Chômage : oui, la situation empire

On peut tortiller les chiffres comme on veut mais la conclusion est évidente : le chômage ira s’accroissant.

Sonnez hautbois ! Résonnez trompettes ! Joie et bonheur dans tout le royaume ! Oyez, oyez, le bon Roy nous l’avait prédit : la courbe du chômage serait inversée et voilà mes amis qu’elle s’infléchit déjà ! Loué soit François II de la Hollandie qui réduit le chômage, relance l’économie et guérit des écrouelles !

À en croire les titres de la presse ces derniers jours, il n’y a en effet pas le moindre doute à avoir : la guerre contre le chômage est gagnée, ou, au minimum, en passe de l’être. On découvre ainsi que « Le chômage est toujours en hausse, mais moins vite », et si cela fait 27 mois de hausse consécutive, ce mois de juillet aura vu une « hausse modérée ». En clair, ce n’est pas encore tout à fait le plein-emploi, mais on prend la bonne direction.

Sacré Ayrault. Sacré François. Sacrée presse française.

Tout ceci ressemble tout de même à la constatation du capitaine Edward Smith vers 23h41, au large des côtes de Terre-Neuve, à bord de son gros bateau flambant neuf : « On s’est pris un iceberg, mais au moins, maintenant, la direction est la bonne », ce qui est une excellente consolation sur le moment (jusqu’à 23h42 environ).

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Un minimum de lucidité devrait plutôt obliger à constater deux choses, comme le note Switchie, un confrère blogueur : (a) le chômage continue de monter, obstinément et (b) nous avons encore, ce mois de juillet, atteint un record en nombre de demandeurs d’emplois. Comme il le dit lui-même :

3,2 millions en catégorie A (en progression de 10% sur un an), mais en réalité 4,8 millions en catégories A, B et C et surtout 5,1 millions en comptant les DOM (et pourquoi diable ne les compterait-on pas ? ce sont des sous-hommes ?). Le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans est quant à lui de 26% (contre 7,5% en Allemagne). Voilà l’ampleur de la catastrophe.

Une augmentation constante du nombre de chômeurs, qui sont maintenant plus de cinq millions et un quart des jeunes qui n’ont pas de travail : devant ces deux éléments, on ne peut qu’être un minimum consterné de la façon rose bonbon avec laquelle ces calamités sont relatées dans les journaux, où l’on découvre que le gouvernement, devant les annoncer, ne tremblera pas. Décontracté du record de chômeur, il est, le gouvernement (pour ce mois-ci, le changement de pantalon, ouf, ce n’est pas maintenant).

Pire : non seulement, la situation ne s’améliore pas, mais tout indique qu’elle empire pour deux raisons.

D’un côté, l’état d’esprit même qui règne en France vis-à-vis de la création d’entreprise laisse franchement à désirer, pour le dire gentiment. Je l’ai dit ici, on le relit ailleurs et on peut le comprendre sans trop de problème dans la presse, tous les jours : le patron est un exploiteur, il grignote du chaton sec à chaque apéritif, et le salarié doit donc être massivement protégé. L’observation calme et pondérée des statistiques et des agitations législatives ne devrait guère laisser de doute puisqu’à chaque couche de protection supplémentaire correspond, de façon assez étonnante, une augmentation du chômage (et il n’y a rien de fortuit dans la similitude avec le marché immobilier, dans lequel chaque couche de protection supplémentaire du locataire correspond à une hausse du nombre de logements vacants et une augmentation du stress immobilier en France). Bref : depuis la vision qui est véhiculée à l’école de l’entreprise et du patronat, jusqu’à celle de l’entrepreneuriat qui continue à vivre dans l’esprit de nos dirigeants, baignés des certitudes d’airain inculquées dans ces usines à crétins que sont l’ENA et Science Pipo, tout est en place pour durablement raboter les envies de créer de l’emploi en France.

Et d’un autre côté, on apprend que les radiations et les cessations d’inscriptions n’ont pas diminué, au contraire :

En juillet, les radiations ont enregistré une hausse de 31,5% sur un an quand les cessations d’inscription (qui s’en distinguent notamment en ce que le demandeur d’emploi peut se réinscrire quand il veut) se sont stabilisées après une hausse de 3,6% en juin. Au total, 254.000 chômeurs sont sortis des listes de Pôle emploi pour cette raison.

Sapristi ! Aux cinq millions de personnes connues qui cherchent un emploi, il faut ajouter un nombre inconnu de personnes, plusieurs centaines de milliers, qui cherchent aussi mais ne se sont pas fait connaître, ou qui ont été connues mais ne le sont plus, ou qui n’ont pas le droit d’être comptabilisées (car radiées). Je laisse au lecteur l’exercice consistant à imaginer le taux réel de chômage en France, et le nombre concret, froid et réaliste de personnes dont on ne connaît plus rien de la source de revenus.

À ces considérations déjà pas très hautes sur l’échelle du rigolomètre, il faut ajouter celles qui consistent à imaginer la tendance, et ce qui va se passer dans les prochains mois.

On le sait, François II de Hollandie nous en a fait serment en prêtant allégeance sur le petit livre rouge (je vous rassure, il s’agissait d’un code Dalloz du travail) : oyez, oyez, la courbe du chômage s’infléchira avant 2014. Partant de là, tous les moyens seront bons pour le gouvernement afin d’obtenir exactement ce résultat. Et là, l’analyse de Marion Cochard, une économistes de l’OFCE, permet d’éclairer ce qui va se passer, et qui avait été prévu assez facilement par pas mal d’observateurs : grâce à l’abondance d’emplois aidés (i.e. payés par l’argent gratuit pioché dans les poches du contribuable qui vit dans une insolente opulence en ces temps de crise), ça devrait le faire. Tout juste, mais quand même :

« En termes statistiques, oui, on peut y arriver. Avec en plus les 30.000 formations de chômeurs pour les emplois vacants, on y est à peu près. C’est ce qui manquait pour endiguer le nombre de chômeurs. Il n’y aura pas de baisse conséquente mais au moins une stabilisation. »

Formidable, n’est-ce pas ? Pour endiguer la hausse, on va parquer quelques palettes de chômeurs congelés dans des entrepôts de la Formation À La Fraônçaise et créer une foultitude d’emplois plus ou moins bidons en termes de contenu, massivement « sponsorisés » par la puissance publique, et bien épicés en termes de coûts. Tout ceci sent furieusement le Pôle Emploi d’Avenir, avec un retour à la normalité dès que la date-échéance de la promesse sera passée et que les médias regarderont ailleurs (en Syrie ?). Pendant ce temps, en 2014, lorsque le dispositif tournera à plein, le coût des 150.000 emplois d’avenir prévus s’élèvera à 3,45 milliards d’euros par an, toujours selon une estimation de l’OFCE.

Et grâce à la vitre cassée que Frédéric Bastiat devra s’enfiler où on pense tant personne n’en tient compte, et surtout grâce aux fines analyses de Paul Krugman dont le Nobel ressemble de plus en plus à une blague carambar, Marion Cochard nous rassure gentiment :

« Bien sûr, les emplois d’avenir coûtent un peu cher mais on peut en attendre un vrai retour, notamment sur le pouvoir d’achat et la consommation. »

Ben voyons, la Marion, comment tu y vas ! Tout le monde sait qu’il suffit de créer des emplois aidés pour relancer le pouvoir d’achat et la consommation parce que les aides, elles sont amenées par des leprechauns en lycra vert moulant, et que la licorne s’est assuré que tous les comptes seraient équilibrés. Et puis, la relance par la consommation, ça marche du tonnerre de Zeus : cela fait 5 ans qu’on injecte des dizaines de milliards d’euros et de dollars pour ça et regardez tous les beaux emplois, tout le beau pouvoir d’achat et toute la consommation que ça crée, ici en Europe et aux États-Unis !

great success - Borat

Et bien sûr, le fait que chaque création d’emploi, issu de la puissance publique, se traduit par 1.33 emploi privé détruit, laisse bien évidemment présager du meilleur quant à la tendance de long terme.

Tortillez les chiffres comme vous le voulez. Bidouillez les stats comme il vous chante. La réalité, elle, ne souffre aucune interprétation : ce pays est foutu.

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