Étude PISA : Briser le thermomètre ne réglera pas les problèmes

Le système éducatif français est l’un des plus étatisés au monde. Et certains accusent le libéralisme de sa faillite…

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Salle de classe en France (Crédits : Marianna, licence Creative Commons)

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Étude PISA : Briser le thermomètre ne réglera pas les problèmes

Publié le 9 décembre 2013
- A +

Par Guillaume Nicoulaud.

Salle de classe en France (Crédits : Marianna, licence Creative Commons)En réponse à un article de Jérôme Leroy, paru dans Causeur.

Il va de soi que si l’Éducation Nationale d’État n’est plus capable d’enseigner les rudiments les plus élémentaires de lecture et de mathématiques aux gamins qui lui sont confiés, c’est à cause de la mondialisation néo ou ultralibérale (au choix). Un monopole d’État, gratuit comme tout ce qui est financé par l’impôt (c’est-à-dire pas du tout gratuit) et, qui plus est, obligatoire : c’est la marque évidente d’un libéralisme débridé et si ça ne fonctionne pas, si ça ne produit que des générations entières d’illettrés, c’est sûr, c’est encore un échec à mettre sur le compte de la mondialisation ultralibérale. Marine le Pen, d’ailleurs, ne dit pas autre chose quand elle affirme que – je cite – la « mondialisation ultralibérale défait l’école de la République. »

Alors bien sûr, quand un odieux classement apatride, mondialisé et donc ultralibéral vient nous confirmer ce que tous les parents dignes de ce nom savent déjà, à savoir que le monstre technocratique (mais néolibéral) est à l’agonie, cela ne peut être qu’une manœuvre sournoise du complot qui vise à transformer nos chères têtes blondes en consommateurs aveugles et en esclaves consentant de la dictature libérale (sic). C’est l’évidence même : les fonctionnaires de l’OCDE qui produisent cette enquête PISA n’ont de cesse que de se livrer à un french bashing éhonté.

Qu’on se le dise, qu’on le répète et qu’on livre celles et ceux qui osent dire le contraire à Manu-le-chimique : si le classement moyen des élèves de l’Éducation Nationale d’État s’enfonce un peu plus tous les trois ans, c’est que le classement est mal fait, qu’il est partial, idéologique et, par voie de conséquence, ne mérite que notre mépris le plus profond ! C’est d’ailleurs à ça qu’on reconnait les classements idéologiquement manipulés : ils disent du mal de ce que Jérôme Leroy et Marine le Pen trouvent formidable.

Nos gamins sont illettrés ? Oui, mais ils sont égaux devant l’illettrisme et ça, pardon, ça n’est pas pris en compte par PISA. Comment ? Notre système est inégalitaire dites-vous ? Calomnie ! Et quand bien même : ils seraient égaux devant l’inégalité et, ça non plus, n’est pas mesuré par PISA ! Cachez donc ces chiffres (néolibéraux) que nous ne saurions voir ! Brisez ce thermomètre idéologiquement biaisé qui ose dire qu’il gèle quand les détenteurs de vérité révélée savent que le temps est radieux !

Vous avez bien raison, mon cher Jérôme, de vous insurger contre cette odieuse ingérence de la finance mondialisée dans notre système républicain : encore une ou deux générations d’imbéciles incultes et les futurs citoyens de ce pays voteront en masse pour vos amis – à moins, bien sûr, que ce ne soit pour ceux de Marine le Pen mais après tout, quelle différence cela peut-il faire ?


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  • Excellent, merci! 🙂

  • Le libéralisme. A la fois dictature et laisser aller…
    Ces gens n’ont pas de cerveau ou sont-ils malhonnêtes ?

  • Je pardonne à un économiste travaillant pour un fonds d’investissement (ferait-il parti de ces analphabètes qui font le marché dont parlait A. Minc ?) de ne pas bien maîtriser des questions bien plus complexe comme le savoir et l’éducation. Mais, mon otpimiste fait que je pense que tout le monde peut y venir s’il faut preuve de bonne volonté. Reprenons, pour l’instant quelques bases :
    1. « l’Éducation Nationale d’État n’est plus capable d’enseigner les rudiments les plus élémentaires de lecture et de mathématiques aux gamins qui lui sont confiés ». Où notre auteur a-t-il vu cela ? Dans son esprit sectaire peut-être, mais pas dans la réalité.
    2. « Nos gamins sont illettrés ». Là encore, des âneries. L’auteur sait-il que le taux d’illettrisme en France est le plus bas chez les jeunes et croît avec l’âge ? dans sa classe d’âge, il y a donc davantage d’illettrés que chez les jeunes de 18-25 ans.
    3. Concernant l’évaluation PISA, encore faut-il savoir la lire. En effet, elle est très contestable sur son mode de notation et de classement (on peut se demander ce que cela veut dire d’ajouter des notes entre des exercices si divers que relevant de la géométrie ou de la numération, et plus encore de se poser la question sur la pondération), ou encore sur le fond (l’évaluation par compétence, une notion très vague lorsqu’on l’applique dans le système éducatif (et souvent ailleurs)), cela n’empêche pas, ceux qui savent lire et prennent le temps le regarder en détail les résultats PISA d’en tirer un intérêt, mais bien évidemment un intérêt scientifique bien loin des discours idéologiques qu’on peut lire dans l’article que je commente.

    • Et vos assetions elles sortent d’où ?

      Les gamins en France aujourd’hui sont pour un grand nombre des illétrés fonctionnels. Le taux est au alentours de 40% dans la population générale, et voisine les 15% chez les bacheliers…

      On trouve d’ailleurs un grand nombre d’élèves en classes prépas et/ou en grandes écoles qui n’arrivent que difficilement à exprimer une idée complexe ou à lire et comprendre un texte complexe.

      Enseignant à des français de « l’élite » ainsi qu’à des étrangers je souffre régulièrement de voir que la maîtrise de la langue française chez mes étudiants français est en général plus faible que la maîtrise de l’anglais chez mes étudiants… indiens ! Pour les américains et anglais il n’y a pas non plus photo… même s’ils sont, comme leurs condisciples français, auteurs de fautes de grammaires assez atroces de temps à autre.

      Bref, ce que dit PISA est ce que l’on constate sur le terrain depuis une grosse dizaine d’année : le niveau s’effondre, au moins relativement à ce qu’il était. Et comme ailleurs les systèmes éducatifs (enfin certains) progressent…

      • lisez l’enquête de l’anlci concernant l’illettrisme. Vous verrez qu’il est le plus faible chez les jeunes et croissant avec les classes d’âge. D’ailleurs, cela confime vos propos. Autrement dit, l’école corrige plutôt la tendance.

        Vous avez raison sur un point, les systèmes éducatifs d’autres pays progressent quand le notre stagne (et ne baisse pas, contrairement à ce que vous dites, je vous invite à lire le rapport PISA, et les résultats), en tout cas selon l’indicateur PISA qui est loin d’être la panacée, en tout cas, je parle pour les maths.

  • Les commentaires sont fermés.

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