Le score décerné à la France par la fondation Heritage est-il crédible ?

La France a terminé l’année 2013 à la 70e place de l’index des libertés économiques sur 177 pays. Ce rang est-il conforme à la réalité ?

Par Bernard Martoïa.

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Depuis 1995, la fondation Heritage publie son index de liberté économique. Pour l’année 2013, La France arrive en 70ème position sur 177 pays recensés avec un score de 64,1%. Pas de changement notable dans ce classement si ce n’est que les États-Unis ne figurent plus dans les dix premiers grâce à la politique budgétaire et fiscale du président Barack Obama.

Pourquoi devrait-on s’intéresser de près en France à ce classement ? Parce qu’il y a une étroite corrélation entre le degré de liberté et la richesse d’un pays. Les économies considérées « libres » ont un degré de liberté supérieur à 80% tandis que dans celles dites « réprimées » ce degré est inférieur à 60%. Selon les critères de la fondation Heritage, les économies vraiment libres se comptent sur les doigts d’une main : Hong Kong, Singapour, Australie, Nouvelle-Zélande et Suisse. En revanche, il y a 91 économies réprimées, allant du Burkina-Fasso juste en dessous de la barre avec un index de 59,9% et se terminant par la Corée du Nord avec un index de liberté de 1,5%. Entre 1994 et 1998, une famine aiguë a provoqué la mort de 3,5 millions de Coréens sur une population de 22 millions. 15% de la population coréenne a donc disparu à cause de l’économie planifiée en vigueur dans ce pays où le cannibalisme se pratique à une grande échelle.

imgscan contrepoints 2013-2575 liberté économiqueLa France occupe la 70ème place dans ce classement mondial. Mais ce rang est-il conforme à la réalité ? La soupe populaire bat des records de participation dans notre économie dirigiste. Le socialisme est le nivellement par le bas. Il ne génère que de la pauvreté en voulant réduire les inégalités par la progressivité de l’impôt. Notre élite politico-administrative formatée à l’ENA devrait méditer ce proverbe chinois : « quand le riche maigrit, le pauvre meurt de faim. »

Dix critères sont pris en compte dans le degré de liberté économique d’un pays : business, libre-échange, politique monétaire, taille de l’État et dépenses publiques, fiscalité, droits de propriété, investissement, finance, corruption et marché du travail. Chaque critère est pondéré de la même façon : de 0 à 100%. Concernant la France, commençons par les satisfecit :

  • Libre-échange : 82,8%. Ce bon chiffre est sans doute lié au marché unique européen instauré en 1992 et aux sanctions imposées par la commission de la concurrence mais certainement pas à l’action du gouvernement socialiste qui prône d’acheter le « made in France. »
  • Droits de propriété : 80%. Ce score élevé est contredit par la revendication du droit au logement qui donne lieu à des occupations illégales d’appartements vides, encouragées par la ministre du logement.
  • Business : 79,9%. Ce score est fantaisiste quand on sait que des patrons sont pris en otage par des syndicalistes de la CGT. Comme l’a rappelé Maurice Taylor, le patron de Titan, ces syndicalistes risqueraient la prison à vie pour ce genre de crime aux États-Unis. Mais en France, ces gens sont considérés comme des héros et leurs crimes absous.
  • Politique monétaire : 76,1%. Grâce à l’indépendance de la banque centrale européenne. Ce score tomberait si nous étions encore sous le régime de la banque de France. N’en déplaise à beaucoup de Français, l’Union européenne est un garant des libertés économiques.
  • Investissement et finance à égalité avec un score de 70%. La fondation ne connaît pas les usines à gaz inventées chaque année par nos énarques pour doper l’investissement. Le pacte proposé par le Président de la République aux chefs d’entreprise est une autre forme de contrainte qui va à l’encontre de la liberté.
  • Corruption : 69,9%. Ce score médiocre est justifié quand on connaît les coulisses des marchés publics et la politique des « grands contrats » à l’étranger qui est une exception française.
  • Marché du travail : 51,8%. Cela se gâte pour notre pays car on passe sous la barre fatidique de 60%. Évidemment, l’absence de liberté de licenciement en est la principale cause sans compter l’imposant code du travail en vigueur dans notre économie dirigiste qui ne cesse d’enfler au fil des ans quel que soit le gouvernement en place.
  • Fiscalité : 48,4%.  Il n’y a rien d’étonnant à ce mauvais score en raison du matraquage fiscal et son point d’orgue avec la nouvelle tranche d’imposition à 75% pour les revenus des personnes physiques qui a été approuvée par le Conseil Constitutionnel. La France mérite bien son titre d’enfer fiscal.
  • Taille de l’État et dépenses publiques : 5,6%. Avec ce score, la France décroche et se retrouve pratiquement au niveau de la Corée du Nord. Dans le classement mondial, l’avant dernière place est détenue par Cuba avec un score de 28,5%. Quelques chiffres pour donner une idée du désastre français dans ce domaine. En 2004, il y avait 75.000 communes dans l’Union européenne dont 36.568 en France, soit 49% du total pour 16% de la population. Le millefeuille administratif est une autre exception française. Un gouvernement conservateur aurait fusionné la commune avec le canton. Cela aurait abaissé leur nombre à 4.055 au lieu de 36.568 avant les élections prévues en mars.

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En conclusion, le classement décerné à la France est trop beau pour correspondre à la réalité. Notre rang réel se situe vraisemblablement à la centième place en compagnie du Brésil et du Bénin. Les Français ont l’habitude de truster les présidences des organisations internationales comme celle du FMI. Il serait plus utile qu’ils entrent dans des think-tank comme la fondation Heritage. Cette dernière recrute des cadres. Quelques jeunes Français bardés de diplômes devraient faire acte de candidature auprès de celle-ci. Leur recrutement devrait aboutir logiquement à une étude plus réaliste de la liberté économique dans notre pays que celle estimée par cette vénérable fondation de Washington.