Et maintenant, où va-t-on ?

Étrange situation que celle de l’exécutif français actuellement. Toutes les conditions étaient pourtant réunies pour un quinquennat de folie, avec de l’action, de la romance, du frisson, des thés l’Éléphant Socialiste et même de grands moments de bonheur citoyen. Rien ne manquait au tableau ! Malgré ça, tout semble figé, à l’arrêt, congelé dans une gangue d’incertitude et de paralysie intellectuelle totale…

Mais si, regardez bien, c’est véritablement étonnant : la gauche, officielle, socialiste et décontractée du dogme, règne d’un bout à l’autre des administrations françaises. Les syndicats, petit doigt sur la couture, répondent magnifiquement absents et gardent un silence aussi compact qu’utile en ces périodes de faillites à répétition.

hollande XVILes médias, de leur côté, jouant à fond sur la carte de l’objectivité de gauche, sont abonnés au service minimum pour le côté analyse, et production luxe pour la partie propagande, toutes options déployées : antiracisme, poujadisme, affaires fumeuses de l’opposition, tout y est ; et malgré de véritables tempêtes de conneries ahurissantes, les grands journaux glissent sur l’actualité aussi vite que possible pour ne pas embarrasser l’éternel candidat à la présidentielle. La crise syrienne, qui aura fait rire le monde entier avec les agitations ridicules de Hollande, aura été habilement oubliée par les péripéties d’une ex-lycéenne ex-française ex-kosovare ex-bonne élève. Manque de bol, cette affaire fut un nouveau fiasco retentissant et il aura fallu déployer ensuite des trésors d’inventivité, quitte à raquer des douzaines de millions d’euros pour faire libérer des otages, afin de camoufler la prestation catastrophique du chef de l’exécutif. Les montagnes russes médiatiques, que parcourt actuellement les bras en l’air le pauvre président pédalo-flambyste, montrent à quel point le pauvret est complètement perdu. Dans les wagonnets qui le suivent, ses ministres, pas tous accrochés à leurs harnais, s’éparpillent en chemin et montrent la même cohérence d’ensemble dans leur mine déconfite, leur œil hagard et leur lippe pendante.

Mais les médias tiennent bon. Tous les voyants sont au rouge, même les bonnets, la courbe du chômage refuse de se plier aux injonctions hollandistes, et la grogne se fait de plus en plus virulente. Et même si une demi-douzaine d’affaires ont déjà pété aux museaux humides des spin-doctors incompétents de l’équipe en place, ils retentent une nouvelle fois le coup de l’extrémisme de drouate, à tout hasard. À ce régime, le ventre de la Bête Immonde est plus que « fécond » : c’est devenu une véritable usine à bubble-gum.

Et malgré ce soutien bizarre mais sans faille de cette grosse frange subventionnée de la presse, ça ne fonctionne toujours pas comme prévu. Le Sénat, à gauche, n’aide pas plus ; pire, il retoque méchamment le budget de la Sécu. L’Assemblée, pourtant aussi gauche que possible, semble impuissante à enrayer la malédiction, n’arrivant à rassembler le 100 de QI qu’entre 11:30 et midi avant que la cantine locale ouvre. Personne ne semble vouloir aller dans la même direction ; il faut dire qu’avec Hollande, le cap officiel, c’était le changement. On l’a donc, tous les jours.

Ou allons nous

Paradoxe de la situation : dans les revendications de toutes ces professions qui rouspètent contre les pluies de taxes, on distingue bien un fond idéologique socialiste (« Taxez si vous voulez, mais les autres ! », « Moins de taxes, plus de subventions ! » et autres demandes du même acabit), mais même en tenant compte de ça, les gens rouspètent et refusent de se faire embobiner sereinement par les élus et leur habituel charabia politicard. Le déshabillage de Paul pour habiller Pierre ne marche plus depuis que Pierre semble décidé à se passer de l’élu pour dépouiller Paul qui, lui, refuse catégoriquement. Bref : tout ce beau monde est socialiste, au moins un peu, la France entière semble de gauche et pourtant, la magie ne prend pas. En fait de réenchanter la politique, François Hollande nous fait cauchemarder un pays perclus d’impôts, de chômage et de dettes.

Et du cauchemar, personne ne semble pouvoir se réveiller.

Il y a en effet comme un gros problème.

Si un nombre croissant de Français s’accorde maintenant à dire que Hollande n’a pas la carrure pour le job, aucun remplaçant n’est présent sur le pont. Pire : à droite, les charlots qui pourraient prétendre au poste sont tous aussi pathétiques les uns que les autres. Leur charisme d’abribus éteint, couplé à leur ambition dévorante ainsi qu’à une capacité d’analyse de la situation économique française digne d’un bulot en hypoxie ne permettent aucune lueur d’espoir de ce côté. Et au centre, c’est un concert organisé par des clowns amateurs, dont l’espérance de vie en politique se mesure en diviseurs de la seconde et leur crédibilité globale ressemble à une publicité pour des alicaments intestinaux.

Si un nombre croissant de Français est clairement d’accord pour dire qu’il y a maintenant trop de taxes, d’impôts et de cotisations un peu partout, aucun parti médiatiquement significatif ne semble réclamer clairement une diminution de celles-ci et, de façon conséquente, la diminution claire et nette des dépenses de l’État. Depuis quarante ans, tous se sont battus pour l’augmentation de ces dépenses, on comprend qu’ils soient maintenant complètement imperméables à tout changement de paradigme.

Si un nombre croissant de Français est aussi assez d’accord pour qu’enfin, certains monopoles, certaines prébendes tombent, force est de constater que ce sont toujours les autres professions, les autres monopoles (ceux qui ne leur bénéficient pas directement) qui doivent tomber en premier.

Autrement dit, si un nombre croissant de Français veut vraiment du changement, cela doit surtout commencer par les autres. On comprend que ce n’est donc pas de ce côté là que ça pourra changer.

encore quatre ans

Hollande est dans cette position très délicate où il n’a plus aucune marge de manœuvre politique, plus aucune marge de manœuvre sociale, plus aucune marge de manœuvre économique. Le seul bidouillage qu’il a encore en rayon consiste à choisir entre la dissolution de l’assemblée et le changement de premier ministre.

Changer de premier ministre, c’est l’exemple type d’une Opération Car-Glass : on va remplacer un bout de truc transparent mais fêlé par un autre truc transparent en meilleur état. Pour le reste, l’opération prendra quelques minutes de temps d’antenne, et ce sera tout. La France continuera de rouler dans la mauvaise direction.

Dissoudre l’assemblée, à quelques mois des municipales, revient à ajouter une brouettée de députés vocaux et pignouseurs aux frondeurs actuels : la rouste assez prévisible de la gauche dans une telle élection se traduirait par le chômage rigolo, mérité et politiquement fort gênant d’une bonne quantité de personnalités politiques qui n’hésiteraient pas ensuite à débiner le pouvoir en place. Sur le long terme, évidemment, cela permettrait à la droite de prendre le pouvoir et démontrer au reste du monde sa consternante médiocrité. La France continuera en tout cas de partir en sucette, mais les socialauds officiels pourront toujours rejeter la faute sur ceux du camp d’en face.

Ni l’une, ni l’autre solution ne pourront changer finalement quoi que ce soit.

On le comprend, Hollande a maintenant près de quatre années à tenir et n’a plus aucune munition. Son programme, inconsistant, a été très vite balayé par les contingences de la réalité. Regardez-la en face, c’est flagrant : il n’y a que des « plans bidules » et des « actions trucs », exemples types de bricolages ministériels ad hoc, créés dans l’instant, pour répondre à l’écume des jours. Toute l’action présidentielle et gouvernementale semble systématiquement frappée d’amateurisme, d’improvisation et d’un manque chronique du moindre souffle, de vision. Nos dirigeants, en mode panique et réaction épidermique, au lieu de tenter un regard vers l’horizon, ont les yeux rivés sur le bout de leurs chaussures, et continuent pourtant de courir.

Pire : l’État, exsangue, ne pourra plus atténuer les grognes dans des aspersions financières commodes, comme jadis. Le moindre pépin financier, le moindre dérapage économique un peu sérieux se traduira immédiatement par un coup de tonnerre allant du défaut de paiement (au moins partiel et même s’il sera camouflé par un vocabulaire rassurant) à des troubles bien plus graves. Il faut comprendre qu’une partie grandissante du peuple, en face, n’a plus rien à perdre : tout a déjà été taxé, imposé, ponctionné, mis en faillite, bradé, jeté. Je ne vois actuellement aucun élément permettant de dire que la colère qui monte pourrait s’apaiser avec une action présidentielle ou gouvernementale décisive. Je n’en vois aucune en rayon.

Et devant ces individus qui n’ont rien à perdre, le président élu est faible. C’est un faible, acculé, qui ne comprend pas que la seule solution est de revenir sur tous ses dogmes, toutes ses certitudes, toutes ses habitudes, qui va se retrouver devant un peuple qui gronde et qui, lui, ne voudra pas payer la facture de 40 ans de gabegies, d’incurie, de clientélisme, de laxisme et de corruption, qui ne voudra pas admettre que son niveau de vie va se retrouver divisé par deux pour passer le cap. Un faible avec tant de moyens (armée, police), qui ne pourra pas se remettre en cause, devant des individus qui n’auront rien à perdre, cela n’augure rien de bon.

Gouverner, c’est pleuvoir, a rapidement blagué Hollande après quelques jours d’humidité présidentielle.

Et pour pleuvoir, il pleut.

hollande humide
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