Ron Paul, un homme de gauche

Ron Paul (Crédits : US House of Representatives, Image libre de droits)

La montée de Ron Paul présente une difficulté particulière, et est une attraction potentielle, pour la gauche américaine.

La montée de Ron Paul présente une difficulté particulière, et est une attraction potentielle, pour la gauche américaine.

Un article de Brian Doherty pour Reason.

L’automne dernier, dans tout le pays, dans les campements d’Occupy Wall Street, la plupart des manifestants se regroupaient contre le capitalisme américain moderne, et en faveur d’une aide gouvernementale aux désormais fameux 99%. Mais de New York à Philadelphie, de Seattle à Los Angeles, les manifestants furent rejoints (ou infiltrés, d’après certains) par des activistes défendant les avantages d’un marché véritablement libre, sans cadeaux gouvernementaux à des intérêts particuliers, ni manipulations de l’économie par les banques centrales. Cette minorité s’inspirait de Ron Paul, Membre du Congrès texan, et candidat républicain aux primaires. Cette jonction entre le libertarianisme et l’activisme progressiste en a surpris beaucoup, Ron Paul inclus. Mais c’était l’indicateur le plus fort, jusqu’à maintenant, que la montée de Ron Paul présente une difficulté particulière, et est une attraction potentielle, pour la gauche américaine.

Paul vs. Obama

Durant la dernière campagne de Paul pour les primaires républicaines à la présidentielle, ses propositions étaient à  la gauche du parti démocrate et de Barack Obama dans de nombreux domaines. Obama a renforcé la guerre contre les drogues sur presque tous les plans, dont les interventions fédérales sur l’usage médical de la marijuana, légalisé dans certains États. Paul pense qu’il est fondamentalement illégitime d’arrêter des gens pour le mal qu’ils se font eux-mêmes. L’administration Obama a ramené aux frontières un nombre record d’immigrants illégaux. Paul raille les murs aux frontières comme étant substantiellement non-américains. Obama a dirigé d’énormes bailouts des plus grandes institutions financières américaines, et son équipe économique fut largement dirigée par des gens de Wall Street. Ron Paul s’oppose à ce que lui et les membres d’Occupy appellent « capitalisme de connivence ». Même le grand succès de son mandat, la signature présidentielle de l’ObamaCare (auquel Paul s’opposait), force des millions de personnes à acheter des assurances santé aux entreprises mêmes qu’elles affirment mépriser.

Les libertés civiles et la paix sont les problématiques qui ont séduit certaines personnes de gauche en premier lieu, en observant ce curieux Congressman de l’Old Right. Obama a déclaré de nouvelles guerres sans autorisation du Congrès, et fortement élargi un programme de drone tueur de civils. Paul s’oppose aux drones, demande une fin immédiate à tous nos engagements militaires à l’étranger, et veut le retrait militaire des USA du monde. En prenant ces positions, Paul a fait encore plus que l’icône de gauche Noam Chomsky pour normaliser le débat sur la politique étrangère américaine : plutôt le comportement d’un empire criminel que celui du plus grand défenseur des libertés.

Attention : Obama vous surveille !

Obama a renforcé le Patriot Act et poursuivi les lanceurs d’alertes ; Paul s’oppose aux deux et a défendu le Wikileaker, représentant du progressisme, Bradley Manning. Obama a élargi les pouvoirs du chef des armées pour emprisonner de manière unilatérale, et même tuer, des citoyens américains, en renforçant le pouvoir exécutif au-delà même de ce qu’il détestait dans les politiques de George W. Bush. Paul inspire des milliers d’étudiants quand ils sifflent les mentions au National Defense Authorization Act, un programme d’Obama dangereux, et pourtant très méconnu, qui donne une existence légale au pouvoir présidentiel de détention indéfinie.

Dans un large panel de problèmes concernant les libertés civiles et la protection de la population d’une concentration abusive de pouvoir, Paul a été plus progressiste qu’Obama. Les fans de Paul le savent, et beaucoup ont mené une campagne afin de capitaliser là-dessus pendant les primaires de 2012, que ce soit parler avec les membres d’Occupy les plus socialistes, ou appeler les électeurs démocrates à s’enregistrer comme républicain dans un mouvement surnommé « Blue Republican ».

La paix et les libertés civiles ne sont cependant pas toutes contenues dans la vision progressiste de gauche du monde. La première chose à laquelle beaucoup de gens de gauche pensent quand ils entendent le nom de Ron Paul n’est pas le marché libre ni la fin de l’impérialisme américain, mais l’avortement. L’idée de l’obstétricien que l’avortement est un meurtre, et qu’il puisse donc être interdit au niveau d’un État (bien que pas au niveau fédéral) est un repoussoir pour de nombreux « liberals ». Sa position sur l’égalité face au mariage (c’est-à-dire que le problème serait résolu si le gouvernement ne s’occupait pas de la reconnaissance du mariage) ne plait pas non plus à la foule de gauche.

Et peut-être, au-delà, les progressistes adorent la redistribution du revenu, contrairement à Paul. Pour beaucoup de démocrates, utiliser l’État pour élever les opprimés et restreindre les riches passe au-dessus de tout autre engagement idéologique.

Paul a éludé certains des achoppements inévitables liés à cette différence philosophique importante en mettant en sourdine les appâts les plus criants que les Républicains jettent aux démocrates. Ainsi, pendant que Paul est en principe opposé au financement étatique de la radio publique, et même des soins médicaux pour les pauvres, il raille ses compagnons républicains qui agissent comme si ces programmes devaient être ceux où l’austérité commence – dans le premier cas parce que c’est un trophée statistiquement insignifiant, dans le second parce que ça nourrit une hostilité affreuse envers les récipiendaires des aides sociales, qui n’ont aucun rôle dans la manière dont Paul fait campagne.

Comme Paul l’a dit au magazine de gauche Mother Jones dans une interview de Mars 2011 :

En tant que libertarien, je ne soutiens pas, d’un point de vue philosophique, les nombreux programmes nationaux, et je souhaite travailler à une transition. Je dis donc : arrêtons les guerres inutiles. Arrêtons l’aide à l’étranger. Arrêtons toute la stratégie de bâtisseur d’empire, qui coûte des milliards de dollars, et peut-être nous pourrons sortir de l’ornière. Mais vouloir commencer à attaquer le budget, pour certains conservateurs, avec la santé ou l’instruction des pauvres, cela ne fait aucun sens politique pour moi.

Pendant sa campagne en 2011-2012, Paul a même parlé (peut-être de manière hypocrite, étant donné sa pensée, depuis longtemps, sur le rôle constitutionnellement limité du gouvernement en ce qui concerne les dépenses) de la manière dont on pourrait utiliser les « économies » liées à la fin de nos aventures impérialistes, et « dépenser cet argent ici ». Peut-être se référait-il à la dépense par les contribuables individuels desquels l’argent provient. Mais à certaines oreilles, ça a dû ressembler à un appel pour un État-Providence plus généreux.

Que Paul évite les attaques droitières à propos des bénéficiaires indigents des largesses de l’État peut sembler un point mineur quand certaines personnes de gauche l’observent en entier. Les membres d’Occupy interprètent souvent la croyance de Paul en un marché libre sans entraves comme un cheval de Troie pour lâcher le pouvoir de sinistres entreprises sur les classes les plus pauvres. Noam Chomsky, même quand il félicitait Paul pour vouloir se retirer d’Afghanistan, s’assurait de dire à ses fans impressionnables, à l’Université Kutztown, en Pennsylvanie, en Novembre 2011, que les idées de « Dr No » en ce qui concerne l’assurance santé étaient « simplement barbares ». Avoir des hôpitaux religieux ou de charité pour les pauvres est apparemment rien de moins que sauvage comparé à l’achat forcé, et vertueux, d’assurances santé pour tous les américains.

Ensuite Chomsky, peut-être avec un manque de subtilité, a illustré ses contradictions en présentant Paul comme un défenseur des entreprises et du libre marché. Le programme de Paul, disait Chomsky, est « un appel pour une tyrannie des entreprises ». Trente secondes plus tard, il affirma que « le monde de l’entreprise n’acceptera jamais que ça arrive » car « ils ne peuvent pas vivre sans une nounou-État puissante, et ils le savent. »

Occupy Paul Street ?

Ron Paul était le seul candidat important qui a osé dire quelque chose de bien à propos du mouvement Occupy pendant les primaires républicaines. Paul m’a dit qu’il s’accordait avec les manifestants pour dire que les bailings out des aisés avec l’argent de tous les autres justifiaient les manifestations, même s’il n’était pas d’accord avec la plupart des propositions des Occupiers. « S’ils manifestaient pacifiquement, en faisant de bonnes remarques et en défendant notre position [contre le capitalisme de connivence], et en attirant l’attention de la Fed, je dirais : Bien ! » dit-il à un point presse impromptu en sortant d’un discours dans le New Hampshire en Octobre 2011. Paul a choisi de ne pas s’engager dans la stratégie de Newt Gringrich, qui était de simplement dire aux manifestants « d’aller trouver un job après avoir pris un bain » ou l’habitude de Mitt Romney de suggérer qu’ils préfèrent le communisme à la liberté.

Le respect d’Occupy était, avec timidité, mutuel. Jay Stuart, un chef de Seattle et fan de Paul qui a passé quelque temps avec les membres d’Occupy locaux à l’automne 2011, a dit qu’il avait trouvé un terrain d’entente sur la défense et les libertés civiles, et qu’il était capable de dire sans problème que les entreprises ne devaient pas être rachetées par l’État ou recevoir des faveurs spéciales. La redistribution des revenus restait cependant un point d’achoppement.

« Nombreux [parmi les Occupiers] pensent qu’ils ont le droit à certaines choses », dit Stuart. « L’éducation était la plus importante selon eux, et ils pensent que la santé est un droit véritable. Ils pensent qu’il est profondément injuste d’aller à l’université pour quatre ou six ans et de ne pas avoir de métier à la fin. J’ai essayé d’expliquer un petit peu le pourquoi du comment, le rôle de la Réserve Fédérale dans le crash, le mal que font les taxes. Au moins l’une des personnes à qui je parlais s’est réellement énervé – pas jusqu’à la violence, mais elle s’est énervée. »

Stuart n’était pas seul. À New York, où les manifestations d’Occupy ont commencé, le conseiller financier, et hôte radiophonique Peter Host, qui est influencé par Paul, est allé à Zuccotti Park pour essayer d’enseigner aux Occupiers sa perspective autrichienne en économie (pour une vidéo de la rencontre, allez sur reason.com). Dans les mouvements Occupy autour du pays, des fans de Paul ont installé leurs propres tables et tentes pour distribuer de la littérature pro-marché et donner des discours contre les bailouts des riches. En Octobre 2011, j’ai assisté à une réunion – douloureusement fastidieuse – d’Occupy Los Angeles dans laquelle les complaintes paulites à propos de la Réserve Fédérale et du capitalisme de connivence furent prises au sérieux quand le groupe rédigea ses doléances officielles.

Toujours est-il que de nombreuses voix sur les forums en ligne d’Occupy, et dans la vie réelle, décrivaient les gens qui suivent Paul comme des opportunistes idéologiques, qui accaparent un espace mental et une crédibilité populaire qu’ils ne méritent pas. Le désaccord était principalement civique, bien qu’en Octobre 2011, un intrus pénétra à Philadelphie dans un stand paulite vide au milieu de la nuit, vola des livres et des DVDs et déféqua au milieu de l’espace paulite. En Juillet 2012, un groupe d’Occupiers du New Hampshire décida de mettre officiellement à la porte de leur coalition toute personne impliquée dans le Free State Project libertarien.

Le radicalisme de Paul sur la guerre et l’impérialisme ont provoqué des débats intenses à gauche. Pendant la semaine précédant les caucus de l’Iowa début Janvier 2012, un groupe d’activistes anti-guerre, John Walsh et Coleen Rowley, ont écrit une lettre d’opinion pour le Des Moines Register enjoignant les gens de gauche à réaliser que Paul était le meilleur candidat pour eux, grâce à son sérieux et sa force en ce qui concerne la paix et les libertés civiles. Walsh, pacifiste et supporter de l’assurance santé à payeur unique, est l’un des dirigeants d’un groupement de gauche appelé : Come Home America. Les progressistes, affirme Walsh, sont plus réticents à rejoindre son groupe que les libertariens ou les paléo-conservateurs, car ils insistent pour être presque complétement d’accord sur tous les problèmes, même avec des alliés tactiques.

La première plainte concernant Paul, a découvert Walsh, fut la controverse des newsletters, qui parurent sous son nom dans les années 80 et le début des années 90 avec des commentaires méprisants sur les noirs et les gays. L’éditorialiste de Rolling Stone, Matt Taibbi, connu pour sa croisade contre le capitalisme de connivence, a écrit que cette controverse lui défend de soutenir Paul, malgré son accord sur les problèmes des libertés civiles, de la guerre et des bailouts.

D’autres commentateurs de gauche sont parvenus à surmonter cette gêne, bien qu’ils fussent immédiatement attaqués pour hérésie. En Décembre 2011 à Truthdig, le journaliste et commentateur de gauche Robert Scheer a dit qu’il était honteux de la part du New York Times et d’autres médias de refuser de « sérieusement présenter le fond de la campagne actuelle de Paul – sa critique dévastatrice du capitalisme de connivence et ses toutes aussi tranchantes attaques contre les guerres impérialistes et les réductions de nos libertés civiles qu’elles impliquent ». Katha Pollitt dans The Nation s’est moquée de Scheer et d’autres admirateurs progressistes de Paul, y compris Ralph Nader, et l’éditorialiste d’alors de Salon, Glenn Greenwald, pour leur « coup de foudre progressiste sur les Républicains de l’aile droite », affirmant que « supporter Ron Paul est simplement une action étourdie – ou désespérée. » D’autres sites de gauche, de Mother Jones à la page d’accueil des reines du pinup branché Suicide Girls, ont ressenti le besoin de publier des articles anti-Paul, en expliquant aux progressistes pourquoi ils devaient résister à l’attrait de ce vieux républicain apparemment cool.

Scheer est sûr qu’il avait raison. « Dans l’élection de 2012, parmi les Républicains et le Parti Démocrate, la seule personne qui a apporté un défi significatif aux banques, jusqu’à la Réserve Fédérale et au capitalisme de connivence était Ron Paul », dit-il. « Paul avait aussi la seule critique de principe de nos aventures impérialistes et de nos attaques aux libertés civiles. » Scheer ajoute que « J’ai essayé de voter pour lui » mais il n’a pas réussi à se réenregistrer comme républicain à temps. Scheer dit qu’il croit tout ceci à propos de Paul tout en restant « en aucune manière libertarien, mais un progressiste au grand cœur convaincu, de la variété des gauchistes. »

Les outsiders complets sont souvent attirés par les outsiders complets, réunis dans l’opposition au-delà des spécificités de leurs solutions. Une telle dynamique a aidé des gens de gauche, de Jesse Jackson à l’éditorialiste de Nation Alexander Cockburn, à s’enthousiasmer pour la présence de Paul dans la campagne de 2012. Des gens de droite ont également remarqué, et réprouvé, l’appel de Paul à la contre-culture, fondé non seulement sur la spécificité de ses vues politiques, mais sur ses allusions régulières à des problèmes individualistes tels que le homeschooling, le lait cru, et les suppléments alimentaires. L’ancien gouverneur de l’Arkansas, et candidat aux primaires du GOP en 2008, Mike Huckabee, a prononcé l’une des plus douces de ces critiques, glissant à Jay Leno en Mai 2011 que les événements de Paul étaient comme une « combinaison entre un salon des armes et un concert de Grateful Dead. »

Certains des sympathisants de gauche de Paul ont défendu leur enthousiasme en remarquant que le Président Paul n’aurait pas le dernier mot en matière de politique gouvernementale. Sur le site de gauche radicale CounterPunch, Charles Davis, qui préfère Paul à beaucoup de Démocrates sur les problèmes de guerre, a noté que « si Paul réussit vraiment à supprimer tous ces départements fédéraux dont il parle, il n’y a rien pour empêcher les États et les gouvernement locaux – et, je l’espère, des organisations alternatives ne reposant pas sur la coercition – de s’occuper des problèmes tels que la santé et l’éducation. La décentralisation n’est pas une mauvaise chose. »

De manière similaire, en marge du Parti Démocrate, Dennis Kucinich, un représentant de l’Ohio qui a perdu sa propre primaire cette année et qui quitte le Congrès, dit qu’il adore travailler avec Paul malgré de profonds désaccords sur la redistribution. Kucinich admire tellement Paul sur les libertés civiles, la guerre, et la Réserve Fédérale (trois domaines clefs où les élites politiques et médiatiques aiment présenter les challengers, à la croisée des partis, comme des cinglés irresponsables) qu’il a mentionné Paul comme un potentiel vice-président dans une administration Kucinich imaginaire. « Si nous avions un changement réel en matière de politique monétaire », dit-il, « ces problèmes de politiques de redistribution ne seraient pas aussi importants. Si nous pouvions mettre à nouveau la Réserve Fédérale sous le contrôle du Trésor, ce serait un monde complétement différent ».

Malheureusement pour Kucinich, il n’a pas été capable de reproduire le succès politique de Paul. Alors que Kucinich croit que les Démocrates Progressifs d’Amérique (PDA), avec lesquels il travaille, pourraient fonctionner à la manière d’une révolution à la Ron Paul depuis la gauche de son propre parti, John Walsh, le pacifiste, au contraire, n’est pas fan de PDA. « En contraste avec Ron Paul », dit-il, « leur loyauté au parti dépasse les principes ». Personne ne s’est levé au Parti Démocrate pour défier Obama de la gauche.

Les libertariens au grand cœur

Ron Paul n’a pas été le seul libertarien à faire un effort pour montrer aux progressistes que leurs objectifs économiques peuvent être atteints par des moyens non étatiques. Dans le petit monde de la philosophie universitaire, un groupe de penseurs libertariens opérant à la rubrique « libertariens au grand cœur » s’est employé au même projet.

Ron Paul à son bureau

Tandis que la plupart des libertariens au grand cœur, semblent réticents à rejoindre ou supporter spécifiquement Ron Paul, ils combattent sur le même terrain mental que Paul, sur un champ de bataille apolitique. John Tomasi, un libertarien au grand cœur qui enseigne les sciences politiques à l’Université de Brown, a récemment publié Free Market Fairness (La Justice du Libre Marché) (Princeton University Press), qui défend la position que les progressistes modernes qui veulent maximiser le bien-être des pauvres devraient supporter le marché libre plus qu’ils ne le font actuellement. Tomasi prêche à gauche que le respect pour les libertés économiques est un élément clef du respect de l’autonomie individuelle et qu’un marché proprement libéré génère assez de richesses pour les plus démunis. Paul, dans son style plus populiste et constitutionnaliste, dit essentiellement la même chose.

Robin Koerner, un britannique qui a lancé l’idée « Républicain Bleu » dans un éditorial du Huffington Post, suggère que les libertariens offrent aux progressistes qui « croient qu’on va tous mourir » sans l’Administration de la Nourriture et des Médicaments (Food and Drug Administration, FDA) et l’Agence pour l’Environnement (Environmental Protection Agency, EPA) un marché de ce genre : « OK, mais si nous avions ce débat dans un monde où il y a encore le Bill Of Rights et la réponse par défaut des relations internationales n’est pas de tuer des gens ? Où il n’y a pas de capitalisme de connivence ? Peut-on se mettre d’accord si on y arrive ? Vous, de gauche, auriez un monde plus proche de ce que vous voulez, et moi, libéral classique, aurais un monde plus proche de ce que je veux, et dans ce monde, discutons de l’EPA et de la FDA. »

Malgré le terrain commun que Paul a découvert entre le libertarianisme et la gauche, la machine politique de Ron Paul s’est liée au Parti Républicain depuis deux élections. Son héritier politique, le Sénateur Rand Paul, a apporté son soutien à la présidence à Mitt Romney en juin, alors que beaucoup des fans de son père croyaient encore que Paul avait une fenêtre de tir pour la nomination. Les progressistes ne suivront probablement pas le GOP moderne, si sympathique que puisse être tel ou tel républicain en particulier.

Est-ce-que l’inertie et l’entêtement partisan empêche les progressistes de soutenir un champion prometteur de leur cause ? Ou s’intéressent -ils plus à l’avortement et à la redistribution des revenus qu’à la guerre et aux libertés civiles qu’ils soulignaient pendant la présidence de George W. Bush ? De toute manière, c’est trop tard maintenant. Paul est sur le point de se retirer sans successeur évident. Les progressistes ne verront probablement plus son semblable avant longtemps.

Traduction Bézoukhov pour Contrepoints.

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