Marseille : la « capitale de la violence » a besoin de libre marché

La répression ne résoudra rien, au contraire, dans la ville phocéenne. Nos politiques doivent revoir les fondements éthiques et économiques de leur interventionnisme « républicain ».

La répression ne résoudra rien, au contraire, dans la ville phocéenne. Nos politiques doivent revoir les fondements éthiques et économiques de leur interventionnisme « républicain ».

Par Emmanuel Martin.

Les quartiers nord de Marseille.

Marseille est la capitale européenne de la culture 2013, mais c’est surtout pour sa violence et sa criminalité qu’elle fait la une ces temps-ci. Elle a même été surnommée par la presse internationale « endroit le plus dangereux de l’Europe pour un jeune ».

Après une intensification de la vague de meurtres supposément liés à la drogue, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a appelé à un « pacte national » pour une répression plus stricte afin de sauver, selon lui, la ville de la violence liée au trafic de drogue (essentiellement l’herbe et le « shit »).

Certains appellent à davantage de subventions – un « plan Marshall » – pour aider les banlieues pauvres de la cité phocéenne. Malheureusement, les politiques prohibitionnistes et interventionnistes ne feront qu’aggraver les choses.

Tout d’abord, les gangs et les meurtres sont liés à la criminalisation même de la vente et de la consommation de drogues. C’est la prohibition qui génère la violence. Parce que l’activité est illégale et que le coût de se faire prendre est élevé, les prix de la marchandise illégale montent, ce qui attire bien évidemment les dealers.

Mais le caractère illégal nécessite un degré d’organisation et de protection, les concurrents recourant à la violence pour protéger leurs « marchés » illégaux. Davantage de répression fondée sur la prohibition conduira davantage de violence, comme en témoigne la guerre contre la drogue aux États-Unis et au Mexique.

Jeffrey Miron, enseignant à Harvard et analyste au Cato Institute, revient d’Amsterdam et voici ce qu’il écrivait il y a quelques jours à propos de la ville hollandaise connue pour sa liberté en matière de drogue et de prostitution :

L’absence de violence n’est pas surprenante. La prohibition, et non la consommation de drogues, voilà la principale raison de l’association entre violence et drogue, prostitution, jeu, ou toute marchandise interdite.

Sur un marché légal, les participants résolvent leurs différends avec des avocats, devant des tribunaux. Sur un marché illégal, ils ne peuvent pas utiliser ces méthodes et recourent à la violence à la place.

Dans un pays dont l’exportation principale est le vin, une boisson pas exactement puritaine faut-il le rappeler, on se demande bien pourquoi tant de raffut à propos des drogues douces. Après tout, les dommages potentiels de l’alcool sont bien pires.

Alors, pourquoi ne pas interdire l’alcool ? Question de cohérence. Évoquer l’idée pourrait au passage aider les politiciens à se souvenir des effets désastreux de la prohibition de l’alcool aux États-Unis dans les années 20, et les faire réfléchir.

En effet, la violence est créée parce que certains politiciens ont décidé que les gens ne devraient pas fumer librement. Avec quelle autorité morale ? La légalisation permettrait d’éliminer la prime gigantesque qui va aux gangsters qui se spécialisent dans des activités illégales et réduirait les risques d’intoxication que l’illégalité crée, les dealers, par définition informels, pouvant vendre des produits coupés dangereux.

Pour les jeunes de ces banlieues, le trafic de drogue est le moyen le plus sûr de sortir de la pauvreté. C’est là le drame. En effet, Marseille est une ville pauvre. Elle est en réalité victime, comme bien des endroits, de politiques nationales fondées à la fois sur des règles complexes et sur l’idée égalitaire d’harmonisation issue de l’idéologie républicaine.

Marseille semble être enfermée dans un cercle vicieux de pauvreté. Une grande partie de la population est d’origine immigrée et pauvre, notamment en provenance d’Afrique du Nord et des Comores.

Un tiers de la population vit en dessous du taux de pauvreté. Le taux de chômage explose dans ses banlieues. Il y a clairement un problème d’intégration. À droite, certains soulignent l’incapacité d’absorber les immigrés.

Pourtant, le problème, ce n’est pas l’immigration. Cette dernière a toujours joué un rôle moteur de dynamisme, en particulier pour cette ville cosmopolite. Le problème est une combinaison de politiques soi-disant « républicaines », essentiellement technocratiques, qui créent des trappes à pauvreté et fabriquent l’exclusion économique, et donc sociale.

Les immigrés pauvres et leurs réseaux économiques sont caractérisés typiquement par une faible productivité. Un faible niveau d’éducation couplé à un faible niveau de division du travail dans le réseau entraine logiquement de faibles salaires et une faible capacité à se conformer à certaines réglementations coûteuses.

Et compte tenu de l’inépuisable inventivité des législateurs français, ces réglementations peuvent être en effet très coûteuses en termes non seulement d’argent, mais aussi de complexité quand on veut faire des affaires en France. En « plaçant la barre trop haute », ces règles doublement coûteuses sont une cause d’exclusion dans les quartiers pauvres.

Un autre aspect rarement débattu de la question est celui du salaire minimum, qui est en même temps « national » (républicain !) et en réalité assez élevé (environ 60% du salaire médian français). Nous savons que le salaire minimum a des effets pervers à l’encontre des gens avec une faible productivité, les excluant du marché du travail.

Mais c’est pire que cela. Un seul salaire minimum, qui plus est élevé, sur l’ensemble d’un territoire national avec des niveaux très différents de développement économique est la meilleure recette pour créer encore plus de divergence de développement, en générant un chômage massif dans les « poches à faible productivité ».

C’est un peu comme si l’on essayait d’imposer le salaire minimum français en Bulgarie ou au Maroc : la plupart des entreprises ne pourraient pas se le permettre étant donné la taille de leur marché et de leurs profits. En forçant des niveaux de salaires trop élevés relativement à la structure des économies microlocales, nos politiques empêchent tout bonnement les communautés pauvres, à Marseille et ailleurs, de faire des affaires et de prospérer.

Pour restaurer l’atmosphère paisible de cette ville magnifique, les politiciens à Paris devraient cesser de fabriquer d’arrogantes règlementations et laisser les gens échanger librement ; comme dans tant d’autres endroits.