South Park : un humour transgressif au service de la liberté

South Park

South Park, une série télévisée corrosive, avec un message radicalement pro-liberté.

South Park, une série télévisée corrosive, avec un message radicalement pro-liberté.

Par Franck Elkeslassy.

L’humour féroce et acerbe qui vise à choquer est l’une des meilleures armes permettant de  déclencher la réflexion face au rouleau compresseur du politiquement correct et à une certaine standardisation de la pensée. Par sa nature intrinsèquement transgressive et choquante, la satire vise à ridiculiser une situation ou une personne afin de faire réfléchir.

Dans ce domaine, la série télévisée South Park excelle à nous montrer les travers liberticides de l’Amérique contemporaine. Cette série a fait l’objet de nombreuses analyses aux États-Unis quant à son influence et à l’impertinence de son discours.

Elle a été créée en 1997 par Trey Parker et Matt Stone, qui se sont revendiqués à plusieurs reprises comme libertariens. Compte tenu de la nature variée de ce courant de pensée aux États-Unis, il faut chercher dans les différents épisodes de la série le sens que ce mot peut revêtir pour leurs créateurs. Et il faut dire que leur vision de la liberté est à la fois cohérente et très éloignée de l’habituelle clivage gauche (« liberal ») / droite (« conservative »).

Si les critiques ont pu reprocher à la série d’être vulgaire en utilisant à outrance des insultes et images choquantes, on peut également constater que ces excès se révèlent en fait salutaires par les limites qu’ils repoussent créant ainsi un nouvel espace de liberté d’expression.

La série a abordé de façon frontale tous les sujets sensibles que le politiquement correct a désigné comme inabordable ou abordable sous conditions. Les créateurs de South Park se sont amusés à faire exploser ces tabous (notamment sur la religion, les handicapés ou les pauvres) tout en distillant intelligemment la réponse libertarienne la plus adaptée à chaque situation.

Ce qui est particulièrement marquant et différenciant pour cette série est son analyse de la libre entreprise qui a rarement fait l’objet d’une défense aussi juste et argumentée.

Pour bien comprendre la portée de leur analyse et la profondeur de leur réflexion, il faut revenir sur certains épisodes qui ont marqué cette série depuis sa création.

L’épisode sur Walmart installant un imposant magasin dans la petite ville et menaçant de ce fait les petits commerçants est exemplaire. Le magasin est représenté sous une forme menaçante et envoûterait les habitants de la ville qui délaisseraient les petits commerces jugés trop chers. Alors que l’opposition et le boycott s’organisent, le magasin disparaît sous les flammes mais renaît étrangement de ses cendres pour continuer à attirer des consommateurs plus nombreux.

Les héros de la série sont alors amenés à se demander quel type de pouvoir magique peut expliquer cette situation et quand ils pénètrent enfin dans le cœur du magasin, ils découvrent que l’origine du pouvoir de Walmart est en fait le consommateur (la réponse leur vient d’un miroir qui renvoie leur image). À sa manière très pédagogique, la série explique alors que le consommateur plébiscite chaque jour l’enseigne qui lui apporte la meilleure satisfaction et que si c’était vraiment les petits commerçants locaux que les habitants voulaient privilégier, ils l’auraient fait.

Ce n’est donc pas une défense corporatiste du « Big Business » qui est proposée mais la légitimité du libre choix du consommateur qui peut aboutir à l’établissement de très puissantes chaines de magasins. On est loin de la rhétorique simpliste mettant constamment en opposition le petit commerçant, nécessairement honnête et désintéressé, contre la multinationale malfaisante.

Ceci est particulièrement flagrant dans l’épisode présentant une chaîne de restauration (« Harbucks ») s’installant à South Park et cherchant à racheter le coffee shop local. Le gérant essaie alors d’obtenir la protection du gouvernement en plaidant la supériorité morale du petit commerce et l’aspect destructeur des grandes entreprises. Il arrive à enrôler toute la ville pour essayer de faire une loi empêchant Harbucks de s’installer à South Park. La série passe en revue la façon dont le biais anti libre marché est installé dans les médias ainsi que l’importance donnée à l’émotion plutôt qu’à la réflexion.

C’est à ce moment que la série fait entrer en scène des petits êtres, les gnomes (que certains commentateurs ont comparé à une représentation symbolique de la main invisible), qui vont expliquer aux quatre héros de la série comment fonctionne le libre marché. La rhétorique politicienne s’efface alors et la moralité de l’épisode est que le marché doit rester le lieu où la compétition entre entreprises s’opère et non l’arène politique.

Il est difficile d’énumérer tous les épisodes marquants et intelligents de cette série.

Il convient donc de la revoir (elle est régulièrement diffusée sur le câble et la TNT) pour apprécier pleinement la pertinence d’analyse de ses créateurs mais également à faire découvrir à toutes les personnes susceptibles d’être intéressées par ces thématiques. Elles découvriront ainsi qu’il est possible d’expliquer des concepts comme la libre entreprise ou la liberté d’expression sous un angle à la fois humoristique et très argumenté.

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