Austérité en Lettonie : la preuve par les faits

Une réforme structurelle rapide et complète ainsi qu’un ajustement budgétaire radical donnent de bons résultats, tant économiquement que politiquement.

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Austérité en Lettonie : la preuve par les faits

Publié le 20 octobre 2013
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Par Alex Korbel.

Valdis Dombrovskis, ministre-président de Lettonie.
Valdis Dombrovskis, ministre-président de Lettonie.

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a annoncé le 11 septembre 2013 une baisse des dépenses publiques de seulement 0,75 point de PIB en 2014 (15 milliards d’euros), en soulignant que ces économies étaient « sans précédents ». La foule des commentateurs et politiciens subventionnés a immédiatement dénoncé l’ultralibéralisme du gouvernement, en hurlant que l’austérité ne fonctionnait nulle part en Europe. Je vais donc vous parler d’un pays européen qui a baissé ses dépenses publiques de 10 points de PIB en 8 mois.

Licenciement d’un tiers des fonctionnaires en 18 mois

La Lettonie est le pays de l’Est qui a été le plus touché par la crise financière mondiale, perdant environ un quart de son PIB entre 2008 et 2010. Mais dès la seconde moitié de l’année 2010, la Lettonie a renoué avec la croissance économique. Un retour à la croissance en seulement deux ans ! Mieux, cette dernière a atteint 5,5% en 2011 et 2013. Comment cela est-il arrivé si vite ?

En dévaluant leur monnaie ? En augmentant les impôts ? En dépensant plus d’argent du contribuable ? En créant des emplois subventionnés ? Non, rien de tout cela.

Au bord de la faillite, le gouvernement letton a entrepris des réformes structurelles exceptionnelles, telles que le licenciement d’un tiers des fonctionnaires et la fermeture de la moitié des organismes de l’État. Et ce en seulement 18 mois. Vous voyez, les réformes jaillissent lorsque l’argent public se tarit.

Chronologie des faits

Après la démission du gouvernement précédent, et alors que les finances du pays étaient en chute libre, un nouveau gouvernement de coalition fut formé en mars 2009. Il disposait d’une majorité au Parlement où 64% des députés le soutenaient. Mais Valdis Dombrovskis, le jeune Premier ministre de 37 ans (ancien député européen), le ministre des Finances et le ministre de l’Économie étaient tous trois issus d’un parti n’ayant reçu que 6,6% des voix.

Après avoir réduit le nombre de ministères de 16 à 14, le Premier ministre a déclaré que le pays était à quelques mois de la faillite et a promis de stabiliser la situation financière, de diminuer les dépenses publiques, d’accroître l’efficacité et la transparence de l’État.

Le gouvernement s’est appuyé sur le travail d’Alberto Alesina et Silvia Ardagna de l’université Harvard aux États-Unis qui, après avoir examiné 107 plans gouvernementaux visant à réduire la dette publique dans 21 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) entre 1970 et 2007, ont conclu que la réduction des dépenses de l’État est le moyen le plus efficace pour réduire le ratio d’endettement d’un pays. Le Premier ministre letton s’est engagé à réduire les dépenses publiques là où il était possible d’améliorer l’efficacité de l’État, à expliquer ces choix au peuple letton et à faire preuve d’équité dans la réforme.

Aux mois d’avril et mai 2009, les ministères ont mis au point trois plans de réductions des dépenses de 20%, 30% et 40% et de diminution des salaires de 20%. Les ministères à reformer en priorité étaient ceux de la Santé, de l’Éducation et de l’Administration publique.

Pendant ce temps, un accord de principe sur les réformes à mener a été signé par tous les députés de la coalition. Les partenaires sociaux ont donné leur accord à l’essentiel des reformes. Les salaires des gestionnaires des grands groupes publics, des ministres et des hauts fonctionnaires ont été considérablement diminués afin de montrer l’exemple.

Au sein du ministère de la Santé 44 % du personnel a été licencié pour s’aligner sur le nombre de fonctionnaires estoniens, et 35 hôpitaux sur 59 ont été fermés pour s’aligner sur la moyenne européenne.

Lorsque l’attention du public s’est concentrée sur ces fermetures, le gouvernement a immédiatement mis l’accent sur les réformes menées dans les autres secteurs, pour montrer que l’ensemble de la population faisait des efforts et que sa stratégie était cohérente. Le Premier ministre a accepté la démission des ministres et conseillers ayant exprimé leur désaccord avec la politique du gouvernement.

Au ministère de l’Éducation, 100 écoles ont été fermées, 2400 professeurs ont été licenciés, faisant passer le ratio professeur/nombre d’élèves de 1/7 à la moyenne européenne de 1/12.

Enfin, au ministère de l’Administration publique, la moitié des 75 agences étatiques ont été fermées.

En tout, 29% des fonctionnaires ont été licenciés en un an et demi. Le salaire moyen du secteur public a diminué de 26%, s’alignant sur le salaire moyen du secteur privé.

La TVA a été augmentée, ce qui a provoqué d’importantes manifestations dans le pays. Mais les trois quarts de la rigueur ont consisté, non en hausses d’impôt, mais en baisses des dépenses publiques.

Le gouvernement ayant réalisé cet effort budgétaire dans l’urgence sans libéraliser au préalable les secteurs des biens et des services, aucune perspective de croissance supplémentaire ne pouvait conduire à plus d’embauches de la part des entreprises privées. Le chômage letton est donc passé de 6,6% en 2008 à 20,7% en 2010. Depuis, il a baissé d’un point par trimestre environ (11,4% en 2013).

Des fonds européens ont été alloués à soutenir l’entrepreneuriat et les secteurs industriels orientés vers l’export. La durée des allocations chômage a été allongée, un filet de sécurité a été créé pour les plus démunis.

Et en octobre 2010, la coalition soutenant le gouvernement a gagné les élections législatives.

Quelles conclusions en tirer ?

D’abord que le régime parlementaire letton, ne permettant que des coalitions instables, semble plus adapté aux temps de crise qu’un régime présidentiel.

Ensuite qu’un régime démocratique peut tout à fait baisser ses dépenses publiques de 10 points de PIB en 1 an, faisant en sorte que son État-providence aide ceux dans le besoin, pas ceux proches du pouvoir.

Aujourd’hui, Valdis Dombrovskis est le Premier ministre letton ayant la longévité la plus grande après avoir été réélu deux fois. Il a fait tout ce qu’il pouvait, dès que possible, il a obtenu un accord avec les partenaires sociaux avant de lancer les réformes, il a expliqué qu’il n’y avait pas de meilleure solution de rechange et a fait en sorte que son gouvernement montre l’exemple.

La Lettonie, comme la Suède, la Nouvelle-Zélande, l’Estonie, le Canada, la Finlande, la Pologne et l’Allemagne, montrent qu’accomplir des réformes structurelles courageuses peut conduire à être réélu, tandis que les pays refusant de se reformer au sud de l’Europe montrent qu’il est politiquement très coûteux de mener des politiques irresponsables et des ajustements lents.

La leçon à tirer du cas letton est qu’une réforme structurelle rapide et complète ainsi qu’un ajustement budgétaire radical donnent de bons résultats, tant économiquement que politiquement.

En 2008, l’économiste superstar Paul Krugman avait comparé la Lettonie à l’Argentine en recommandant une politique keynésienne. Le 19 septembre 2013, il concluait qu’il était peut-être possible qu’en fin de compte, la Lettonie ait bien fait de choisir la voie de l’austérité.

Le triomphe tardif des faits sur l’idéologie, en quelque sorte.


Article originel publié le 16 octobre 2013 sur 24hgold.com

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  • Dombrovskis est aussi un bon hayekien, récompensé en 2011 du prix de la Hayek Foundation : http://latvia.lv/fr/content/dombrovskis-receives-international-economics-award-hayek-foundation

  • C’est malheureusement pas adapté pour tous les pays certains sont près sans trop de problème de violance à faire des efforts comme l’Estonie.Le contre exemple est celui des pays comme l’Espagne ou la Grèce qui ne tien pas compte du pays.Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire…Comme en France!

    • Si des efforts cohérents étaient demandés en Espagne comme en Grèce, qui sait si ça ne « passerait » pas… Mais c’est sûr que monter les impôts du privé, virer quelques fonctionnaires et dans le même temps en recruter d’autres, et continuer à claquer de plus en plus sur la « redistribution », ça ne passe pas bien.
      Mais ça n’aurait pas été très bien accepté en Estonie, Nouvelle Zélande, etc.
      Il faut pour qu’une austérité marche « bien », qu’elle soit forte, claire, et surtout juste : par ex. tous les salaires de la fonction publique sont baissés de 20%, toutes les redistributions itou, sauf pour ceux qui passeraient sous un seuil donné. Dans le même temps on libéralise les différents secteurs économiques. Par ex. on baisse les salaires des profs mais dans le même temps on leur donne la possibilité de racheter leur école et d’en faire ce qu’ils veulent pour y gagner de l’argent… On baisse les remboursements de la sécu mais on laisse les gens aller prendre une assurance santé ailleurs (ou même ne pas s’assurer du tout), etc. etc.

      • Forte, claire, juste … et bien expliquée. Hélas les médias français sont suffisamment verrouillés et de toutes façons aucun parti « visible » ne propose le début du commencement de l’esquisse d’un tel programme. J’ai peur que nous ne soyons dans la m…… .

  • C’est quand même un article assez descriptif et qui très franchement, ne prouve rien. Il y a deux questions qui se posent: i) Où en est-on aujourd’hui? ii) Quelle conclusion en tirer?
    Pour la première, la réponse donnée est une blague: « Le chômage letton est donc passé de 6,6% en 2008 à 20,7% en 2010. Depuis, il a baissé d’un point par trimestre environ (11,4% en 2013). » Vous savez ce qu’est le taux de chômage? Pour mesurer l’employment gap, il ne s’agit pas uniquement du taux de chômage mais aussi du LFPR gap. Et avec un chômage qui culmine à 20% à un moment, le taux de participation au marché du travail doit en prendre un coup. (juste un exemple pour montrer la simplicité de vos raisonnements)
    Bref, quand bien même on achète votre conclusion sur l’état de l’économie lettone, l’implication pour la France est très loin d’être directe: le pays est-il, comme la Lettonie, en phase de rattrapage?

    Mentionnons aussi le contresens sur l’article de Krugman. Tout ça laisse à penser que l’auteur n’a pas le niveau d’un bachelier ES en économie.

  • Diminuer le nombre de fonctionnaires, en France, il y a largement de quoi faire.
    En revanche augmenter les taxes, ça risque d’être particulièrement délicat 🙂

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