Diviser par deux la consommation d’énergie en France, une aberration

centrale nucléaire

Quand François Hollande évoque une réduction de notre consommation d’énergie de 50%, bien peu sont ceux qui y décèlent une quelconque preuve d’imbécillité. Et pourtant

Quand François Hollande évoque une réduction de notre consommation d’énergie de 50%, bien peu sont ceux qui y décèlent une quelconque preuve d’imbécillité. Et pourtant.

Par Vincent Bénard.

Quand Brejnev rencontre Malthus… Cela donne François Hollande et nos écolos

Décréter arbitrairement quel devra être notre niveau de consommation d’énergie en… 2050 relève de la vanité la plus folle. Même Leonid Brejnev annonçait des objectifs de plan à 5 ans, jamais tenus d’ailleurs. François Hollande prétend fixer un cap énergétique pour les 40 années à venir, et personne ne trouve cela présomptueux.

Mais en plus, ce monsieur décrète que nous devrions diviser notre consommation par 2 ! C’est hallucinant d’inculture économique, historique, scientifique. Je ne comprends pas que la communauté économique et scientifique ne se soit pas dressée comme un seul homme pour dénoncer cette stupidité sans nom.

La hausse exceptionnelle de notre niveau de vie entre 1750 et 2013 est la résultante directe de notre capacité à produire de l’énergie pour soulever, transporter, déplacer, calculer, transformer la matière… Pourquoi faudrait-il aujourd’hui inverser cette tendance et rationner notre consommation ?

L’erreur malthusienne

Les malthusiens qui nous abreuvent de ce genre d’absurdités font l’erreur classique de raisonner le monde de 2050 comme une très légère extrapolation de celui d’aujourd’hui. Cette erreur monumentale est celle qui faisait croire aux décideurs de 1890 que si l’humanité croissait au rythme de l’époque, les villes ne pourraient plus gérer l’assainissement des déjections de chevaux utilisés pour les déplacements. Évidemment, ils ne pouvaient pas imaginer l’invention de l’automobile… Les mêmes erreurs ont été faites par ceux qui pensaient que le monde ne produirait jamais assez de cuivre pour étendre le téléphone au niveau mondial. On se souvient aussi des prévisions catastrophistes du club de Rome dans les années 70 qui prédisait que le monde connaîtrait de grandes famines et autres pénuries au tournant du millénaire, faute de maîtrise démographique. Toutes ces prévisions ont été ridiculisées par la réalité : l’ingéniosité humaine à trouvé les voies de contournement les plus astucieuses des difficultés annoncées.

François Hollande reproduit cette erreur malthusienne : la croissance démographique, et la volonté des pays émergents de rapprocher leur niveau de vie du nôtre, fait que les moyens actuels de production d’énergie ne suffiront pas  à contenter tout le monde, et, comme M. Hollande semble incapable de se situer dans une dynamique de progrès, son esprit lui conseille de prôner le rationnement pour tous. C’est évidemment une grave erreur de jugement.

Pénurie d’énergie ? Vraiment ?

Il est quasi certain que non seulement nous consommerons plus d’énergie en 2050 qu’aujourd’hui, mais aussi beaucoup moins d’énergie par unité de richesse produite, car nous serons plus efficients. Et je vais vous dire : ce ne sera pas un problème sauf si, bien sûr, les bureaucrates qui conseillent tous les François Hollande du monde y mettent leurs sales pattes.

En effet, personne ne sait comment nous produirons notre énergie en 2050, mais une chose est sûre : nous ne la produirons pas comme maintenant. Sans pouvoir prévoir quand se produiront les ruptures technologiques intéressantes, on peut espérer des progrès sensibles sur le front de la production énergétique et de son stockage.

Les recherches de laboratoire actuelles nous montrent que dans un horizon de temps raisonnable, des moyens de stockage et de restitution de l’énergie aujourd’hui hors de prix (batteries ou piles à combustibles) verront leur rapport prix performance s’améliorer de façon exponentielle, rendant rentables et désirables de nombreuses énergies qui n’ont aujourd’hui de renouvelables que le nom.

Les filières nucléaires de génération post uranium (thorium, lithium) régleront la question des déchets nucléaires et de la disponibilité du combustible énergétique. Les futures centrales, plus petites, permettront d’adopter des modèles de production différents abaissant considérablement le coût du MWh servi au client final. Parmi les investisseurs qui croient à ces nouvelles générations de réacteurs miniatures propres, citons Bill Gates.

Plus spéculativement, on peut espérer des progrès sur la fusion contrôlée de l’hydrogène. Là, on ne parle plus de simple révolution énergétique mais de réserves quasi inépuisables.

Et à plus court terme, l’exploitation des hydrocarbures schisteux, et demain des hydrates de méthane marins (domaine dans lequel les japonais sont en train d’opérer des avancées intéressantes) retarde les perspectives de pénurie d’énergies fossiles. Notons que la frilosité française en la matière ne sera dommageable qu’à nous-mêmes, le reste du monde n’ayant manifestement pas le même potentiel de bêtise que nous en la matière. Et les technologies de production d’hydrocarbures de synthèse à partir d’Algues génétiquement modifiées n’en sont qu’à leurs débuts.

Même s’il est impossible de déterminer quel sera le rythme de déploiement de ces progrès dans la vie quotidienne, ou d’autres que personne n’imagine encore, car cela dépend de ruptures technologiques par nature imprévisibles, les décennies 2020-2040 ont de fortes chances d’être non pas une ère de restriction énergétique, mais une ère d’abondance, à des prix moyens toujours décroissants. Je pronostique, personnellement, une ère de « révolution énergétique » comparable à la révolution Internet. Mais même si je me trompe d’ordre de magnitude, les progrès seront de toute façon sensibles.

Dans ces conditions, prétendre que notre avenir passe par un rationnement bureaucratique de l’énergie est plus qu’un non-sens : c’est une tentative de sabotage du progrès, une guerre insidieuse de nos écologistes misanthropes et de leurs idiots utiles socialistes contre les aspirations au mieux-être de l’immense majorité des êtres humains.

J’exagère ? Je crois trop au progrès ? Pourtant, regardez le monde il y a 40 ans seulement, juste au moment du premier « choc pétrolier ». Fessenheim était encore en construction. André Truong inventait le micro ordinateur et personne ne le savait. Steve Jobs et Bill Gates se demandaient s’ils avaient un avenir. Internet n’était même pas concevable. Le génie génétique était une vague idée un peu fumeuse, le premier scanner médical était encore en R&D dans son laboratoire. Et entre 1980 et 2008, le PIB à monnaie constante de la France par Tonne Équivalent-pétrole consommée a augmenté de 25%. La progression de nos principaux partenaires de l’OCDE est même légèrement supérieure (source : banque mondiale). Non, nous ne gaspillons pas notre énergie !

La « transition énergétique » : que l’État ne s’en mêle pas !

D’une façon générale, le concept de « transition énergétique » pilotée par un État stratège est contestable, même si les tenants de ce concept n’auront de cesse que de citer « la réussite de notre programme nucléaire » pour nous convaincre du contraire.

Les transitions énergétiques se sont produites de tout  temps et naturellement, sous l’effet de deux mécanismes bien connus :

  1. Le prix :  un mécanisme de prix libres, quand une ressource diminue, son prix augmente, rendant la recherche de substituts intéressante.
  2. L’entreprise :  un mécanisme de recherche du profit (par de vilains humains cupides) qui pousse les êtres humains à rechercher des moyens de mieux répondre aux attentes des autres humains que ce qui existe, dans l’espoir – jugé honteux par nos socialistes – de devenir riche, et avec le risque de tout perdre en cas d’échec.

C’est ainsi que le moulin à vent a été remplacé par la machine a vapeur, elle même supplantée par le moteur à explosion et le moteur électrique, que les centrales au fuel ont perdu du terrain face au gaz, qu’on ne trouve plus guère de poêles à charbon dans nos masures, etc. Et ce sans qu’un ministre du poêle à mazout n’ait eu à lancer un grand plan quinquennal de la chaudière.

Et, comme l’a bien résumé l’ancien ministre du pétrole Saoudien, Sheikh Yamani, qui devait s’y connaître un tout petit peu en hydrocarbures, « l’âge de pierre ne s’est pas terminé par manque de pierres », sous entendant que lorsque nous cesserons d’utiliser du pétrole, il en restera encore beaucoup sous terre, simplement, d’autres énergies seront devenues plus rentables. Bref, les évolutions de notre mix énergétique se produiront « naturellement » par l’émergence de progrès technologiques nés de la combinaison de prix libres et d’entreprises individuelles.

Notre programme nucléaire n’est pas un contre-exemple valide

Une évolution purement privée de notre mix énergétique devrait en outre inciter les producteurs à ne pas reproduire certains des travers  de l’action des États concernant le nucléaire : mauvaise prise en compte des coûts de démantèlement et du traitement des déchets, et prise en compte perfectible du coût du risque accidentel, qui n’est pas assurable. Sans sombrer dans l’anti-nucléarisme primaire, il semble aujourd’hui admis que l’influence des États sur ce secteur a tendu à sur-privilégier la filière uranium, la seule exploitable pour produire des armes, sur d’autres voies sans doute plus prometteuses au plan de la sécurité. Mais au moins notre programme nucléaire prétendait il augmenter la disponibilité de l’énergie pour les populations, pas la rationner.

Cependant, l’étude des données de la banque mondiale sur l’évolution de notre PIB par unité d’énergie consommée montre que nous nous sommes moins améliorés entre 1980 et 2010 que nos principaux concurrents : Suisse, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni, tous sont plus efficaces énergétiquement que nous aujourd’hui, et certains nous ont doublé durant la période (cf. graphe ci dessous).

Or, ces pays produisent presque tous moins de 30%  (Suisse : 40%) de leur électricité depuis le nucléaire (source), et l’Italie a totalement abandonné cette filière depuis 1987 (cf graphe ci dessous).


On peut donc dire que notre choix public unique au monde d’une électricité « à 80% nucléaire » ne nous a procuré aucun avantage compétitif évident sur nos partenaires, en termes d’efficacité énergétique ou de prospérité. Le programme nucléaire français ne peut donc pas être pris comme la preuve qu’une « transition énergétique étatique » serait supérieure à des choix différents opérés par le secteur privé.

Quand l’État s’emmêle

Prix et entreprises libres garantissent que la société civile trouvera sans difficultés les solutions aux défis énergétiques futurs. Ce phénomène d’amélioration naturelle sera par contre contrarié, si, bien sûr, l’État nous force à distraire des milliards de ressources dans des lubies non rentables et subventionnées : dans ce cas, les « vrais progrès » seront retardés d’autant, faute d’argent à y consacrer, et parce que les vraies avancées d’entrepreneurs capitalistes seront soumises à la concurrence déloyale de filières énergétiques intrinsèquement nulles mais subventionnées, aux mains de chasseurs de primes sans le moindre talent entrepreneurial, voire de véritables mafias, comme l’éolien aujourd’hui.

M. Hollande fixe le coût de la « transition énergétique » à 20 milliards par an sur 40 ans (et, oubliant toute notion d’actualisation, annonce donc un coût total de 800 milliards, sans commentaire…), et met en regard de cette somme jugée élevée, à juste titre, « le coût de l’inaction ». Mais, avec tout le respect que je vous dois, Monsieur le Président, la société civile, privée et apolitique, ne restera pas inactive ! Au contraire, elle sera d’autant plus capable  de trouver les bonnes solutions aux problèmes qui se présenteront à elle que vous ne la castrerez pas fiscalement, et ne lui imposerez pas d’explorer obligatoirement les voies jugées prometteuses par vos seuls technocrates, au détriment des autres.

Quant aux « emplois de transition écologique » subventionnés, dont M. Hollande nous assure qu’ils seraient le fer de lance de notre future prospérité, ils sont comme tous les emplois de cette pseudo filière verte : un emploi subventionné détruit ou empêche la création d’au moins deux emplois auto-suffisants privés. Prendre pour prétexte les « créations d’emplois verts » ou « la croissance verte » pour justifier ces subventions est une hérésie qui devrait mener ses partisans au ridicule éternel. Que l’État ne se mêle plus d’emploi, par pitié !

Bref, à tous ceux qui seraient tentés de croire à l’éco-catastrophisme énergétique et à la sagesse de l’État pour y remédier en pilotant une « transition écologique » pensée par l’élite administrative, ne tombez pas dans ce piège étatiste grossier. Ces concepts ne sont qu’une traduction modernisée du fantasme soviétique qui semble encore agiter de soubresauts de plaisir la classe politico-bureaucratique de ce pays.

Lire également :

 —