2014, année de la reprise en Europe ?

faillite d'entreprise - porte close

La confiance dans une reprise économique en Europe en 2014 semble douteuse.

Par Desmond Lachman, de l’American Enterprise Institute.
Traduction : Bernard Martoïa.

faillite d'entreprise - porte closeAu début de chacune des trois dernières années, les décideurs européens ont affiché, avec une confiance assurée, que le pire de la crise de la dette était derrière eux et que leurs économies étaient enfin en voie de guérison. Pourtant, à la fin de chacune de ces trois dernières années, l’Europe a été marquée par un chômage plus élevé, par une plus grande dette publique et par un environnement politique plus trouble.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, et le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, demeurent imperturbables quand ils déclarent que l’Europe a finalement pris un tournant et que la reprise économique est durable. Ils affirment également qu’il n’y a absolument aucun risque que l’un des dix-sept pays membres de la zone euro puisse quitter l’union monétaire. Malheureusement, il y a beaucoup trop de raisons de penser que leur confiance se révélera erronée en 2014 comme elle l’a été dans le passé…

Une raison principale de ce pessimisme est que l’établissement de la politique macroéconomique de l’Europe n’est pas propice à une reprise économique soutenue. La plus longue récession économique que l’Europe ait connue depuis l’après-guerre s’est terminée au milieu de l’année 2013 après avoir apporté le chômage à un niveau record de 12,3%. Le sous-jacent est la poursuite d’une austérité budgétaire et le début d’une grave pénurie de crédit qui a conduit la BCE à une politique monétaire encore plus restrictive. Pour compliquer les choses, ces politiques ont été poursuivies dans le carcan de la zone euro qui a empêché la dépréciation de la monnaie1.

Quoique diminuée, l’austérité budgétaire continuera d’être appliquée, en 2014, par la plupart des pays de la zone euro. Cela va se poursuivre avec l’objectif d’atteindre l’équilibre budgétaire structurel. Dans le même temps, il y a tout lieu de craindre que la crise du crédit en Europe, qui a déjà donné lieu à une contraction de celui-ci, va s’intensifier étant donné que si peu est fait pour recapitaliser les banques européennes dans l’optique du stress test qu’elles doivent passer. Cet exercice, qui sera achevé d’ici la fin de 2014, va entraîner les banques européennes à se désendetter à un rythme encore plus rapide qu’en 2013.

En l’absence d’une reprise économique significative, le taux de chômage en Europe restera à un niveau record. Même la BCE et la Commission européenne conviennent que le chômage au sein de l’UE demeurera à 12 % jusqu’en 2015.

La persistance d’un chômage élevé renforce le risque de faire défaut sur la dette. La persistance d’un chômage élevé entraîne aussi les pays de la périphérie de la zone euro dans un piège déflationniste. La déflation, à son tour, va rendre la tâche pratiquement impossible à des pays comme la Grèce, l’Italie, le Portugal ou l’Espagne de réduire leurs ratios de dettes publiques et privées par rapport à leurs PIB respectifs.

La persistance d’un chômage élevé est également de nature à aggraver le climat politique en Europe. Les signes de fatigue vis-à-vis de l’austérité2 sont trop évidents en France, en Grèce, en Italie et au Portugal, où il y a une forte érosion des partis centristes et une hausse correspondante dans les sondages pour les partis extrémistes ou populistes. Cela ne présage rien de bon pour les élections parlementaires européennes à venir en mai 2014.

Il serait réconfortant de croire aux assurances apaisantes des décideurs européens. Toutefois, si leurs prévisions passées sont un indice de l’avenir, on aurait tort de les prendre au sérieux.

Article paru dans le Wall Street Journal du 2 janvier 2014.

Notes de traduction :

  1. M. Lachman raisonne comme un américain pour qui la planche à billet tourne sans arrêt. J’ai eu la chance de visiter, en octobre 2012, le musée de la société Crane à Dalton dans le Massachusetts. Depuis 1879, cette société est le fournisseur exclusif du papier servant à imprimer le dollar pour le Bureau of Engraving and Printing à Washington. Mon guide était un vieux monsieur de quatre-vingt ans qui a travaillé toute sa vie pour cette société. Jusqu’au 15 août 1971 quand le président Richard Nixon mit fin à la convertibilité du dollar avec l’once d’or, les horaires de travail dans sa société étaient ceux pépères de fonctionnaires. Puis, l’inflation aidant, les commandes ont afflué au point que l’usine travaille nuit et jour ! La dette a doublé sous le double mandat de George Walker Bush – de quatre à huit trillions de dollars – et doublé encore pour le seul premier mandat de Barack Hussein Obama.
  2. L’austérité a bon dos ! Cet éditorial erroné du Wall Street Journal va plaire à tous nos politiques lassés de l’austérité imposée par Bruxelles et Frankfort. Mais de quelle austérité parle-t-on lorsqu’aucune réduction de dépenses publiques n’a encore été votée par le parlement français ? L’auteur préconise la potion keynésienne dont l’Amérique ne cesse de se gaver. Je vous invite à relire l’article de Simeon Djankov, l’ancien ministre des finances de la Bulgarie, publié par le même journal le 18 avril 2013. J’ai traduit son article. Djankov démonte la thèse erronée des cigales. C’est en réduisant drastiquement les dépenses publiques, les impôts, le code du travail et l’État-providence en général que l’Europe renouera avec la croissance. C’est ce que fait avec succès le gouvernement conservateur de David Cameron. La croissance est saine au Royaume-Uni, malsaine aux États-Unis qui bénéficie du droit de seigneuriage du dollar depuis la conférence de Bretton Woods en juillet 1944.