5 raisons pour lesquelles la France a du mal à se réformer

Un Allemand essaie d’identifier les raisons qui empêchent la France de se réformer.

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5 raisons pour lesquelles la France a du mal à se réformer

Publié le 1 décembre 2013
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Par Berthold Seewald, depuis l’Allemagne.

Article paru initialement dans le journal Die Welt, le 28 novembre 2013. Traduction Bernard Martoïa.

crise économique franceBien que le pays soit en ébullition, l’élite française reste figée dans une immobilité notoire. Quelques exemples historiques justifient l’incapacité de l’élite française à faire face à la crise actuelle.

L’autocritique1, qui n’est pas la force du président François Hollande, montre cependant l’incapacité des élites françaises à dire au revoir aux chimères historiques.

Cela fait déjà quatre fois que la France a réussi, dans des situations dramatiques, à trouver une échappatoire à une crise existentielle. C’est plus surprenant encore si l’on considère la rigidité notoire avec laquelle l’élite parisienne s’est opposée à toute réforme ou si elle s’est réveillée, une fois, mais a capitulé dès le premier signe de résistance. On peut mettre cela sur le compte d’un calcul tactique, d’une arrogance collective ou d’une vision erronée. Cependant, il est instructif d’analyser l’expérience historique unique de la mentalité française.

1 Le centralisme

Jusqu’à la fin du Moyen-Age, la France était un ensemble de pièces rapportées sous la coupe de différents seigneurs. Le plus grand propriétaire foncier dans le pays était le roi d’Angleterre. Le droit à sa succession déclencha la guerre de Cent Ans qui ruina presque la France.

Bien que les archers anglais décimassent la chevalerie française dans plusieurs batailles, les rois de France réussirent à reprendre peu à peu le contrôle de plusieurs provinces. Avec l’augmentation des impôts, ils recrutèrent des soldats et les rendirent indépendants des droits seigneuriaux. Avec l’émergence de ce pouvoir centralisé non seulement les armées anglaises furent vaincues, mais aussi les revendications de l’aristocratie. À la fin de la guerre, en 1450, de ce conglomérat de pouvoirs divergents émergea un régime politique dont les frontières préfiguraient celles de l’État-nation. La monarchie était devenue le centre du pouvoir et Paris sa capitale.

Mais ce centralisme, qui devint le modèle des dirigeants de l’Occident, était loin d’être parfait. Dans la lutte contre la Bourgogne et l’Empire espagnol de nombreuses conquêtes furent perdues à nouveau.

2  L’absolutisme

Une fois de plus la couronne française connut une crise existentielle. Dans les guerres confessionnelles du seizième siècle, la France échappa, de justesse, à un éclatement mais le pragmatisme toucha le chef huguenot Henri IV qui se convertit au catholicisme. «Paris vaut bien une messe.» L’unité religieuse fut encadrée dans une doctrine laïque : la souveraineté de l’État l’habilite à arbitrer au-dessus des parties. Ce sont des intellectuels comme Jean Bodin qui reconnurent à la couronne la détention de cette souveraineté.

Une génération plus tard, ce fut un prince de l’Église, le cardinal de Richelieu, qui en s’appuyant sur l’alliance avec la couronne protestante suédoise, jeta les fondements de l’État séculier dont Louis XIV put proclamer un jour : « l’État c’est moi ! » Contre toutes les traditions, la France fut divisée en intendances qui portèrent la volonté du roi dans de nombreux recoins de son empire qui était devenu le plus puissant en Europe.

Mais cet absolutisme était tout sauf absolu. Certes, la vieille noblesse était sous le contrôle royal à la cour de Versailles. Mais dans le royaume se mit de facto en place une nouvelle aristocratie de hauts fonctionnaires2 au-dessus des parlements, qui si elle fut effectivement créée par le roi, ce dernier n’avait pas les moyens de la contrôler. Les folies du monarque firent exploser la dette. En 1714, à la fin de la guerre de Succession d’Espagne, la dette nationale était trente fois plus élevée que les recettes fiscales3.

3 La révolution

Le résultat de la faillite fut la convocation des États généraux en 1789, la révolution et le renversement de la monarchie. Dans un sursaut inimaginable, la République sut préserver son existence contre les armées coalisées de l’Ancien Régime et le soulèvement de la Vendée. L’héritier de la Révolution, Napoléon Bonaparte, soumit non seulement la moitié de l’Europe, mais établit un État moderne et efficace, qui, même après la fin de l’Empire, fut préservé.

Mais la victoire de la bourgeoisie et de son alliée, la métropole parisienne, avaient leur revers de la médaille. La résistance du pays, de ses fermiers et de ses nobles ne put être écrasée qu’avec une extrême brutalité. Mais il a toujours existé – géographiquement et mentalement – des zones d’ombre que le centralisme et l’absolutisme ne purent éradiquer. La division de la France a perduré entre une élite étatique et beaucoup de particularismes provinciaux.

À cela s’ajoute la grande imposture de la Révolution dont la devise est la liberté, l’égalité et la solidarité. La réalité est plutôt dans le slogan « Enrichissez-vous ! » qui déclencha les révolutions du dix-neuvième siècle.

4 Le capitalisme

En 1871, les armées allemandes écrasèrent celles de l’empereur Napoléon III, et la République naissante ne put venir à bout de l’insurrection de la Commune de Paris qu’après un long siège. C’est l’un des plus grands succès de la France d’avoir créé, sur les décombres de cette insurrection, un État industriel moderne qui, quarante-trois ans plus tard, sut contrer avec succès la machine de guerre de Guillaume II. De plus, la France fut capable de fournir à l’Empire tsariste les moyens financiers pour sa modernisation et à entretenir un empire colonial très déficitaire.

Mais après avoir gagné la Première Guerre mondiale, la Troisième République perdit cette victoire à vouloir mener de concert une politique de solidarité sociale avec la prospérité économique [4] . Après tout, le capitalisme s’est avéré fragile dans ce pays : «Parce qu’il est étranger au corps français», a expliqué le grand historien Fernand Braudel. La France et ses élites n’aiment pas la maximisation du profit poursuivi par le capitalisme anglo-saxon avec «ses dents de requin.»

5 L’amour-propre

Un pouvoir séculier comme la France n’a pas encore pris la mesure où son modèle social la conduit. La raison est la même qui a abouti à quatre catastrophes historiques de ce pays : c’est l’ivresse de l’engouement et de l’aveuglement. Parce que l’influence pérenne du centralisme, de l’absolutisme, de la révolution et du capitalisme à la française semblerait suffisante pour surmonter toutes les crises dramatiques et à maintenir son rang de puissance et de modèle pour le reste du monde, une culture de l’autocritique est inconcevable pour permettre un changement de direction. La tradition du Roi Soleil et de ses fonctionnaires omnipotents hante encore la cour. L’étroitesse d’esprit et l’uniformité des diplômés des grandes écoles parisiennes en est la conséquence aujourd’hui5.

Notes de traduction :

  1. Le président a fait le pari, contre l’avis de tous les experts économiques qui ne sont ni marxistes ni keynésiens, d’inverser la courbe du chômage à la fin de l’année par une politique fiscale inquisitoire.
  2. le colbertisme donna naissance au capitalisme rigide à la française, un avatar étatique du vrai capitalisme qui est libre et privé. Le colbertisme est l’alma-mater de l’ENA où est formatée l’élite française.
  3. C’est un rappel historique bienvenu qui prouve que le pouvoir absolu est une calamité naturelle comme la peste et le choléra. La Cinquième République, avec son président omnipotent, constitue un malheureux retour en arrière pour la France.
  4. Le Front Populaire, une coalition de partis de gauche qui prit le pouvoir en 1936, conduisit tout droit à la catastrophe du 10 mai 1940 avec la percée des blindés de Guderian dans le saillant des Ardennes. On relève le même aveuglement du gouvernement actuel face à l’imminence d’une autre catastrophe. L’histoire de France n’est qu’un enchaînement de catastrophes en raison de l’aveuglement des élites qui ne se remettent jamais en question.
  5. Il faut supprimer les grandes écoles et créer des universités autonomes avec un financement à moitié par les étudiants et à moitié par les entreprises.
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  • En ce qui concerne les grandes écoles, soit l’auteur les confond avec l’ENA+les grands corps de l’Etat, soit les choses y ont bien changé ces dernières années. Les grandes écoles sont une réplique de la société française, quand on y débarque on découvre d’un seul coup tout ce qui ne faisait pas partie du microcosme familial ou local, et on y gagne une formidable ouverture d’esprit. Le problème se situe à la sortie, par la constitution encouragée de groupes de connivence dans les administrations, cabinets préfectoraux, régionaux, etc., et parfois dans certaines grosses boites qu’on ne peut plus qualifier d’entreprises. Ceux qui deviendront plus tard les boulets de la France, une très petite mais très visible minorité des promotions, y découvrent les joies paresseuses du copinage, de la rédaction du rapport de perspectives ou de mission, du contrôle, de l’administration et de la direction des autres sans avoir jamais eu par eux-mêmes la moindre initiative ni mené le moindre projet.
    Les 10% de boulets font l’image de l’école, et font oublier les 90% de productifs obscurs, directeurs de recherches, chefs de projets, ou même simples développeurs de méthodes, qui font envie — et souvent carrière — à l’étranger. Ces 90% montrent que ce n’est pas le système des grandes écoles qui crée les boulets, en supprimant les grandes écoles, ce sont eux que vous supprimerez, mais les boulets seront toujours là dans nos directions ministérielles ou régionales hypertrophiées.

  • J’ai plus simple et en 3 mots:
    Pays de cons

    • condorcet un con ? De gaules un con ? bonaparte un con ? clemenceaux un con ? les poincaré, des cons ? guillomet et st exupery, des cons ? platini, un con ? pierre curie un con ? pasteur ou yersin , des con ? pierre de coubertin, un con ? mirabeau, un con ? fouché et talleyrand, des cons …..

      • Apprenez déjà à ne pas faire de faute d’orthographe …sinon on va vous considèrer comme un VRAI….

        • tu peut te la carrer ou je pense ton  » ortographe  » dépassée. bientot, on va tous parler arabe… ou chinois !

          • les cons qui n’ont pas de culture se réfugient tous derrière l’orthographe.
            de mème que le jazz, c’est de la musique de nègres, bien sur … ou de singes, ces con de noir ne savent mème pas lire la musique…

        • Veuillez accepter mes excuses pour cette agression. Le général a surement un petit retour de whisky. Rien de bien grave.
          A priori il n’aime pas les gens de couleur, ni le jazz, ni l’orthographe. Par contre il aime la guerre et l’histoire « des grands hommes ».
          Moi j’aime pas les « Généraux », sauf quand leur fille est canon et que la base entière lui passe dessus.

          •  » il n’aime pas les gens de couleur  »

            la prochaine foi que je fais de l’ironie, ou du 2ième degrés, je vais le colorier en rouge !

      • Je suis réformé P4….

        j’avais osé dire à mes supérieurs : vous êtes cons !

        Ils ne s’en cachaient pas. D’ailleurs un grand nombre d’officiers tournaient au cannabis.
        Une fois j’ai été de barrière à l’entrée du camp. Je laissais rentrer des putes.

        Une autre fois des appelés qui rentraient défoncés de soirée me tendent leur carte militaire.
        Je dis non, c’est bon, allez y et j’ajoute :
        vous connaissez des gens assez con pour rentrer dans une base militaire Française la nuit !?

        Enfin, pour finir avec quelque chose:

        Je ne reconnais pas l’intelligence d’un peuple à faire la guerre. Désolé, je ne peux pas.
        Remarquez comme aujourd’hui on alterne entre le très mou et les frappes chirurgicales (symboliques)…
        Il serait plus simple de virer tous le monde une bonne fois pour toute.

  • l’historien du moyen age, jean Favier, fait remonter à la guerre de cent ans, la propension des françois ( déja ) a se mettre au service de l’etat, c’est à dire du roi à cette époque, plutot que d’utiliser leur temps, leurs dons ou leur argent à ce lancer dans les affaires, ce qui aurait pu etre finalement plus rémunerateur, mais beaucoup plus risqué:
    dans le déroulement de la guerre de cent ans, les grandes bataille, célèbres certe, crécis, poitier, azincourt, ont été des évènement minoritaires. par contre, les raids anglais à travers le royaume, brulant village, grange, recoltes … ont été extrèmement courrant, sans parler du brigandage des compagnies. cela incitait le peuple à se mettre à l’abris des grandes villes, et surtout à ne pas investir dans du solide, et ne pas prendre de risque financier. bref, deja à cette époque, c’etait: tous fonctionnaires et personne à son compte.

  •  » le front populaire responsable de la défaite de 40  »

    ça reste encore à prouver:

    lors de son procés, léon blum a facilement pu prouver qu’ il avait réarmé la france ( avec une politique de déficit, comme hitler ) alors que ses prédecesseurs de droite avaient au contraire réduit le budget de la défense ( à cause d’une politique d’austérité destiné à combattre l’inflation, alors qu’on nageait en pleine déflation… la connerie n’est ni de droite, ni de gauche )

  • Personnellement, je pense que l’analyse de ce journaliste allemand est juste. Les racines historiques du « mode de fonctionnement » français sont bien là où il les place et le point d’inflexion de « la dérive française » se situe lors du règne de Henri IV quand il organise la sortie des guerres civiles religieuses dans le cadre d’une politique royale d’achat de la paix civile par la distribution d’avantages catégoriels. Sully, son compagnon, son ministre, son maréchal de France et son surintendant aux finances peut être considéré comme le précurseur primitif de l’intervention étatique consciente et rationnellement construite. La suite est une histoire déjà racontée : http://www.contrepoints.org/2013/05/15/124388-mes-logiciels-mont-tuer-ou-les-logiciels-de-letatisme-francais

  • Je pense que le social-clientélisme est la véritable raison de l’absence de réforme de notre pays.Ce en rapport avec l’ancien corporatisme d’avant la révolution et remis au gout du jour depuis le régime de vichy…Et la nostalgie qu’il inspire plus ou moins consciemment.La révolution de 1789 ne fut finalement qu’un accident de l’histoire…

    • Quand 5 grandes villes de France entament la révolution le même jour à la même heure, la révolution n’a rien d’un accident de l’histoire.

      • Pouvez-vous donner des détails ?

        À quel jour faites-vous référence ? Dans quelles villes et à l’occasion de quels événements ?

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