Peugeot pourrait lever 3 milliards d’euros auprès de l’État français et de Dongfeng

Une nouvelle péripétie dans l’histoire du groupe PSA qui s’inscrit dans la tradition de l’interventionnisme des politiciens dans le secteur de l’automobile.

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Peugeot pourrait lever 3 milliards d’euros auprès de l’État français et de Dongfeng

Publié le 15 octobre 2013
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Par Vladimir Vodarevski.

Dongfeng Peugeot

Selon une dépêche de l’agence Reuters publiée avant-hier sur différents sites d’information1, PSA Peugeot Citroën s’apprêterait à lever un montant de 3 milliards d’euros à parité auprès du contribuable français et de l’entreprise chinoise Dongfeng. Le ministère de l’Économie et des finances se refuse à tout commentaire pour le moment, et Peugeot a formulé une réponse laissant la porte ouverte à toutes les possibilités, ce qui finalement accrédite l’information.

Les Français vont donc peut-être payer 1,5 milliards d’euros pour Peugeot. Ce qui sera certainement présenté comme une défense de l’emploi et de l’industrie en France. En oubliant que la participation de l’État dans Renault n’a pas vraiment permis de préserver l’emploi et l’industrie en France. Renault a diminué ses effectifs et ses volumes fabriqués en France, tandis que la société construit des chaînes de montage au Maroc, en Inde, au Brésil.

Cependant, la véritable raison de cette prise de participation sera sans doute la volonté de garder l’entreprise française. L’État manifeste un intérêt pour le secteur automobile depuis longtemps. C’est un secteur considéré comme stratégique. Ainsi, après la seconde guerre mondiale, le secteur a été réorganisé par l’État. Ce qui explique en partie l’absence en France de constructeur haut de gamme, la fabrication de masse ayant été privilégiée. Plus récemment, chaque trou d’air du secteur a entraîné une prime à la casse. La France a également privilégié le gazole par sa fiscalité, soutenant le développement des véhicules à moteur diesel. Ce qui fait que les motorisations françaises ne sont pas adaptées au marché US, et explique en partie l’absence des constructeurs français de ce marché (le gazole n’est pas consommé par les véhicules des particuliers aux États-Unis). Enfin, le système de bonus-malus aujourd’hui contribue à orienter la demande de véhicules, favorisant les petits véhicules, au détriment des plus gros à plus forte marge.

L’arrivée de Dongfeng serait, elle, parfaitement logique. La Chine est en train de devenir le premier marché de PSA, et le premier marché mondial. Il est donc normal que des investisseurs de ce pays s’intéressent à Peugeot. Une alliance pour l’ensemble du continent asiatique est également parfaitement cohérente. Les modèles de Peugeot et Citroën sont déjà adaptés à la Chine à partir d’un bureau d’étude que la société a installé en Chine. Il est logique que la Chine devienne le centre de décision pour l’Asie.

On va sans doute entendre des commentaires sur le péril jaune, qui va profiter des technologies de Peugeot. À une autre époque, un PDG de Peugeot, Jacques Calvet, mettait ainsi en garde contre les Japonais. Aujourd’hui, Toyota a une usine en France. Dongfeng va profiter des technologies de Peugeot, mais il va payer pour ça. Il peut même offrir des opportunité à la technologie de moteur hybride à air comprimé, présentée par PSA. La France pourrait aussi devenir une tête de pont européenne pour Dongfeng. Et, finalement, pourquoi pas fournir activité et emplois aux usines et bureaux d’études du constructeur français. Cette alliance peut être une opportunité. Mais il faut développer un environnement favorable à l’emploi, comme le Royaume Uni a su le faire, lui qui voit la production automobile augmenter et créer des emplois par l’intermédiaire de Nissan et Land Rover.

Des risques existent, bien sûr, tant les mentalités sont différentes entre les deux pays. Le développement de la Chine constitue également une interrogation : à quel rythme peut-il continuer ? Jamais un pays aussi peuplé n’a connu un développement aussi rapide. PSA a aussi un partenariat avec une autre société en Chine, Changan. Qu’est-ce que ce partenaire va penser d’une alliance avec Dongfeng ? Même si on peut penser qu’une participation de Dongfeng dans PSA aura nécessairement l’aval du gouvernement chinois, ce qui aplanira certaines difficultés.

Des commentaires sur la gestion de PSA peuvent également resurgir. La famille Peugeot a été accusée de privilégier le renforcement du contrôle sur l’entreprise à son développement. En effet, quand PSA a eu des difficultés, la famille a accepté d’être diluée. Mais, ensuite, une partie des bénéfices a été utilisée pour racheter des actions. La famille ne vendant pas d’actions, elle a vu son contrôle augmenter. Sauf qu’il est bien facile de donner des leçons a posteriori. La famille garantissait ainsi le contrôle par des Français du deuxième constructeur européen, ce qui ne pouvait qu’être bien vu par l’État. Si la famille s’était laissée diluer, nul doute que la menace d’une prise de contrôle étrangère aurait été agitée.

Cette nouvelle péripétie dans l’histoire du groupe PSA s’inscrirait donc à la fois dans une tradition et comme un pari sur l’avenir. La tradition de l’interventionnisme des politiciens dans le secteur de l’automobile. Et le pari sur la Chine et l’Asie. Une décision sera prise. Elle sera critiquée, sur le moment, et a posteriori si le pari rate. Elle sera encensée si le pari réussit. Et gageons que les choses seront présentées de la manière suivante : si ça rate, ce sera la faute de la famille Peugeot, si ça réussit, ce sera grâce à l’État.

  1. Dont Le Figaro, ou La Tribune, ou encore Capital.

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