L’État contre le progrès

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San Francisco : l’administration publique bloque les entrepreneurs qui cherchent à développer un système révolutionnaire de location de voitures.

San Francisco : l’administration publique bloque les entrepreneurs qui cherchent à développer un système révolutionnaire de location de voitures.

Par Édouard H.

Le capitalisme, c’est le progrès. On entend souvent ce mot être utilisé dans le champ lexical relatif à l’État, supposé nous apporter du « progrès social » et autre joyeusetés. Mais si l’on va au-delà des apparences, au-delà des mots, on ne peut que voir la réalité : c’est le marché libre qui fait aller l’humanité de l’avant, tandis que l’État n’est au mieux qu’un parasite venant s’accaparer une partie des gains, au pire une machine à ralentir voire empêcher à la base même le progrès. J’entends déjà les voix au loin « méziléfou » et autres « n’importe nawak », alors je vais illustrer ce phénomène par un exemple tout récent.

Dans cet article daté du 15 juillet dernier de venturebeat intitulé « San Fransisco bloque l’entreprise de transport la plus innovante », on nous raconte l’histoire de ces entrepreneurs qui cherchent à mettre en place un système révolutionnaire de location de voitures, mais qui se voient refuser l’opportunité d’offrir ce service aux habitants de San Fransisco car la Mairie les en empêche. Le titre de l’article est à ce propos malvenu : ce n’est pas « San Fransisco » qui bloque l’entreprise mais la Mairie, il s’agit de bien dissocier les deux.

Le principe de ce service appelé « Car2go » est simple mais génial : plutôt que de louer une voiture d’un point fixe et de devoir retourner la voiture à ce même point fixe ou à un autre emplacement fixe de l’entreprise, avec Car2go vous prenez une voiture, vous allez à votre destination, et vous la laissez. C’est aussi simple que ça. Pour trouver une voiture disponible, vous utilisez une application sur votre smartphone.

Les avantages pour les habitants de San Fransisco seraient immenses : à la différence des locations de voiture traditionnelles, vous ne payez pas quand vous n’utilisez pas la voiture. Imaginons que vous vouliez vous promener dans un parc. Avec un modèle classique de partage de voiture, vous devez payer pour tout le temps que vous passez dans le parc. Avec Car2go, vous ne payez que le temps où vous êtes en effet en train d’utiliser la voiture. Cela a aussi l’avantage d’augmenter l’utilisation de cette voiture : les voitures passent plus de temps conduites sur la route et moins de temps garées, empêchant les autres d’utiliser l’espace de parking. Ce système apporte donc des avantages non seulement à ses utilisateurs, mais pour toute personne qui cherche des places de parking. Merveilleux, non ?

Les technocrates de la Mairie de San Fransisco, dans un bel élan de planisme central (qui, on le sait, donne à chaque fois de splendides résultats), veulent étendre la disponibilité des services de partage de voiture sur la ville et ont donc créé un Plan qui force les organisations de partage de voiture à offrir des voitures dans des zones éloignées. De l’autre côté, Car2go offre une solution bien plus intelligente : ils utilisent leurs données pour savoir en temps réel où les voitures sont en effet utilisées.

Les voitures peuvent finir leur trajet n’importe où dans la ville, et Car2go utilise ces données pour constamment redessiner les frontières du service en fonction de la demande. Si les gens d’un quartier donné ne veulent pas du service, ce serait une mauvaise allocation des ressources que de mettre des voitures là-bas. Là où la Mairie tâtonne dans le noir pour mettre en place plus ou moins arbitrairement des emplacements, risquant continuellement d’allouer des ressources rares de manière complètement déconnectée de la demande réelle, Car2go adapte en temps réel son offre pour qu’elle corresponde au mieux à ce que les gens veulent. Grâce au marché libre, les ressources rares sont allouées efficacement.

Mais que nenni. La Mairie de San Fransisco refuse. « While promising in many respects, the potential benefits and effects of the one-way model are still insufficiently documented and understood at this time », ce que l’on peut traduire par « Bien que prometteur par de nombreux aspects, les potentiels bénéfices et effets du modèle à trajet unique sont toujours insuffisamment documentés et compris pour le moment ». L’État (compris ici au sens large) a peur de l’inconnu. Il a peur de ce qu’il ne contrôle pas. Il empêche des entrepreneurs de prendre des risques. Si le service s’avérait être un échec, ce sont les entrepreneurs capitalistes eux-mêmes qui en subiraient les conséquences et perdraient les fonds investis et non pas l’État ; le refus est donc d’autant plus absurde. D’où serait-ce à l’État de juger ou non si un service est appréciable à la place de la société civile ? Nos chers dirigeants seraient-ils doués d’un 6ème sens que nous ne possédons pas, appartiennent-ils à une race différente ?…

Cet événement met en lumière de manière très claire le fonctionnement d’un marché libre. Des entrepreneurs ont une idée. Ils voient un problème et tentent d’y apporter une solution. Cette solution pourrait s’avérer mauvaise, ou les gens pourraient très bien ne pas l’apprécier, impossible de connaître avec certitude le futur. Face à cela, les entrepreneurs franchissent le pas, investissent temps, énergie et argent dans un projet dans lequel ils croient. Font-ils cela dans un esprit de « service public », font-ils ça dans le but d’améliorer le sort de l’humanité ? C’est possible, mais ce n’est souvent pas le cas. Ils ne le font que dans une optique de gains personnels. Et au passage, ils rendent notre sort à tous plus enviable. Des ressources auparavant inutilisées ou sous-utilisées sont redirigées vers de meilleurs usages. Ces entrepreneurs sont faillibles, ils peuvent faire des erreurs, auquel cas la faillite survient tôt ou tard et les ressources sont de nouveau redirigées. À pas plus ou moins grands, l’humanité progresse.

Et face à cela il y a l’État. Que tous ses adorateurs se rendent bien compte d’une chose : avant d’être producteur de services (services aux business model la plupart du temps archaïques et qui pourraient être fournis de manière plus efficace sur un marché ouvert et libre, mais ce n’est pas l’objet de cet article), avant tout donc l’État est une gigantesque machine à empêcher de tourner en rond.

Avant d’organiser et financer le feu d’artifice du 14 juillet près de la Tour Eiffel, l’État c’est une immense organisation qui, pour toutes sortes de raisons (influence des corporatismes en touts genre, soif de pouvoir de ses agents, clientélisme des élus…), use de son extraordinaire monopole de la violence légitime pour ralentir voire complètement arrêter comme c’est le cas ici tout progrès de la société civile. Point de théorie du complot ici, la plupart des agents qui sont aux manettes de l’État agissant avec une ferme croyance que leurs actions servent le fameux « Intérêt Général ». L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Chers lecteurs, osez soulever le drap de sainteté qui couvre trop souvent l’État, osez regarder et dénoncer ses agissements les plus odieux. Et célébrez les innovations que les entreprises et autres organisations libres en tous genres nous apportent dans les zones de la société civile qui ne sont pas complètement contrôlées par l’État. Car c’est cette force-là, cette puissance merveilleuse et spontanée de la société civile qui nous a permis d’atteindre le degré de richesse dont nous avons la chance de bénéficier aujourd’hui.