Emploi et charges : la logique économique à rebours de l’Énarchie

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En bon énarque, François Hollande n’a toujours pas compris que les entreprises n’embauchent pas « en contrepartie » d’une aide étatique.

Par Nicolas Nilsen.

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Dans ses vœux aux Français, François Hollande a enchaîné plusieurs phrases sur lesquelles j’aimerais revenir un instant. Car elles montrent qu’il n’a toujours pas bien compris les mécanismes économiques de base du fonctionnement d’une entreprise ou les lois de la concurrence sur les marchés. Découvrant manifestement sa pensée sur un téléprompteur, il a dit successivement :

  • « Les impôts sont devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler depuis de nombreuses années. »
  • « En 2013, le chômage est resté à un niveau encore élevé. »

Avant d’ajouter : « C’est pourquoi je propose un pacte de responsabilité aux entreprises… » (moins de charges sur le travail, moins de contraintes et, « en contrepartie », plus d’embauches).

C’est toujours la même pensée chez une personne formée à l’ENA qui n’a jamais mis les pieds dans une entreprise : son idéologie anticapitaliste lui fait bien sentir qu’il y a quelque chose qui cloche (« on assomme les entreprises de charges et – tiens, comme c’est bizarre – ça crée du chômage »)…

Mais alors que vous et moi nous dirions immédiatement : « alors baissons les charges et les contraintes », un énarque se contorsionne le cerveau, invente un « dispositif » ingénieux et pense : « continuons à assommer les entreprises MAIS mettons en place une usine à gaz liant la baisse des charges au volume d’embauches. « En contrepartie » de quoi ces foutues entreprises vont finir par embaucher ! »

La pensée de la « contrepartie »…

Ce que François Hollande n’a toujours pas vraiment compris, c’est que les entreprises n’embauchent pas parce qu’elles attendent que l’État leur donne un petit su-sucre d’aide. Les entreprises embauchent quand elles ont des produits qui se vendent à des coûts compétitifs sur des marchés très concurrentiels. Quand elles ont une visibilité à moyen terme sur la fiscalité qui leur tombera dessus. Elles n’embauchent pas pour faire plaisir à un Président qui veut infléchir les courbes du chômage ou remonter dans les sondages. Les entreprises embauchent quand elles voient qu’un marché s’ouvre, qu’il y a des perspectives de croissance, et que ça va leur permettre de se développer, de vendre davantage et de distribuer plus de richesse à leurs salariés…

Aucune entreprise n’embauche « en contrepartie » de quelque chose, que ce soit une réduction de la paperasse ou une baisse des cotisations.

On l’avait d’ailleurs déjà vérifié avec le CICE (le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) qui équivalait, lui aussi, à une baisse de cotisations sociales « en contrepartie » d’embauches. Tous ces trucs ne sont d’ailleurs pas gratuits : le CICE était financé — nous affirmait l’État — « pour moitié par des économies en dépenses qui devaient résulter de la modernisation de l’action publique » (réductions qui ne seront évidemment jamais faites) « et pour moitié par des recettes nouvelles » ! Ah tiens, des « recettes nouvelles » ! Donc encore des dispositifs usines à gaz coûteuses qui ne créent pas d’emploi.

Qu’ils laissent donc les entrepreneurs entreprendre !

Il faudrait juste que l’État arrête enfin de vouloir tout piloter ! Je vous ai fait un petit dessin qu’ils auraient dû mettre sur le téléprompteur :

Dans un système de libre entreprise, les chefs d’entreprise doivent calculer précisément le prix de vente de leurs produits et services, pour pouvoir les mettre sur le marché à des prix compétitifs, dégager un excédent commercial, augmenter la richesse nationale, embaucher des salariés… Quand elles ne croulent pas sous les charges, les entreprises françaises peuvent se battre à armes égales avec leurs concurrentes étrangères et affronter la concurrence qui fait rage sur les marchés internationaux. Pendant des décennies, ce système a marché, produit de la richesse et permis de créer des emplois.

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Dans un système interventionniste, l’État sait tout mieux que tout le monde. Du haut de leurs bureaux parisiens, des ministres multiplient les impôts et prétendent dire aux entreprises ce qu’elles doivent faire, produire, vendre, quand et comment elles doivent embaucher, le montant des salaires ou du SMIC, la durée du travail, le montant de leur rémunération etc. Les chefs d’entreprise — qui n’ont pas fait l’ENA — ne savent évidemment pas ce que savent les Montebourg, les Ségolène Royal, les Fleur Pellerin… Ils essayent juste d’épargner Pôle emploi à leurs salariés, survivre à l’accroissement permanent des charges et des taxes, aux changements incessants des règles fiscales, à la multiplication des formalités, à la complexité cauchemardesque du Code du Travail ou à l’inflation des types de contrats de travail imaginés dans les bureaux ministériels… Le résultat est simple : plus de 5,8 millions de chômeurs. Relisez ici les deux phrases que F. Hollande découvrait sur son téléprompteur. Et essayez de comprendre ce que lui n’a toujours pas compris !

« Les impôts sont devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler depuis de nombreuses années. En 2013, le chômage est resté à un niveau encore élevé. »

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Comment se décomposent les chiffres officiels de nov. 2013 : 3.293.000 chômeurs de catégorie A. Chiffre auquel il faut ajouter les 1.583.100 chômeurs de catégories B et C : soit un nouveau total de 4.876.100 chômeurs (catégories A, B et C métropole). Chiffre auquel il faut encore ajouter les DOM), soit un nouveau total de 5.174.300 chômeurs de catégories A, B, C — chiffre auquel il faut encore ajouter 659.900 chômeurs de catégorie D et E pour la seule France métropolitaine (ils ne donnent pas les chiffres avec les DOM)… ce qui nous fait un total de plus de 5,8 millions de chômeurs (chiffre dont le gouvernement ne parle jamais, se contentant de nous parler de la seule « catégorie A »).


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