La gauche française devrait être libérale

La gauche pourrait redevenir morale si elle était rationnelle, c’est-à-dire libérale.

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La gauche française devrait être libérale

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 28 octobre 2013
- A +

Par Guy Sorman.

imgscan contrepoints 2013557 socialismeLa gauche me manque, vraiment. Parce que je suis un libéral, étiqueté mais pas encarté (par bonheur, il n’existe pas en France de grand Parti libéral), il me paraît que seule la gauche maintenant serait en mesure d’arracher notre pays à la décadence économique, au découragement moral, à la tentation autoritaire. Si elle n’y parvient pas, nul n’y parviendra. Cette gauche-là qui me manque serait évidemment une gauche libérale, membre à part entière de la nouvelle famille qui, depuis une génération, s’est constituée un peu partout en Occident et en Orient mais pas en France. Qu’est-ce donc qu’une gauche libérale ? Pour faire court, une alliance refondée entre l’équité et l’efficacité.

L’efficacité, aujourd’hui, se situe du côté de l’économie de marché, de l’entreprise et de la mondialisation : partout où cette solution est appliquée, la pauvreté recule massivement. Quant à l’équité, ce ressort moral de la gauche – contrairement à ce que la droite banale estime – elle exige de la redistribution et de la compassion que peuvent gérer l’État, les Mairies et le Troisième secteur dit non lucratif, celui de la Philanthropie. Le marché seul n’est pas le garant de l’équité, nulle part, jamais. Cette gauche libérale, hors la France, est devenue le mouvement politique dominant à l’ère de la mondialisation, après que le « socialisme réel », en 1989, a disparu : c’est le cas dans l’Inde lointaine – le Parti du Congrès, progressiste mais plus socialiste – dans l’Amérique de Bill Clinton à Barack Obama, dans l’Allemagne de Gehrard Schröder ou à la Grande-Bretagne de Tony Blair. Tous ont imposé des normes de gouvernement qui leur survivent quels que soient les aléas électoraux et les partis au pouvoir. Michel Rocard chez nous, trop brièvement, s’y était essayé.

La France fait exception pour des raisons qui ne sont pas mystérieuses. Avant tout pour une  histoire longue que François Furet élucida naguère dans Le passé d’une illusion (1995) : notre gauche ne digère pas son passé révolutionnaire. La gauche française cultive la prise de la Bastille et la droite le Grand Siècle de Louis XIV : des deux côtés, la gloire l’emporte sur la raison et le bien-être des Français. Une fraction de cette gauche hallucinée – communiste, trotskiste – au nom de ce passé qui ne passe pas, démonise toute inclinaison vers une gauche libérale ou tout bonnement rationnelle. Si le terme libéral est devenu indigeste pour certains – par ignorance le plus souvent – va pour gauche rationnelle !

Ceux que tenterait cette « rationalisation » de la Gauche (François Hollande certainement, en qui l’on espéra un instant un Schröder français) sont pris en tenaille et en otages par les robespierristes, d’un côté, et par la réaction écologiste de l’autre. Réaction ? Oui, car elle place la nature au-dessus de l’humanité et va jusqu’à interdire la recherche (du gaz de schiste, par exemple) : interdit de chercher… au pays de Pasteur.

Voici donc l’Histoire alliée à l’arithmétique électorale pour nous priver d’une gauche libérale. Mais aussi la sociologie. Votent à gauche, majoritairement, ceux qui ont intérêt à ce que surtout rien ne change, de nombreux fonctionnaires arrimés à leur statut mais pas seulement : tout titulaire d’une rente de situation légale (taxi) ou de fait (entreprises à monopole) tient à une France immobile, au détriment des plus jeunes et des plus pauvres, ceux qui ne détiennent ni rente économique ni capital social. Tandis qu’une gauche libérale ou rationnelle rallierait ceux qui souhaitent à la fois le changement et l’équité.

Le changement et l’équité rassembleraient-ils une majorité de Français ? En démocratie, une pensée ne vaut que si elle devient majoritaire. Cette majorité est possible si l’ignorance de l’économie – aggravée chez nous par la manière dont elle est enseignée au collège et commentée par les médias – cédait à une pédagogie du changement. Il appartiendrait à une gauche revenue aux sources de son progressisme d’enseigner que la création de richesses et d’emplois passe par le renoncement à l’ancien : il faut fermer une usine pour que s’en crée une nouvelle. N’est-il pas étonnant que plusieurs centaines de nos lycées portent le nom de Jean-Baptiste Say, sans que leurs élèves (voire leurs professeurs) connaissent la théorie de Say ni qu’elle ne soit enseignée, sans qu’ils sachent qu’il revient à Say d’avoir créé le terme d’entrepreneur et d’avoir placé ce personnage essentiellement moderne au cœur de la science économique ?

La gauche française, parce qu’elle louvoie en marge du monde réel et ignore son propre passé, qui fut progressiste, n’a d’autre destin immédiat que de se diviser en chapelles et en surenchères : chacun au nom de la gauche se proclame plus à gauche que la gauche, chacun en vérité ne cherchant que du pouvoir ou cinq minutes de célébrité. La manipulation des symboles (une élève expulsée du territoire, une usine surannée qui ferme) tient lieu de doctrine, surexploitée sans que jamais on ne s’interroge sur l’absence totale de stratégie – efficace et équitable – qui éviterait à la gauche de tomber aussi bas dans les sondages et de tant perdre en légitimité intellectuelle. Le destin tragique de Leonarda « raflée » à la sortie de l’école, les fausses promesses à des ouvriers privés de leur labeur ne font que révéler en creux l’absence d’une pensée de gauche rationnelle, qui aurait défini par avance et depuis longtemps les contours d’une politique de l’immigration qui ne saurait être qu’européenne, une pédagogie scolaire qui intègre, une économie qui crée de l’emploi parce qu’elle accepte d’en voir disparaître. La gauche, en devenant rationnelle, c’est-à-dire libérale, en deviendrait naturellement morale parce que dans la vie des nations la morale se mesure aux résultats, pas aux intentions, pas à la posture ni à l’indignation médiatique.


Sur le web. Publié originellement par Le Monde le 24.10.2013.

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  • La gauche, par définition, est la lutte contre les privilèges, et la droite, la lutte pour les privilèges.
    Or, aujourd’hui, la « gauche » ne cherche qu’à grapiller toujours et encore quelques privilèges de plus : techniquement, ce ne serait donc qu’une proto-droite, lorsqu’elle attend le pouvoir, et une droite à part entière lorsqu’elle l’exerce.

    Mais bon : ces termes de gauche et droite sont tellement galvaudés qu’ils ne signifient plus rien.
    Au final, gauche, droite, tout cela ne veut plus dire que constructivisme (ie fascisme : par définition, donner plus d’importance au groupe qu’à ce qui le constitue ; les individus), qui, ne créant pas une once de richesse, mais ne sachant que la brûler comme du petit bois, en est réduit au pillage (par le corporatisme, l’impôt, les merdouilles monétaires).

    Fascisme+vol : gauche, droite, tout cela ne veut plus dire que le résultat de cette addition ; socialisme.

  • La droite aussi gagnerait à devenir rationnelle, donc libérale.

  • En France à droite comme à gauche le corporatisme d’ancien régime est l’idéologie économique dominante…De la à ce qu’ils deviennent partisan du retour du roi en France…Donc les progrès ne peuvent venir que de l’extérieur( exemple la DDHC est d’inspiration Américaine)…

  • « Le marché seul n’est pas le garant de l’équité, nulle part, jamais. » Non ! L’absence de marché est la garantie de l’absence d’équité, partout, toujours. Pour gagner en crédibilité, il conviendrait de poser les termes de l’équation dans le bon ordre. Est-ce pour cette raison que la gauche n’est jamais, nulle part, ni efficace, ni équitable ?

  • « une alliance refondée entre l’équité et l’efficacité. »

    Équité ? Au moins GS nous épargne la justice sociale.
    Qu’appelle-t-on la gauche ?
    Au termes de décennies à subir la logorrhée socialiste, j’ai conclu ceci:
    Il existe une sensibilité qui fait voir la justice dans l’égalité de fait, peu importe la contrainte.
    C’est la sensibilité socialiste.

    S’y oppose une sensibilité qui fait voir la justice dans le résultat de l’absence de contrainte, peu importent les inégalités.
    C’est libéralisme, et c’est la mienne.

    Ces deux sensibilités se sont alliées contre l’aristocratie et l’esclavage.
    Mais elles sont fondamentalement antinomiques, car il ne peut y avoir égalité sans contrainte.

    La gauche ne peut donc être libérale qu’à regret, aussi peu que possible.
    Au premier moment de prospérité, elle s’empressera de corseter la liberté.

    La solution n’est pas de la flatter, mais d’ouvrir les yeux sur la vanité de son constructivisme, et la fausseté de ses sophismes – de poursuivre l’oeuvre de Frédéric Bastiat.

     » En démocratie, une pensée ne vaut que si elle devient majoritaire.  »
    Ce serait vrai si notre démocratie était semi-directe.
    Mais elle est purement représentative. Qu’une pensée devienne majoritaire a peu d’importance: C’est un parti politique qui prévaut, et par l’émotion plus que par la pensée.

    C’est le royaume de l’ambiguïté (dont le politicien ne sort qu’à ses dépens), de la démagogie, de l’irresponsabilité, mais certainement pas celui de la pensée.

  • La gauche et la Droite sont par nature des ennemies de la liberté. Les uns parce qu’il lui préfère l’égalité les autre parce qu’il privilégie l’ordre. Donc aucun des deux ne pourra jamais devenir libéral sincèrement. Ils pourront être forcé ou contraint à le devenir mais à la moindre occasion il retourneront à leur vrai nature oppressive. Seul ceux qui mettent la liberté tout en haut, en premier avant tout le reste peuvent se prévaloir de jamais pouvoir instaurer une société libérale.

  • Guy Sorman nage en pleines contradictions. J’y vois une nouvelle démonstration du fait que notre monde, ancien, ne va pas survivre à ce monde nouveau qui naît, dans la douleur. Avec un FN qui bascule dans l’hyper socialisme, un intellectuel se disant libéral (GS) qui propose à une gauche baignant fondamentalement dans l’émotionnel de devenir rationnelle, une droite de gouvernement tentée de s’engouffrer dans la « dynamique » ultra populiste FN,… ne va pas tarder à s’affirmer LE PROBLEME: les méchantes limites de la Démocratie. Le pouvoir à un peuple qui ne serait, soit-disant, pas si con, c’est surtout le pouvoir à des politiciens qui se nourrissent de la connerie et n’ont guère intérêt à ce que les choses changent vraiment.

  • Article intéressant,mais quelque peu utopique.Comment penser que la gauche française puisse accomplir une telle mutation,lorsque de surcroît on tient compte de la composition de ce gouvernement qui est le plus incompétent que nous ayons jamais eu: manque de sens du réel,méconnaissance du monde du travail,très peu de ces ministres ou secrétaires d’état n’ont eu de responsabilités au sein d’entreprises privées,trop de fonctionnaires et d »‘apparatchiks » .En outre les dernières informations prouvent s’il en est besoin le manque de courage et d’envergure de ce personnel politique.

  • @ Xavier et Marchalévien,

    Pourquoi Sorman aurait-il tort ou serait-il en pleine contradiction en tant que libéral de proposer une gauche libérale pour sortir la France de sa léthargie économique. Droite et gauche ne sont finalement que des notions attribués pour un échiquier politique. Bien des penseur libéraux du 18ème siècle étaient défini comme de gauche ou comme Bastiat qui siégeait à l’extrême gauche du parlement de l’époque. Karl Popper ,Raymond Aron ou J-F Revel étaient des libéraux cataloguer plutôt à gauche. Ils étaient néanmoins antisocialistes. Guy Sorman vit aussi avec son époque. Libéral plutôt autrichien jusqu’à la chute du mur de Berlin et devenu plutôt socio-libéral pour défendre un certaine éthique sociale dans libéralisme. C’est surement une façon de vouloir préserver cette nécessité libéral bon pour la société après la chute et l’échec avéré du socialisme. Sorman croit toujours en l’efficacité du marché libéral et du capitalisme. Sur ce point il n’a jamais changé. A mes yeux c’est ce qui compte. Il est un des mes maîtres à penser depuis la fin des années 80. Aujourd’hui il est toujours. C’est une personne libérale qui sort souvent des sentiers bien balisé de la pensée libérale contemporaine. C’est un peu un OVNI de la pensée libérale et moi j’aime bien ce style.

    D.J

  • Pardonnez-moi mais cela fait un peu cliché : la gauche française n’a pas su tourner la page quand les gauches européennes et américaines ont pris le chemin de la modernité, etc, c’est du lu et relu. Pourtant, un énoncé ne devient pas vrai simplement à force de le répéter. Or prétendre qu’en France nous ne vivons pas dans une économie de marché, qu’il y a une haine des entreprises, que la France n’est pas insérée dans la mondialisation, que les Français ont peur de la mondialisation, etc, c’est soit être loin de la réalité française, soit simplement préfèré les discours dogmatiques aux discours réalistes.

  • Cet article fait tellement de bien. J’ai une sensibilité de gauche (ne crois pas au sécuritarisme, au nationalisme, crois au mariage pour tous…) mais ne crois pas une seconde au socialisme. Pour moi la gauche française, donc le socialisme, bien franc bien carré (et non la social démocracie,) méconnait tellement l’économie et son fonctionnement, instaure une telle défiance vis à vis de l’économie, qu’elle crée les maux même qu’elle prétend combattre. Avec 57% du PIB prélevé pour son fonctionnement, l’Etat crée du chômage, crée de la misère sociale et économique, crée de l’injustice sociale. Le social, le bienfait social, ne peut passer que par l’économie. Hors en plombant l’économie comme presque aucun autre pays, en appuyant dessus de son poids gargantuesque, cette gauche made in France, bien démagogique et populiste, crée la détresse sociale qu’elle prétend combattre. Quelle tristesse de vivre dans un pays où il n’y a que cette gauche naïve qui pour tout programme économique signe des chèques en blanc sans dire au gens que par ce biais elle coule lentement le pays. Quelle tristesse de devoir à chaque élection voter soit blanc soit pour le modem. Pourquoi n’y a-t-il pas une gauche libérale comme dans la plupart des autres pays occidentaux qui offrirait un programme économique réaliste en plus d’avoir des valeurs de gauche ? Pourquoi cette attraction, cette fascination pour une idéologie, le communisme, qui partout où elle a été appliquée, a donné de la tyrannie, de l’oppression, la disparition des libertés, la désolation sociale… Cuba, la Russie, la Chine… Je pense que beaucoup de jeunes aimeraient voir naitre une gauche d’aujourd’hui, réaliste, et qui ne vend pas des espèces de chansons pour enfants, de comptines pour enfants comme programme économique et politique…

  • Cet article se fait une illusion. Même si la gauche francaise devenait aussi « libéral » que la gauche américaine cela ne permettrait pas de résoudre les problèmes du pays. Nos problèmes sont fondamentalement les mêmes que ceux de presque TOUS les pays devellopés*. La dette, le déficit, les dépenses publiques délirantes, les reglementations étouffantes, le besoin de materner les citoyens… tout ceci n’a rien de spécifiquement francais, et que la classe politique francaise deviennent aussi mauvaise que les autres au lieu d’être pire sera largement insuffisant pour nous en sortir.

    *et pas uniquement d’ailleurs.

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