Janet Yellen, future gouverneur de la Fed ?

Janet Yellen, l’actuelle vice-présidente de la Fed, serait favorite dans la course à la succession de Ben Bernanke. Un poste éminemment stratégique pour l’économie américaine et mondiale.

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Janet Yellen (Crédits IMF, licence Creative Commons)

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Janet Yellen, future gouverneur de la Fed ?

Publié le 18 septembre 2013
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Janet Yellen, l’actuelle vice-présidente de la Fed, serait favorite dans la course à la succession de Ben Bernanke. Un poste éminemment stratégique pour l’économie américaine et mondiale.

Par Charles Sannat.

La Fed va-t-elle stopper ses quantitative easing comme nous l’a expliqué depuis quelques mois Ben Bernanke, son prochainement futur ex-gouverneur ? Cette question taraude évidemment les marchés dans leur ensemble tant ces derniers sont dépendants de cet argent gratuit, de cette fausse monnaie.

Les dernières nouvelles en provenance des États-Unis indiquent que c’est Janet Yellen, l’actuelle vice-présidente de la Fed, qui serait favorite dans la course à la succession pour ce poste éminemment stratégique pour l’économie mondiale dans son ensemble.

États-Unis : Janet Yellen, une experte à la réputation de « colombe »

Pour ceux que la biographie de Janet Yellen intéressent, vous pourrez lire l’ensemble de son portrait dans cet article de l’AFP. Pour résumer, disons que c’est une économiste respectée, proche de l’élite économique progressiste (c’est-à-dire démocrate) et qui a passé un tiers de sa carrière à la Fed.

Madame Yellen a plus de douze ans d’expérience au cœur même de la politique monétaire américaine. Membre en titre du FOMC, le Comité de politique monétaire de la Fed, elle y a toujours été considérée comme une « colombe », davantage préoccupée par la question du chômage que par l’inflation. En d’autres termes, elle a toujours soutenu la politique de création monétaire de Ben Bernanke et partagé avec ce dernier l’analyse qui consiste à dire qu’il vaut mieux imprimer tous les billets nécessaires afin de ne jamais tomber dans le piège de la déflation.

Le fait qu’elle revienne dans la course au poste de gouverneur de la Fed est à mon sens très lourd… de sens.

Comme vous le savez, je ne crois pas un seul instant que la Banque centrale américaine puisse réellement stopper ses injections de monnaie tant nous sommes tous allés collectivement trop loin dans la manipulation de l’ensemble des marchés de capitaux à commencer par le plus important d’entre eux… le marché obligataire, c’est-à-dire celui de la dette des États.

Les dettes, justement, ont atteint des niveaux jamais vus. Toute augmentation sensible et durable des taux d’emprunt se traduira par des difficultés budgétaires totalement inédites et certainement rapidement catastrophiques menant à l’insolvabilité généralisée.

Alors je maintiens mon analyse consistant à dire que Ben Bernanke, pour accréditer l’idée d’une véritable reprise, pour renforcer l’image de l’Amérique, pour tenter de montrer que le Roi Dollar n’est pas nu, réduira symboliquement dans un premier temps ses injections. Les 85 milliards de dollars mensuels deviendront 80… Ce qui ne changera rien ou presque au point de vue macroéconomique mais en termes de gestion politique cela peut s’avérer efficace, participer à la reprise de la confiance et contribuer à maintenir l’illusion d’une suprématie économique mondiale des États-Unis.

Puis ces pieuses bonnes intentions monétaires viendront se fracasser sur la triste réalité d’une reprise virtuelle, totalement inventée et achetée à crédit avec des tombereaux de fausse monnaie. Chômage très élevé et qui ne baisse pas en dehors de facteurs malsains comme l’augmentation phénoménale des temps partiels de la part des entreprises pour éviter les charges liées à Obamacare. La fin du mirage des gaz de schiste dont on vous parle beaucoup moins depuis quelques semaines et je vous annonce que cela va se poursuivre et que l’expression gaz de schiste risque de disparaître de l’actualité dans la mesure où de plus en plus de sociétés de ce secteur tombent en faillite, que les réserves de chaque puits ont été doublées. Estimées initialement à 10 ans… elles sont au mieux de cinq. Bref, d’un côté les cours de l’énergie se sont effondrés aux États-Unis, poussant à la ruine les sociétés exploitantes, et de l’autre cela n’a pas permis la réindustrialisation tant vantée. La courbe de l’emploi industriel est toujours aussi plate.

Enfin, le déficit budgétaire américain repart à la hausse, les taux d’intérêt augmentent depuis 6 mois, ce qui va se répercuter sur les emprunts des Américains quasiment tous… à taux variable. Un coup de froid important est à prévoir sur les crédits étudiants (1 000 milliards de dollars), sur les crédits immobiliers, sur les prix immobiliers et sur l’investissement des entreprises puisque les taux sont orientés à la hausse.

L’économie américaine n’est donc tout simplement pas assez solide pour se passer d’une politique monétaire laxiste, raison pour laquelle je pense qu’il s’agit d’une manipulation de court terme qui nous aura occupé pendant plus d’un an. Il y a un an, on a commencé à l’évoquer. Il y a 6 mois, on a commencé à en parler plus. D’ici un mois, on fera un petit pas dans cette direction. Puis début 2014, lorsque Janet Yellen prendra son poste de « gouverneuse », elle aura un peu de mou pour faire un grand pas dans l’autre sens. C’est exactement ce qu’avait fait Jean-Claude Trichet en préparant le terrain à Mario Draghi et en nous ayant expliqué qu’il allait augmenter fortement les taux d’intérêt… Et nous avons bien vu ce qu’il est advenu.

Crise financière : la Maison Blanche dresse son bilan… en vue du débat sur la dette

Autre élément à avoir en tête lorsque l’on essaie de comprendre quelle peut être la politique monétaire américaine : c’est un article du Monde qui revient sur un rapport de 49 pages de la Maison Blanche concernant le bilan économique de l’administration Obama en vue du débat qui se profile sur le relèvement du plafond de la dette. « On est sorti du gouffre, on a évité la deuxième Grande dépression, et on est tous d’accord pour dire qu’il y a un long chemin à faire pour créer plus d’emplois » selon le conseiller économique. Ce qui revient à dire que le chômage… ne baisse pas.

« Selon les comptes de la Maison Blanche, les ménages américains ont recouvré 14 700 milliards de richesse et la valeur des actifs immobiliers a progressé de 2 800 milliards de dollars après son plancher de début 2009. » Ce qui revient à dire qu’il fallait relever tous les cours des marchés au cric, y compris de façon malsaine, y compris avec de la fausse monnaie, pour tenter de faire croire à un effet richesse. Sans succès.

Il est évident que réduire la création de monnaie de la part de la Fed et demander d’augmenter le plafond de la dette et donc le déficit budgétaire dans le même temps n’a aucun sens économique. En tout cas, cela ne changera rien et prouve bien à quel point l’économie américaine ne peut se passer d’argent gratuit. Or si la Fed arrête sa création de fausse monnaie, pour remplacer tout cela par des vraies dettes de l’État fédéral… alors avec plus de 16 500 milliards de dollars de dettes cumulées, les États-Unis d’Amérique iront directement vers l’insolvabilité et le défaut de paiement.


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  • La limite de la politique « impressionniste » de la Fed est la confiance. Il arrivera un moment où les marchés baisseront à cause des doutes sur ses conséquences. Ce sera alors la fin : chute si on la poursuit, effondrement si on l’interrompt. L’écart entre les taux directeurs et les taux de marché est le premier signe de la défiance.

    Comment a-t-on pu laisser l’économie mondiale dépendre d’un seul homme ou même d’un groupe aussi restreint ? Comment peut-on accepter qu’en une phrase, un Bernanke puisse faire chuter les cours mondiaux de 10 ou 20% en quelques jours ? Plus on l’analyse, moins cette situation paraît acceptable.

    • Si l’économie mondiale dépend de la Fed, c’est parce qu’une partie, émergente, en a bien profité pour émerger, et qu’une autre, déclinante, serait sinon passée depuis longtemps au fond du trou.

  • Et donc la solution ?

    • La solution est la concurrence monétaire au sein de chaque territoire des actuelles monnaies monopoles. Une institution financière, pour être autorisée à travailler, devrait être légalement contrainte d’émettre et de détruire sa propre monnaie, indépendamment des autres intervenants sur le marché monétaire. Cette obligation est indispensable pour que, collectivement, nous ne soyons plus comptables, intimement solidaires, des erreurs des banques. S’il ne devait rester qu’une seule réglementation financière, il conviendrait de retenir celle qui imposera, tôt ou tard, la privatisation de la monnaie.

      • Mais vous savez bien que cela n’arrivera pas.
        Et donc en attendant la fed fait ce qu’elle peut, c’est-à-dire jongler entre le court terme des marchés (taux d’intérêts bas) et le long terme de l’économie réelle qui implique de les relever. C’est insatisfaisant mais je ne vois pas quoi faire d’autre.

        • « vous savez bien que cela n’arrivera pas » : tout ce que je sais, c’est qu’on ne peut ni « jongler », ni tricher éternellement avec la réalité. Plus on attend, plus la correction sera douloureuse.

  • « elle y a toujours été considérée comme une « colombe », davantage préoccupée par la question du chômage que par l’inflation. »

    Cette phrase démontre bien la déliquescence de la pensée journalistique et économique. Il faudrait donc choisir entre le chômage et l’inflation comme entre l’austérité et la croissance. On continue à entretenir l’illusion qu’aucune politique monétaire ne peut conduire à la fois à un faible taux de chômage et à un faible taux d’inflation. C’est dire à quel point le keynésianisme s’est répandu et avec lui le court termisme. Il n’y aurait donc que 2 choix possibles : 1/ un faible taux de chômage et une inflation forte, ou bien 2/ un fort taux de chômage et une inflation faible. Et les banquiers centraux seraient pressés de choisir entre l’une des deux options. Il est vrai qu’une politique « d’argent facile et bon marché » permet à certains de s’enrichir facilement et on comprend dès lors que ceux-ci poussent pour qu’une telle politique soit menée. C’est pour cela que les politiques keynésiennes ont autant de succès : elles permettent à certaines catégories influentes de s’enrichir aux dépens des autres sans aucun effort (i.e d’obtenir de l’argent gratuitement).

  • Ah la la, malheureux ! Vous avez oublié le « e » à « gouverneur » !
    Mais rassurez-vous, à votre place j’en aurais fait autant…

  • 20:00 No taper !
    20:01 Moi j’ai peur.

  • Les commentaires sont fermés.

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Nicolas Tenzer est enseignant à Sciences Po Paris, non resident senior fellow au Center for European Policy Analysis (CEPA) et blogueur de politique internationale sur Tenzer Strategics. Son dernier livre Notre guerre. Le crime et l’oubli : pour une pensée stratégique, vient de sortir aux Éditions de l’Observatoire. Ce grand entretien a été publié pour la première fois dans nos colonnes le 29 janvier dernier. Nous le republions pour donner une lumière nouvelles aux déclarations du président Macron, lequel n’a « pas exclu » l’envoi de troupes ... Poursuivre la lecture

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Aurélien Duchêne est consultant géopolitique et défense et chroniqueur pour la chaîne LCI, et chargé d'études pour Euro Créative. Auteur de Russie : la prochaine surprise stratégique ? (2021, rééd. Librinova, 2022), il a précocement développé l’hypothèse d’une prochaine invasion de l’Ukraine par la Russie, à une période où ce risque n’était pas encore pris au sérieux dans le débat public. Grand entretien pour Contrepoints par Loup Viallet, rédacteur en chef.

 

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