La croissance et la bannière

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Pour Jean-Marc Ayrault, les bons chiffres de la croissance ne sont pas un hasard. Ceux du chômage et de l’endettement non plus ?

Pour l’inauguration de l’insubmersible reprise française, trinquons. Trinquons à la vigueur de notre industrie, à la réussite du modèle socialiste français, au succès incontestable du gouvernement.

Par Baptiste Créteur.

L’économie française frémit, sursaute, tressaille. Les spasmes du patient français sont l’occasion pour le gouvernement de se féliciter, de se gargariser sur la réussite des politiques menées jusqu’à présent.

Il y a quelques semaines pourtant, le gouvernement affirmait qu’on ne pouvait pas le tenir pour responsable de la situation économique du pays alors qu’il n’était au pouvoir que depuis quelques mois. Mais tout a bien changé ; aujourd’hui, ça marche, et c’est grâce à lui.

Le rebond de la croissance de l’économie française au deuxième trimestre conforte la stratégie du gouvernement, a déclaré lors d’un point avec la presse le premier ministre Jean-Marc Ayrault. «Ne croyez pas que si nous avons de bons chiffres de croissance au deuxième trimestre c’est dû au hasard», a-t-il déclaré en estimant que cela «confort(ait) la stratégie du gouvernement». «Le rebond de croissance de +0,5% est plus important que la moyenne de la zone euro. Cela ne veut pas dire qu’il faut s’en contenter, il faut poursuivre, amplifier la bataille pour la croissance, la bataille pour l’emploi, la bataille pour l’innovation, c’est tout ce que nous faisons mais ça montre que nous sommes sur le bon chemin», a-t-il ajouté.

Prenons-en bonne note : à partir de maintenant, on ne devra plus attribuer l’évolution de la situation française aux précédents gouvernements, aux groupuscules d’extrême-droite ou au hasard. Cette victoire, c’est celle des socialistes dans la bataille pour la croissance, l’emploi et l’innovation.

Une bataille contre une mondialisation sans foi ni loi qui permet aux Français d’économiser 300 euros par mois, contre l’ennemi sans visage qu’est la finance internationale qui bénéficie des politiques de taux faibles depuis des années menées par les gouvernements un peu partout dans le monde et achète la dette que nos politiciens accumulent. Une bataille qui se mène à coups de lois, normes, règlements, taxes et dépenses ; une bataille qui, comme toute bataille qui se respecte, coûte cher.

Concrètement, on a du mal à se représenter quelle décision du gouvernement a réellement eu un impact sur la croissance. Le PIB augmente « naturellement » à chaque hausse de la dépense publique ; pour avoir de bonnes statistiques, le gouvernement peut se contenter de dépenser sans compter, ce qu’il fait d’ailleurs très bien. Pas besoin que plus de richesse soit créée, ni que le quotidien des Français s’améliore.

D’ailleurs, les scènes de liesse à l’annonce d’une croissance époustouflante de 0,5% se font rare. Sur leur chemin vers les lendemains qui chantent, les Français sont de plus en plus souvent au chômage, de plus en plus nombreux à partir, de plus en plus heureux de le faire.

Jean-Marc Ayrault inscrit sans doute avec autant de conviction et de fierté le chômage, les défaillances d’entreprises et la hausse du niveau d’endettement du pays, qui finance sa magnifique et indéniable reprise. Bravo Jean-Marc.

Ne soyons pas mauvaises langues. Les socialistes avait promis de redresser la France ; c’est chose faite, et la croissance en 2013 pourrait même être positive : 0,1%.

Certes, l’investissement productif ne repart pas et continue de chuter, et alors ? L’emploi décroît dans le secteur marchand, et alors ? Ça croît, non ?

L’excitation à son comble au sein du gouvernement – jusqu’à provoquer des tweets estivaux intempestifs – ne doit pas faire perdre de vue la vision d’ensemble. Cette « reprise » est une illusion qui va conforter les fins économistes et les subtils stratèges dans leur course vers le mur, et les députés dans leurs revendications syndicales.

Il suffit d’une croissance sans réel sens pour que le gouvernement s’encense, se félicite, se congratule. Il suffit d’augmenter les impôts pour parler d’austérité et recevoir les félicitations du FMI. Il suffit d’une petite bosse sur la courbe de la croissance pour que les skieurs politiques qui dévalent manquent de voir le précipice qui suit, le grain majeur qui arrive et qui fera passer les charlatans keynésiens qui nous gouvernent pour des clowns une fois pour toute.

Et à ce moment-là, ce ne sera évidemment plus la faute de nos amis socialistes. Après tous, ils sont en charge de la croissance, pas de la crise ; de l’emploi, pas du chômage ; de l’innovation, pas du status quo.