Raymond Aron, une altitude libérale

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
imgscan contrepoints 2013-2281 aron

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Raymond Aron, une altitude libérale

Publié le 19 octobre 2013
- A +

Par Marc Crapez.

imgscan contrepoints 2013-2281 aronLe libéralisme postule que de la confrontation des arguments jaillit la lumière. La diversité des points de vue est légitime. Ce qui l’est moins, c’est de vanter l’éthique de la discussion en ne la respectant pas toujours.

Un article intitulé « Raymond Aron, une attitude libérale » reproche à celui-ci d’avoir critiqué Hayek. Aron serait « tombé dans le piège tendu par les ‘constructivistes’ » en prenant les ultra-libéraux pour des « fanatiques » et il « porte ainsi, en quelque sorte, une part de responsabilité » dans l’hostilité française à l’égard du libéralisme.

Qu’on se rassure, Aron n’a jamais pris les purs libéraux pour des fanatiques mais pour des doux rêveurs. Il employait le terme de fanatique pour désigner le tchékiste soviétique et son cousin de la police politique nazie. Pas pour désigner un libéral. Même si ce libéral semble parfois un peu excessif.

Car n’est-il pas exagéré de voir partout « des constructivistes » ou « des étatistes » ? De juger qu’Aron tombait dans des pièges de gauche. Et de l’y voir tomber en utilisant un langage de culpabilité par contiguïté. Exagéré aussi d’écrire qu’Aron « a joué l’amalgame », employant ainsi un terme dépréciatif. Faut-il y voir l’influence d’un groupe d’universitaires très à gauche qui prétend qu’Aron avait des affinités avec le socialisme et détestait Hayek ?1

Dans un précédent article, notre libéral affirmait que Raymond Boudon « n’était pas tendre avec Raymond Aron ». Pour avoir eu, également, le loisir de parler d’Aron avec Boudon, je poserais la question en termes différents : pourquoi un immense sociologue tel que Boudon ne s’est-il guère inspiré d’Aron ?

Au-delà de la petite histoire, qui fait regarder l’aîné avec condescendance ou qui porte les hommes de plume à faire les coqs, on peut discerner deux raisons de fond. D’abord, Boudon a pu bénéficier d’une sorte d’imprégnation aronienne, à une époque où la libre-circulation des idées fausses était notamment contrecarrée par Aron. En second lieu, Boudon était essentiellement sociologue, tandis qu’Aron n’était pas seulement sociologue mais aussi philosophe politique, historien des idées, témoin, chroniqueur, politologue et spécialiste de politique étrangère.

Jean Baechler, le seul de ses disciples qu’Aron jugeait avoir « peut-être du génie » raconte que, dans le séminaire d’Aron, chacun émettait des hypothèses sur le vrai, et les autres se faisaient un devoir de les réfuter avec la rigueur la plus extrême. Voilà qui explique que l’esprit d’Aron puisse souffler, quoique toujours à une certaine altitude, là où on ne l’attend pas : certains sont des aroniens qui s’ignorent, d’autres se prétendent aroniens sans le démontrer.

—-
Suivre les articles de l’auteur sur Facebook.

Retour au sommaire de l’édition spéciale Raymond Aron, 30 ans déjà

  1. Dans le livre collectif Raymond Aron, philosophe dans l’histoire (éd. de Fallois, 2008) S. Audier et G. Châton dénigrent le « durcissement » d’un libéralisme qu’Aron « radicalisera », pendant que C. Prochasson et V. Duclert prétendent effectuer une « opération de ‘désinstrumentalisation’ idéologique » (contre moi).

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Charles Castet.

Is it therefore infallibly agreeable to the Word of God, all that you say ? I beseech you, in the bowels of Christ, think it possible you may be mistaken. Olivier Cromwell, Lettre à l’assemblée générale de l’Église d’Écosse - 3 août 1650

Le wokisme en tant que phénomène religieux est la proposition que le système de croyance actuel décrit ou auto-décrit sous les vocables alternatifs de progressiste, universaliste, politiquement correct ou plus exactement woke se comprend d’autant mieux s’il est considéré comm... Poursuivre la lecture

Par Juan Luis Manfredi. Un article de The Conversation

Raymond Aron affirme que la démocratie est un idéal politique incommensurable. Cependant, en tant que système, cette dernière laisse peu de place aux émotions fortes. La concurrence entre partis et options politiques se limite souvent aux campagnes électorales où s’opposent des forces politiques munies de programmes convergents. Face à l’ennui qui guette la seule menace à prendre au sérieux est de considérer la démocratie comme une simple procédure, un ensemble d’instruments au ser... Poursuivre la lecture

Par Bruno Sentenac.

La politique, c’est sans doute décider, comme disait Mendès-France, mais c’est d’abord prévoir.

Mais prévoir quoi ? Si les responsables politiques n’avaient à prévoir que… le prévisible, leur tâche serait simple. La difficulté réside dans la capacité à prévoir l’imprévisible, ce qui ne devrait pas se produire.

La disparition de l’Union soviétique et la difficulté de « penser l’impensable »

Au moment où l’on redécouvre Raymond Aron, il faut rappeler que ce penseur puissant et subtil n’avait jamais prévu... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles