Hunger Games, L’embrasement : « Se rappeler qui est l’ennemi »

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« Hunger Games : L’embrasement » se situe dans la lignée du premier film : très bon, soutenu par des effets spéciaux et des acteurs de qualité.

Par Aurélien Chartier.

hunger-games-2-catching-fireAlors qu’il vient de sortir, Hunger Games : L’Embrasement (The Hunger Games : Catching Fire) s’annonce déjà comme un succès au box-office. Le premier film de la saga avait rapporté près de 700 millions de dollars et le second volet paraît bien placé pour le dépasser. S’il se place parmi les séries pour jeunes adultes et adolescents très populaires ces dernières années, The Hunger Games se différencie par une thématique plus sombre et plus politique. De nombreuses analyses ont été faites sur le premier volet, notamment aux États-Unis, ainsi que des critiques récurrentes sur la ressemblance troublante du scénario original avec Battle Royale, un film culte japonais. Dans les deux films, un État totalitaire enferme un certain nombre de jeunes dans un lieu clos avec pour mission de s’entretuer, le lieu étant infesté de pièges mortels.

Passé ce point, The Hunger Games possède toutefois beaucoup plus d’éléments politiques, le classant dans le genre des dystopies ou contre-utopies. Ce genre est généralement prisé des libéraux, car critique des dangers que représente un gouvernement ayant acquis un pouvoir trop important. Parmi les plus célèbres, il y a bien entendu Atlas Shrugged et Anthem de Ayn Rand, mais aussi des œuvres mieux connues du grand public francophone comme 1984 ou Fahrenheit 451. Si The Hunger Games ne présente pas d’éléments le plaçant de façon certaine dans la littérature libérale, il contient plusieurs thèmes qui en sont proches comme la résistance à un gouvernement totalitaire et la recherche de liberté

La situation politique de Panem, république futuriste située en Amérique du Nord, divisée entre le Capitole, lieu rempli de richesses opulentes, et les 12 districts où beaucoup sont au bord de la famine présente également un parallèle saisissant avec les États-Unis divisés entre les élites de Washington et le peuple du reste du pays. D’autant plus que Panem comprenait originellement 13 districts, le dernier s’étant fait annihiler pour avoir fait acte de résistance. Soit le nombre de colonies originelles des États-Unis qui s’étaient rebellées contre le pouvoir lointain de l’Empire britannique.

Le film peut toutefois être vu aussi comme une critique du capitalisme avec les riches exploitant les pauvres, les Hunger Games représentant une forme extrême de consumérisme, où l’on parie sur des mises à mort. Il est difficile de savoir de quel côté penche l’auteur de la saga, la construction du monde de Panem étant assez floue. On ne connait quasiment rien du fonctionnement politique et économique de la société dans laquelle se déroule la saga. L’histoire se concentre principalement autour des personnages principaux et de leurs relations au monde qui les entoure, une institution tellement figée qu’ils ne savent pas comment en sortir.

La suite de cette critique contient des spoilers sur les deux films.

L’histoire de ce second film débute juste après le retour des héros du premier film dans leur district natal. Si l’héroïne Katniss pense avoir fait le plus dur en sortant vivante du premier film, elle se rend rapidement compte que c’est loin d’être le cas. Le gouvernement totalitaire, personnifié par son président, la tient responsable des émeutes qui commencent à agiter Panem. La situation ne faisant qu’empirer, le président décide de lancer une édition spéciale de son programme meurtrier, où les vainqueurs des anciennes éditions, dont Katniss, seront de nouveau jetés dans l’arène. Ce coup de dés politique s’avère dangereux, les anciens vainqueurs en question étant très populaires auprès de la population aisée de Panem. Ces gladiateurs du futur ne manquent d’ailleurs pas de montrer leur mécontentement face à un État qui leur reprend tout ce qu’il leur avait donné.

On peut déplorer la répétition du scénario qui nous donne droit à des scènes très similaires au premier film. Mais là où le premier film s’attachait davantage au sentiment d’isolement de Katniss et au spectacle organisé autour des Hunger Games, ce second volet se concentre quasiment exclusivement sur la relation de force qui s’établit entre les individus poussés dans l’arène et le système qui les envoie vers la mort pour la plupart d’entre eux. Une critique très pertinente de l’usage des médias est faite ici quand le gouvernement se retrouve obligé de couper ses propres programmes de télévision pour éviter que les spectateurs ne puissent se rendre compte de l’horreur de la situation.

La suite et la fin du film relatent le tiraillement que subit l’héroïne entre sa méfiance envers les autres participants de l’arène et le besoin de se rappeler en permanence qui est l’ennemi, la cause réelle de sa présence ici. La mise en scène se base moins sur le survivalisme que le premier film, et davantage sur des individus devant collaborer pour éviter les pièges tendus par le président lors du « jeu ». Les différents personnages sont là aussi très bien développés, bien que certains auraient probablement mérité plus de profondeur. Le film parvient à garder un rythme soutenu, balancé entre action pure et tension psychologique.

Notons aussi la performance des acteurs qui sont excellents dans leurs rôles respectifs. Le focus principal est bien entendu sur Jennifer Lawrence qui continue de confirmer les espoirs que l’on pouvait avoir après l’avoir vu dans Winter’s Bone ou plus récemment dans Silver Linings Playbook. Donald Sutherland est parfait en président machiavélique sans aucune morale. Le jeu d’Elizabeth Banks pour son personnage se rendant lentement compte de l’horreur du système dans lequel elle vit est aussi à saluer. Enfin, Woody Harrelson joue à merveille son personnage d’alcoolique devenant progressivement un élément principal de la résistance contre le Capitole.

The Hunger Games : Catching Fire se situe dans la lignée du premier film : très bon, soutenu par des effets spéciaux et des acteurs de qualité. On peut regretter le manque de surprises du scénario, à l’exception d’un twist final qui ouvre le suspense sur le dernier épisode de la trilogie qui sera divisé en deux films. Il serait toutefois dommage de passer à côté de cette adaptation qui marque une nouvelle étape dans ce qui pourrait bien devenir une saga culte.


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