Halte au snobisme, le vin US est meilleur !

« J’ai pourtant essayé mais, définitivement, je ne suis pas un snob du vin. »

« J’ai pourtant essayé mais, définitivement, je ne suis pas un snob du vin. »

Par Jeffrey Tucker, depuis les États-Unis.

Les vins Gallo.

Oui, je suis allé aux dégustations de vin, avec des fiches à remplir à chaque gorgée. J’ai comparé le cru 1984 avec le 1986 d’une variété de vin français et commenté leurs différences subtiles. J’ai sifflé, tournoyé et appris à simuler une révélation à la simple odeur d’un blanc léger ou d’un gros rouge.

Et j’ai écouté les dégustateurs parler de « framboise », « citronnelle », « chêne », « cuir de selle » et de « paillis d’épicéa ». Et à l’écoute de ces mots, le vin dans votre main reflétait magiquement ces propriétés. Ensuite, vous découvrez avec embarras que les autres personnes ne parlent pas du même vin que vous.

Bref, je vais juste le dire. Après avoir essayé toute ma vie, je ne peux plus faire semblant. Je ne suis pas un snob du vin. J’aime tout. Tous les vins. J’avais l’habitude de mettre la limite aux grosses cruches avec des boutons à vis, mais même plus. J’aime ces vins aussi. Je peux acheter une caisse au hasard n’importe où, la ramener chez moi et apprécier chaque bouteille.

Je ne fais même plus semblant d’être critique. Tous les vins sont merveilleux. Bien sûr, il y a des différences et si deux vins sont côte à côte, je peux facilement les distinguer. Et si jamais une grande bouteille apparaît devant moi, je le sais, je l’aime et je le dis. Mais est-ce que je l’aime plus qu’une bouteille dix fois moins chère ? Un peu, mais pas tant que ça.

Comment je choisis quel vin acheter ? De la même façon que la plupart des Américains (et je ne parle pas de ceux qui assistent à des dégustations de vins). Je choisis en me basant sur le prix, le nom et l’étiquette. Le prix doit être bon marché. Le nom doit être bien trouvé. Et l’étiquette doit être jolie et amusante. S’il manque une de ces conditions, je n’achète pas. Donc je vais acheter « Oops » plutôt qu’un « Clos de la Roche, Grand Cru ». Je vais ramener à la maison un « Croassement de la Grenouille Arrogante » plutôt que n’importe quel vin appelé « Médoc Château d’Armailhacq ». Idem pour une « Ménagère Folle » plutôt qu’un « AC Chaussage-Montrachet ».

Pour cette raison, j’aime les vins de Californie, du Chili, d’Argentine, d’Afrique du Sud, d’Oregon, et d’autres endroits qui semblent avoir compris que la meilleure façon de commercialiser leur produit était… eh bien… de le commercialiser ! Depuis une dizaine d’années, les spécialistes de l’industrie se sont rendu compte du fait évident que le snobisme disparaissait et qu’ils devaient commencer à viser un public plus large. C’est alors que l’industrie a connu des bouleversements avec ce qui s’appelle aujourd’hui l’avènement des « étiquettes folles ». Tout a changé.

Je ne me soucie pas de l’année du vin. Il me semble qu’il ne devrait pas y avoir de différence si le vin date de 1997 ou 1998. Ce serait étrange que les vins soient comme les iPhones où le 4G est meilleur que le 3G et ainsi de suite. Mais ce n’est pas l’utilité de l’année du vin : les producteurs ne deviennent pas meilleurs. Cela se réfère au fait que le processus de fabrication est tellement instable qu’ils ne peuvent pas avoir un produit avec une qualité constante.

C’est apparemment un grave problème en France qui a l’équivalent d’un Gosplan créé par les bureaucrates et les technocrates de l’ancienne industrie pour l’industrie du vin. Vous ne pouvez pas arriver, planter des vignes et faire du vin. Non, non, ce serait violer une précieuse tradition. Vous devez obéir aux bureaucrates afin de faire du vrai vin.

Et jusqu’à récemment, cette planification centrale interdisait d’irriguer « artificiellement » les vignes. On croyait que la production de bon vin nécessitait de s’asseoir et d’attendre que Mère Nature décide de vous accorder de la pluie. Ce qui explique les grandes différences entre les millésimes. Tellement primitif ! Si tous les producteurs avaient la même attitude, nous serions encore en train de vivre dans des caves ou assis sous des arbres à attendre que les fruits nous tombent dans les mains.

Heureusement, l’entreprise américaine de vins Gallo (le plus grand producteur de vins au monde, dont beaucoup d’excellents crus) a fait d’énormes progrès ces dernières années afin de percer sur le marché français. Le gouvernement français a fini par céder et laisser l’entreprise américaine irriguer ses vignes, causant la moquerie des experts traditionnels français. Ces mêmes experts, qui adorent railler les Américains, tout en voyant leurs marges se réduire et leur dépendance aux subventions gouvernementales croître toujours plus.

Ils ont donc irrigué leurs vignes et le résultat a été un succès retentissant. Le vin rouge Bicyclette est devenu un géant de l’exportation. Et vous n’aviez pas besoin d’être un expert en vins et millésimes pour l’apprécier. Le vin français est devenu amusant pour la première fois. Avec le Fat Bastard (Gros Bâtard) produit par l’entreprise de Seattle Click Wine Group, les Américains basés en France ont finalement fait des vins français un succès commercial gigantesque aux États-Unis. En coupant court au brouillard traditionnel de faux-semblants et de faste, le vin est redevenu ce qu’il était dans le monde antique : une boisson pour tous les hommes tous les jours.

Bien entendu, les Français n’allaient pas rester les bras croisés et laisser leurs précieuses traditions se faire piétiner par des grossiers Américains. Ils ont donc utilisé leur méthode traditionnelle : poursuivre Gallo en justice. Il semble que quelqu’un avait découvert que le Pinot Noir de Bicyclette (rendu populaire aux États-Unis par le film Sideways) était composé à seulement 85% de Pinot, le reste venant d’autres variétés de raisin. Il s’agissait d’une condamnation pénale, mais la peine a été suspendue. On prédisait un désastre pour les ventes de Gallo. Rien à faire : le vin et la société ont acquis plus de notoriété et ont vu leurs ventes augmenter encore plus.

C’est la gloire du capitalisme à l’œuvre. Il a la capacité de réinventer les traditions les plus traditionalistes et les faire revivre dans le présent. Il a une tendance magnifique à dépouiller l’artifice, niveler les classes et apporter des choses merveilleuses à tout le monde d’une façon que chacun peur apprécier et comprendre. Nous n’avons pas à prendre des grands airs. Nous pouvons être naturels et juste profiter des meilleurs choses de la vie.

Ceci vient du fait qu’au final, le capitalisme transforme le luxe en nécessité et rend des choses, autrefois appréciées uniquement des riches, accessibles aux ouvriers et paysans de tous les pays. C’est pourquoi Gordon Gekko transportait un téléphone de la taille d’une brique en 1987 et qu’aujourd’hui, des passants dans la rue peuvent surfer sur Internet avec leur iPhones. Le système ayant rendu ceci possible est le plus démocratique et le plus proche des gens communs qui n’ait jamais existé.

Le capitalisme est le système des 99%. C’est pourquoi les élites, et en particulier les élites dirigeantes, le haïssent vraiment et ne le légaliseront jamais totalement.


Sur le web. Traduction : Cthulhu/Contrepoints.