’orthographe et qui rentrait régulièrement dans le lard des communautés a ce sujet. très vite on voyait (et là c’était mon role) que ce n’etait pas des dys contrairement a ce qu’ils claironnaient…. ni finalement des gens embrouillé par la méthode globale : juste des personne avec un poil dans la main de la taille d’un baobab qui finissaient par reconnaitre que « l’orthographe, ça fait chier, on s’en fout tant que les autres comprennent » (et dure de leur expliquer que nos trentenaire « 1 pAr13 pAs Zk1blog » )

    Le facteur « gros j’m’en foutiste / z’y va c’est de la faute à la société » est aussi a prendre en compte : )

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