Virage social-libéral : un grand soir libéral ?

Le Président Hollande évoque, semble t-il, un tournant social-libéral. Si même les socialistes pensent à des solutions libérales, pouvons-nous donc rêver à une France enfin libérée du joug étatiste ?

Par Didier Maréchal(*). 

Conférence de presse de François HollandeLes mesures libérales à mettre en œuvre en France ont été abondamment décrites, notamment  sur Contrepoints, et sont facilement accessibles à tous. Mais que faudrait-il pour que cette révolution ait lieu ?

Pour que la France devienne un pays libéral, il faudrait notamment que les deux conditions suivantes soient remplies :

1. Que ses élites dirigeantes promeuvent (ou au moins tolèrent) le reflux de l’État vers ses fonctions régaliennes, n’incluant pas la santé, l’éducation, les transports, l’énergie,…

Or, elles n’auraient pas un intérêt personnel immédiat à ce cantonnement de la sphère publique. En effet, plus un homme politique dispose de joujoux  leviers à manœuvrer (et de possibilités de placer ses copains de promo), plus il a le sentiment d’exister en prenant du plaisir, tout en étant persuadé que son action est utile à ses contemporains.

En conséquence, il est du devoir de tout libéral ayant l’occasion d’échanger avec un décideur public (élu notamment) de lui faire prendre conscience que notre beau pays est en train de mourir, écrasé par le poids de la fiscalité, de la dette, de la réglementation, des monopoles, de la connivence public/privé et de l’assistanat généralisé et institutionnalisé. Que les Français n’ont pas besoin que l’on s’occupe d’eux, qu’on les protège ou que l’on résolve leurs problèmes. Mais que l’État leur permette de contracter librement et en paix, et de conserver l’essentiel du fruit de leur travail et de leur patrimoine. La plupart des problèmes rencontrés par les Français est due à l' »action » des politiques (déficits et dettes, chômage, insécurité, mal-logement, manque de compétitivité …)

Il faut donc le convaincre que si son action est limitée à veiller à la sécurité, intérieure et extérieure, à une bonne et efficace justice, à gérer la diplomatie,  la voirie (et encore..), il rendra un sacré service à son pays. Pour deux raisons : d’abord, parce que le marché est toujours plus efficient qu’une brigade de hauts-fonctionnaires, même énarques et de surcroit dans les faits, irresponsables. Ainsi, il s’évitera (peut-être) d’avoir à gérer le naufrage d’un État obèse. Ensuite, que s’il se consacre exclusivement et efficacement aux fonctions régaliennes, il serait logique que la Police, Justice, …procurent une qualité de services que les contribuables sont en droit, raisonnablement, d’attendre. Pour ces deux raisons, il pourrait en plus bénéficier de la reconnaissance de ses électeurs. La campagne pour les élections municipales qui s’ouvre est propice à des échanges avec les prétendants aux mandats : que tout libéral en profite pour marteler notre message et casser la tête aux candidats, notamment à ceux qui ont une sensibilité libérale, comme Hervé Morin du Nouveau Centre !

2. Que la majorité des Français sollicitent (ou au moins acceptent) cette révolution libérale, très anxiogène pour beaucoup.

En effet, de l’école  primaire à la maison de retraite, l’Education nationale et les medias gavés d’argent public diffusent la propagande des politiques et syndicalistes en faveur de l’État-Providence-Nounou-Père Fouettard, sans lequel les Français erreraient, hagards, analphabètes, non soignés, sans retraite, voire sans toit.

De plus, notre système de redistribution a atteint un tel degré de généralisation (comme un cancer) que sa remise en cause fera perdre des avantages (petits ou grands) à pratiquement chacun d’entre nous. Qui n’a pas bénéficié d’allocations familiales, logement, chômage, des prestations de son CE ? De ce fait, chacun défend égoïstement ce système pernicieux.

En conséquence, chaque Français, en état de travailler, chaque entrepreneur, doit accepter de renoncer à la totalité de ses privilèges, avantages sociaux, monopoles et autres passe-droits, dont il bénéficie.

Il faut intégrer et annoncer courageusement aussi que les sacrifices concerneront plus les agents de la sphère publique, dont le nombre diminuera beaucoup, que ceux du privé.

Il en résultera une baisse massive des prélèvements obligatoires, tant sur les entreprises que sur les particuliers, une forte incitation à travailler (surtout si une flat tax à 10% remplace l’impôt sur le revenu progressif) et une augmentation importante de l’activité du pays.

Que pouvons-nous souhaiter et/ou espérer ?

– Que notre oligarchie (et si possible tous les Français) rencontre, tel Saint Paul avec Jésus, son chemin de Damas libéral, avant l’inéluctable effondrement économique et financier du pays.  J’admets volontiers qu’il faudrait un miracle pour qu’elle renonce volontairement à son statut actuel, si confortable.

– Que la matérialisation de l’effondrement probable fasse tomber les écailles des yeux de chacun et ne conduise pas certains à croire que c’est l’insuffisance d’État, et non son obésité, qui en est la cause.

Au total, la question principale posée à tous les Français est la suivante : « Acceptez-vous de renoncer à vos avantages particuliers immédiats et non financés, pour préserver les intérêts à long terme du pays, des vôtres et des ses (et vos) enfants, et ainsi éviter un désastre de l’ampleur de celui de 1940 ? »

* Didier Maréchal, Trésorier d’Alternative Libérale et expert-comptable.