Pays du Golfe : le cheval comme outil d’expansion

Véritable vitrine, le cheval devient un outil marketing pour le développement à l’international pour pour les pays du Golfe.

Par Christopher Pellegrino.

Trêve
Trève a dominé le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.

Sport, grandes entreprises, hôtels de luxe, les investissements des pays du Golfe dans l’économie française se font de plus en plus nombreux, jusqu’à soulever l’interrogation sur les buts et les motivations de ces « nouveaux riches » dans notre pays. Moins connue du grand public, la présence des dynasties régnantes dans le milieu des courses de pur-sang a profondément modifié l’économie même du milieu des courses hippiques. Véritable vitrine pour le pays, le cheval devient un outil marketing pour le développement à l’international pour ces pays.

« Cheikh Mo », le précurseur

La présence du Moyen-Orient dans les courses hippiques est d’abord due à la politique d’investissement menée par le Cheikh Mohammed Ben Rachid Al Maktoum, dit « Cheikh Mo », Émir de Dubaï, Premier ministre et Vice-Président des Émirats arabes unis. À la base de la politique de modernisation menée par le pays depuis les années 1990, il crée de toute pièce l’écurie Godolphin, vitrine et étendard du pays dans le monde des courses. Il met alors en place une politique de développement sans précédent, lançant ses courtiers et rabatteurs à la conquête des meilleurs pur-sang de la planète, n’hésitant pas à dépenser des dizaines de millions de dollars pour acquérir les pépites qui permettront à la casaque bleue de briller aux quatre coins du globe. La réussite est fulgurante, et l’écurie Godolphin se hisse en quelques années au sommet de la hiérarchie du galop mondial, remportant les plus grandes épreuves. La dynastie régnante se lance ensuite dans une politique d’investissement au niveau des infrastructures, et du sponsoring, faisant émerger du désert le gigantesque hippodrome de Nad-El Sheba, et finançant un meeting doté de plusieurs millions de dollars, qui accueille chaque année les meilleurs chevaux du monde entier.

L’arrivée fracassante du Qatar

Dubaï n’est pas le seul pays du Golfe à s’intéresser de près aux courses hippiques, et au rayonnement qu’elles peuvent apporter, puisque la décennie qui vient de s’achever, a vu l’arrivée dans le milieu du pur-sang de la dynastie régnante du Qatar, la famille Al-Thani. Comme on a pu le voir avec les nombreux investissements du pays en France, les Qataris se sont surtout focalisés sur les investissements dans l’hexagone dans un premier temps, à coup de centaines de milliers d’euros dans les ventes, et dans l’achat de chevaux « clés en main », qui permettaient rapidement aux différentes casaques familiales de se mettre en évidence sur notre sol. Aujourd’hui, ce sont des centaines de pur-sang qui représentent la famille régnante du Qatar en France.

La consécration Trêve

Comme on peut le voir avec les investissements dans les clubs de foot, les grands hôtels, ou les prises de participation dans les grandes entreprises, la politique d’investissement des pays du Golfe se focalisent sur des entreprises reconnues, solides, dont la valeur est établie. Le but n’étant pas tant de « faire de l’argent », que de placer les pétro-dollars dans des valeurs sûres, qui permettent de mettre en lumière le pays. C’est ainsi que dans le milieu hippique, où la victoire de la pouliche Trêve, acquise par le Cheikh Joaan Al Thani à la famille Head pour plusieurs millions d’euros, dans l’édition 2013 de l’Arc de Triomphe, « LA » plus grande course au monde, représente une vitrine formidable pour le Qatar, et la consécration de sa politique d’investissement.

Une expansion loin d’être terminée…

Représenté par le groupe Al Shaqab Racing, le Cheikh Joaan Al Thani a précisé ce vendredi 29 novembre lors d’une conférence de presse tenue à Londres, les lignes de sa future politique d’investissement dans le domaine des courses. Responsable des relations avec les médias, Nasser Al-Kaabi a délivré un message clair : « Nos buts et nos objectifs sont d’être présents partout dans le monde et d’avoir la structure hippique la plus prospère possible. » Cette politique d’expansion et de pérennisation de l’activité qatari dans le milieu hippique est envisagée sous plusieurs biais : le développement de l’activité d’élevage par la mise en place de nouveaux chevaux dans le parc d’étalon français, l’achat de haras en Angleterre et en Irlande, le sponsoring de course en Grande-Bretagne, mais aussi, et surtout, l’arrivée de la casaque princière sur le sol américain, avec l’envoi d’un contingent de pur-sang au « pays de l’Oncle Sam ». La conclusion de la conférence de presse résume à elle seule les ambitions de la dynastie : « Le Cheikh Joaan a de l’ambition et, quand il est arrivé dans le monde des courses, il souhaitait devenir numéro 1, a conclu Nasser Al-Kaabi. Il ne veut pas être deuxième : pour lui, être deuxième, c’est perdre. »