Faut-il se réjouir de la baisse du déficit commercial français ?

Nicole Bricq, la ministre du Commerce extérieur a affirmé que la réduction en juin du déficit commercial de la France est « un signe plutôt encourageant ». Est-ce vraiment une si bonne nouvelle ?

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Faut-il se réjouir de la baisse du déficit commercial français ?

Publié le 12 août 2013
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Nicole Bricq, la ministre du Commerce extérieur a affirmé que la réduction en juin du déficit commercial de la France est « un signe plutôt encourageant ». Est-ce vraiment une si bonne nouvelle ?

Par Emmanuel Martin.
Un article de Libre Afrique.

Nicole Bricq (Crédits Mathieu Delmestre-Parti Socialiste licence Creative Commons)Madame Nicole Bricq, la Ministre française du commerce extérieur a pu déclarer récemment qu’elle comptait « s’investir fortement pour favoriser les échanges » avec le continent africain. Elle a en effet réagi après la publication des chiffres du déficit commercial français, la « France » accusant un petit solde négatif vis-à-vis du continent (0,1 Md’€), même si ses exportations y sont en croissance (+2,8% par rapport au premier semestre 2012). Le « problème » ? Les importations en provenance d’Afrique ont crû de 5,6%. À cette occasion la ministre a aussi jugé le déficit commercial français, qui se réduit, d’« encourageant ». Importations en hausse et creusement du déficit commercial seraient des maux nationaux. On s’habitue à ce type de discours, mais est-il si évident ?

Le déficit commercial « français » est passé de 5,7 milliards d’euros en mai à 4,4 milliards : est-ce vraiment une bonne nouvelle ? Voilà en réalité un bon exemple de la manière dont nous devons être prudents lors de l’utilisation d’indicateurs simples, voire simplistes. Et comment les hommes et les femmes politiques peuvent facilement nous « embrouiller » quand il s’agit d’économie…

Un déficit commercial n’est pas systématiquement mauvais en soi.

Beaucoup ont tendance à penser qu’une réduction du déficit commercial est toujours une bonne chose parce qu’ils pensent que nous vivons dans un monde de « Nous contre Eux ». Ils confondent les intérêts producteurs de quelques industries exportatrices et les consacrent « intérêts nationaux », et oublient un peu rapidement les intérêts des consommateurs que nous sommes. C’est un héritage de la pensée mercantiliste, qu’il faut écarter.

D’abord, et notamment dans l’économie mondialisée d’aujourd’hui, « les importations font les exportations ». En raison de la fragmentation de la division du travail entre les différentes entreprises et individus à travers la planète, nous avons un « commerce de transformation » : les importations sont utilisées comme intrants pour les exportations. D’où : davantage d’importations aujourd’hui peut signifier davantage d’exportations l’année prochaine (compte tenu du décalage dans le processus de la production nationale).

Plus généralement, davantage d’importations peuvent être nécessaires pour alimenter la croissance domestique (même si elles ne se transforment pas en exportations). Les importations ne sont pas une plaie : elles sont l’expression d’une volonté d’échanger. Plutôt que cela soit par exemple une entreprise française qui achète à une autre entreprise française, elle achète à une entreprise marocaine. Quelle différence ? Il y a dans les deux cas une création de valeur par l’échange, avec des gens satisfaits. Et c’est bien tout ce qui compte.

Comme le rappelait l’économiste classique Frédéric Bastiat, nous devons toujours être très prudents avec les mesures macro-économiques qui tendent à cacher des processus microéconomiques. Il faut nous assurer de regarder « dans la boîte noire ». Nos politiciens présentent volontiers les exportations comme un gain et les importations comme une perte, et tout déficit commercial comme une « perte nationale » nette. La pensée mercantiliste a la vie dure.

Si l’on regarde le déficit commercial français « réduit » nous voyons que les exportations n’ont augmenté que légèrement, de 0,5% ; le principal moteur de la réduction du déficit commercial est le fait que les importations ont diminué de 2,6%. Est-ce une bonne nouvelle ? Sans doute pas. Ce n’est pas le signe d’une économie saine, quoiqu’en pense une ministre du commerce extérieur. Cela signifie que nous pouvons acheter moins de l’étranger. Le rapport de la Direction générale du Trésor – Pôle commerce extérieur est d’ailleurs assez explicite : « Ce repli s’inscrit dans le cadre d’une consommation et d’investissements domestiques peu dynamiques. L’amélioration du solde est donc aussi le reflet d’une conjoncture interne encore peu dynamique ». Et sur le dernier semestre, les choses sont encore pires : les exportations ont diminué de 1,2% et les importations de 3,1%.

Enfin, il est important de revenir sur l’aspect du « soutien aux échanges » dont parle la ministre. Cette politique se résume souvent, notamment dans les relations avec l’Afrique, à tenter de soudoyer les gouvernants locaux pour passer des contrats avec des grandes entreprises françaises, plutôt que d’autres nationalités. Ce type de politique active, arme de la « diplomatie économique », encourage en réalité la corruption et le capitalisme de copinage. Il empêche la reddition des comptes au niveau local.

Est-ce à dire qu’il ne faut pas se préoccuper de compétitivité à l’international ? Non. Cependant, le meilleur soutien aux entreprises à l’international consiste à alléger leur fardeau en termes de démarches administratives et impositions diverses, ainsi que faciliter leur croissance en permettant, dans la responsabilité, l’inventivité des financements. Soit tout le contraire de la politique française.


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  • En appui à vos propos, le cas de l’Espagne est flagrant. La balance commerciale du pays est devenue bénéficiaire au premier semestre 2013, non pas tant parce que l’Espagne exporte plus (compte tenu de la baisse généralisée des salaires et donc d’une meilleure compétitivité des entreprises espagnoles) mais surtout parce les Espagnols ne consomment plus. Avec plus de 25 % de la population au chômage, l’augmentation récente de la TVA, la réduction des allocations chômage à peau de chagrin (28 jours d’indemnité par année travaillée), une émigration soutenue, tous ces facteurs concourent à une réduction de la consommation intérieure. Résultat : amélioration de la balance commerciale dont s’est félicité Rajoy. Comme les politiciens français tendent à l’ignorer, cette amélioration est plutôt un signe de détérioration de la santé économique du pays.

  • Je n’ai plus les chiffres en tête, mais il me semble que les importations d’énergie ont sérieusement baissée, ce qui me semble est le signe d’une réduction de l’activité vue que notre production d’énergie ne s’est pas modifiée.

  • « Un déficit commercial n’est pas systématiquement mauvais en soi. » Non seulement ce n’est pas mauvais en soi, mais c’est surtout indifférent. Qu’est-ce que cela peut bien faire aux politiciens que nous consommions des produits marocains, chinois, français ou allemands ou que nous vendions nos productions à l’étranger ?

    Comme le dit fort justement l’auteur du billet, nos politiciens sont des mercantilistes. Cela signifie qu’ils jouent au jeu de l’anarchie économique entre les administrations des Etats, jeu sans foi ni loi, immoral et illibéral, foncièrement antidémocratique car les politiciens et les administrations n’ont jamais été mandatés par quiconque pour y participer. Le mercantilisme est un jeu barbare qui se joue essentiellement aux dépens des nations et des peuples.

    Ce faisant, les politiciens et leurs administrations favorisent le capitalisme de connivence, la corruption et provoquent ou entretiennent la pauvreté et la misère. Ces politiciens dégradent notablement l’ordre spontané des marchés avec leur « diplomatie économique » alors que la balance commerciale ne devrait refléter que des échanges privés et ne pas regarder l’Etat, jamais, même pas en rêve.

    Sans intervention étatique, la balance commerciale d’un pays tend spontanément vers un équilibre fluctuant à la marge, d’excédents en déficits, en fonction des cycles des marchés. Une balance systématiquement positive, ou systématiquement négative comme on peut l’observer en France, traduit un déséquilibre économique interne, autrement dit une crise, dont l’origine se trouve toujours être l’intervention politique néfaste et abusive des hommes de l’Etat dans un domaine pour lequel ils sont parfaitement incompétents. Mais de quoi ces minables cuistres se mêlent-ils ?

  • Pour répondre à la question posée : Faut-il se réjouir de la baisse du déficit commercial français ?
    La réponse est « oui » pour un socialiste pacsé avec un EELV adepte de la décroissance dans une majorité hétéroclite issue de tractations d’arrières cuisines et « non », pour tout autre personne saine d’esprit et soucieuse d’avoir une économie nationale compétitive.
    Vu que ceux qui nous gouvernent non visiblement pas encore lu leur exemplaire de « l’Économie expliquée aux nuls », rien d’étonnant que cette « ministre » puisqu’il parait que c’est son titre, y voit une bonne nouvelle.
    Quand elle doit discuter chiffres avec Moscovici…. cré vin diou, ça doit dépoter sévère ! La conversation ne doit pas être à la portée des non-initiés…amateurs, s’abstenir.

    • Les politiques ont toujours écarté l’enseignement de l’économie des programmes scolaires. On comprend pourquoi. 1 français sur 2 ne sait pas interpréter un pourcentage, appliquer une règle de 3, après 15 ans passés à l’école. Même intention.

      • Concernant l’enseignement de l’économie, il se fait, mais à la mode socialiste et uniquement celui-là, où on apprends à notre jeunesse à quel point ces « salauds de patrons » sont des esclavagistes se nourrissant du sang de leurs salariés (j’exagère à peine !) et c’est bien là tout notre drame, qui aboutit, selon un sondage que j’ai lu il y a plusieurs mois déjà, à ce qu’ une majorité de jeunes aspirent à devenir « fonctionnaires » au lieu de se penser entrepreneurs, artisans ou même salariés du privé (trop de risques d’être exploité) !
        Pour le reste, je suis 100% OK avec vous, concernant la règle de 3, ils ne savent même pas ce que c’est, d’ailleurs !
        Quand on y réfléchi, ça rassure pas.

  • Ben, c’est pas avec ça qu’on deviendra un BRICS!!

  • Comme le disait Madelin à la radio, la balance commerciale de Saint-Tropez doit être sérieusement déséquilibrée, et pourtant on ne peut pas dire que la ville est pauvre.

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