L’isolement stratégique de la France en Europe

L’affaire syrienne a achevé d’isoler François Hollande de ses partenaires européens. Et de ses concitoyens.

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L’isolement stratégique de la France en Europe

Publié le 15 septembre 2013
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L’affaire syrienne a achevé d’isoler François Hollande de ses partenaires européens. Et de ses concitoyens.

Par Sophie Quintin-Adali.

Malgré l’absence d’une politique étrangère commune de l’Europe sur la Syrie, la France se trouve remarquablement seule à proposer une intervention militaire.

À Saint-Pétersbourg, les dissensions européennes ont éclaté au grand jour quand les représentants des institutions européennes se sont clairement ralliés à la ligne non-interventionniste de l’Allemagne. Et depuis que le veto parlementaire britannique a coupé le sifflet de David Cameron, la voix de la « France guerrière » s’est trouvée à peine audible dans la cacophonie ambiante de cet événement. Ce fiasco européen du G-20 a entraîné un exercice de rétropédalage prévisible, les 27 exigeant de concert une « réponse claire et forte ».

On peut débattre de ce que leur logorrhée puisse être prise pour un soutien politique à des frappes militaires, et c’est d’ailleurs ce que les commentateurs français, plutôt à gauche, affirment. Unis derrière un président « normal » marginalisé, la presse subventionnée par l’État fait ce qu’elle peut pour relayer l’opinion présidentielle à un public sceptique. « Mais non ! » scandent-ils à l’unisson, « le président n’est pas seul. »

Le président US Barack Obama a dû sentir que sa fragile coalition risquait de perdre son plus puissant allié à l’Ouest. Le secrétaire d’État John Kerry a lancé son opération séduction. « La France est le plus vieil allié de l’Amérique » a-t-il dit. En effet, la victoire navale de l’Amiral de Grasse à la bataille de Chesapeake (en 1781) et l’envoi d’une force pour rejoindre l’armée de George Washington ont été décisives pour renverser le cours de la guerre d’indépendance américaine.

Mais l’intervention de Louis XVI aux côtés des insurgés contre la perfide Albion fournit peu d’indices quant à l’utilité d’une nouvelle intervention militaire au Moyen-Orient. Par contre l’histoire française en Syrie peut en offrir.

Par ironie de l’histoire, le grand-père de Bashar al-Assad (Ali Suleyman) s’était distingué, recevant en récompense le surnom « al-assad », « le lion », en combattant pour la même armée française qui s’apprête aujourd’hui à bombarder des cibles syriennes.

La domination française s’est terminée dans l’opprobre par le bombardement de Damas (en 1945) destiné à « punir » une faction rebelle de plus, au prix de centaines de vies innocentes. Une fois les dernières troupes évacuées sous la pression britannique (en 1946), la Syrie s’est enfoncée dans un ressentiment sectaire. L’ingérence française en Syrie est restée comme une illustration des limites des manœuvres étrangères à manipuler cet environnement hautement complexe, tant ethniquement que religieusement.

Le conflit en cours est une tragédie mais il n’y a pas lieu de croire qu’une petite série de frappes mettrait fin à l’horreur quotidienne. Cela pourrait même propager le conflit par delà les frontières du pays et déstabiliser la région.
Alors que le président Hollande persiste à vouloir « punir » le régime d’al-Assad pour son usage supposé de gaz Sarin, il serait peut-être temps pour lui de réfléchir à une autre leçon de l’Histoire.

Isolé de son propre peuple (64% des Français désapprouvent une intervention militaire), il pourrait s’exposer localement à des conséquences politiques imprévues. Les aventures de Louis XVI à l’étranger avaient meurtri les finances du royaume, accélérant sa chute et la Révolution de 1789. En 2013, la France croule sous les dettes et la politique économique socialiste de son gouvernement se révèle être un franc désastre, dans la même veine.

Cette incursion militaire en Syrie pourrait-elle être l’intervention de trop pour l’impopulaire président français ?


Une première version de cet article a été publiée en anglais par l’Hurriyet Daily News.

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  • Si je ne me trompe, l’intervention française de 1945 à Damas devait encore avoir un lien avec les restes d’un empire ottoman moribond. Phase finale d’un empire complètement défait en tant qu’allié des NAZIS de Hitler ?

    Dans nos temps actuels, sur des motivations contrastées, les deux « régimes » :
    – US de B-Hussein O. entouré d’un aéropage servile (dont un Kerry, piètre diplomate)
    et
    – FR d’un Flamby entouré d’une smalah de courtisans ignares et retors confondus
    ne savent chacun que faire preuve d’un mental borné, au niveau des sourcils.
    Il est heureux qu’il se trouve d’autres politiques européens (et les russes, pas du tout bégueule) pour estimer finement les pro/cons d’une intervention là-bas. Milieu d’une poudrière dont les dommages collatéraux seraient encore bien pires que ceux horriblement sanglants d’une guerre civile … aggravée par des actions de reconquête d’origines mêlées sunnites, shiites et ces milices jihadistes d’al Qeda.

    La France (et avec le recul, les US d’Obama) perdent ainsi leur crédibilité aux yeux du monde entier.

    • la turquie n’a jamais été l’allié des nazi, comme franco, elle a prudement gardé ses distance pendant la deuxième guerre mondiale. c’est lors du premier conflit mondial que la turquie des jeunes turcs était l’allié de l’allemagne. la présence de la france en syrie entre 1919 et 45 découle de la résolution calamiteuse de révolte arabe et de la conquète du levant par l’armée anglaise d’alenby: les accords sykes-picot partageant la region entre la france et l’angleterre, alors que la première n’avait pas participé à la conquète.
      l’époque est interressante à connaitre car elle conditionne en grande partie l’évolution de la region, et à une influence notoire sur l’histoire du 20ième siècle:
      les occidentaux roulent dans la farine les prince hachémites, qui avaient été les principaux organisateur de la révolte arabe anti-turc. ne leur laissant finalement que le royaume jordanien. or ceux-ci, contrairement à la dinastie saoud qui s’emparre de la péninsule arabique en 1924, étaient progressistes et volontier  » pro-occidentaux.  »
      on voit bien que la france, qui n’est déja pas capable de commander chez elle, est trés peu légitime à aller règler les problème du proche orient, qu’elle a elle mème contribué à créer.

      • Il y a quand même eu une campagne militaire française en Cilicie et en Syrie de 1919 à 1921.

        • bien sur ! aprés qu’elle eu gagner la syrie sur le papier, sans combattre, il fallait bien qu’elle envoie de troupe sur le terrain pour s’assurer de sa  » conquète  » . est faire barrage à la reaction kemaiste en turquie.
          d’ailleur il n’est pas exacte de dire que la france n’ a pas participé à la revolte arabe: il y avait des unités de volontaire maghrebin épaulé par des officiers français, mais par rapport aux forces anglaises, c’était négligeable ! les accords sykes – picots sont du au fait que depuis napoléon 3, la france se voyait comme la protectrice des chrétiens d’orient. or ceux-ci ont été sacrifiés lors de la guerre civile libanaise. aujourd’hui, la france ne les défend plus, mais défend leur pire ennemi, les djihadistes.

  • Que dire de Mr Harlem Désir qui traitait les non interventionnistes et donc toute l’Europe de « Munichois ».
    Le secrétaire du premier parti de France qui insulte tous ses partenaires, c’est inouï.

  • (en mode tres ironique)je n’ai pu m’empecher de penser à oblabla,kerry,mollande et fabius en lisant « petite serie de frappes »…

  • Oui, la France est profondément isolée en Europe. En quelques années, nos politiciens crétins ont réussi l’exploit de déclasser le pays du rôle de leader à celui de débiteur impuissant et bientôt soumis, exclu des débats décisifs.

    Au-delà de l’épisode syrien, une fois les élections allemandes évacuées, le discours de l’Europe envers la France socialiste va changer radicalement. Aucun de nos partenaires n’oubliera l’attitude hautaine passée de l’administration française envers les « petites » nations, au prétexte que la France était un membre fondateur de l’Union.

    La voix de la France n’est déjà plus qu’un murmure inaudible qui ne provoque plus que moquerie et hilarité parmi les nations, le contre-exemple parfait, la caricature de ce qu’il ne faut surtout pas être ou devenir.

  • Avant même de partir sur des considérations géopolitiques, une simple constatation: nous n’avons pas les moyens de nous permettre de dépenser des millions d’euro dans une mission de bombardement…

  • Hollandou en battle dress rose, Houh ça fait peur !

  • Aprés être devenu les larbins des USA et d’Israël, nous voilà également devenu également les larbins du Qatar et de l’arabie Saoudite. Jusqu’où descendrons nous pour faire croire que nous sommes encore une grande puissance.

  • Grosflop savait fort bien que l’opinion française était opposée à une intervention, tout aussi bien que les Européens l’étaient.
    Sa petite crise véléitaire n’était destinée qu’ à tenter, une fois de plus, à impressionner les Français qui le jugent trop mou et inexistant, façon Flanby: l’impuissance est toujours démonstratrice de son inaction. Et Normalito nous en a donné la magnifique confirmation. Et de surcroît, il pense que ça marche, puisqu’il ce soir il en rajoute une couche en tentant de nous faire avaler la pilule.
    Pendant ce temps-là, motus du chômage qui continue de grimper, des taux qui « frémissent » (mais pas dans le bon sens), des faillites d’entreprises, des exodes de cerveaux et de managers de multinationationales (avec tout leur staff), de l’éducation dont le niveau plonge irrémédiablement, de la justice rendue à la tête du con (euh, client), etc. etc.

    • En fait, Valoche a été très émue par les horreurs en Syrie et elle a enjoint Flanby de faire quelque chose et comme elle cogne dur, il file doux.

  • La France est isolée en Europe mais aussi dans le monde. Obama pouvait très bien bombarder la Syrie en se passant de l’avis du Congrès mais comme il n’était pas très chaud pour le faire, il voulait au moins ne pas en prendre la responsabilité seul.

    La Russie a très bien vu cet embarras et comme elle ne souhaitait pas que l’Amérique se décide malgré tout à bombarder la Syrie, cela aurait été la preuve qu’elle est militairement incapable de protéger un allié, elle a sorti de son chapeau (un peu soufflé par Kerry paraît-il) cette idée de destruction des armes chimiques d’Assad.

    Il s’agit d’un coup de maître pour deux raisons :
    1) il y a peu de chance que le dictateur syrien s’en (re)serve de sitôt de ces armes, il sait que les chances d’être bombardé dans ce cas seraient de 100%. En gros, on peut les détruire puisqu’elles ne servent plus à rien.
    2) La Russie s’offre une jolie victoire diplomatique car il ne faut pas s’y tromper, c’est bien elle qui a gagné.

    Les USA sauvent malgré tout l’honneur et Obama s’offre une porte de sortie honorable mais la France est en revanche ridiculisée.
    Sa motion déposée à l’ONU reconnaissant le régime Assad comme le responsable de l’attaque chimique du 21 août et sa demande de placer toute résolution sous Chapitre VII ont été balayés d’un revers de main par les Russes et Fabius zappé de Genève.

    La France a soutenu une logique militariste jusqu’au boutiste sans se rendre compte que l’administration américaine n’était pas dans ce délire. Comme elle n’a pas les moyens de mener une opération militaire seule, la conclusion s’impose d’elle-même : game over! Fabius et Hollande feraient maintenant mieux de se taire car chaque déclaration les enfoncera un peu plus.

    • finalement, la seule guerre que fabius est capable de mener, c’est contre greenpeace en plastiquant un chalutier dans le port d’auckland.

      quel conquérant !!

    • Ils sont pitoyables.

    • Le sacrifice de la Syrie n’est pas nul, car son arsenal chimique était la seule arme de dissuasion qu’il possédait face à ses (nombreux) ennemis externes mais surtout Israël qui possède en plus l’arme nucléaire.

  • Les commentaires sont fermés.

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