Fiscalité : ce qu’en pense Ron Paul

Il n’y a pas de petit impôt. L’État ne fait qu’augmenter la taxation et multiplier les justifications à l’impôt – services publics, santé, enseignement, dépenses militaires.

Il n’y a pas de petit impôt. L’État ne fait qu’augmenter la taxation et multiplier les justifications à l’impôt – services publics, santé, enseignement, dépenses militaires. Il en va de notre liberté de ne pas associer taxation et civilisation.

Extrait de Liberty Defined, Ron Paul, 2011. Traduction : Thierry Falissard

« Les impôts sont le prix que nous payons pour la civilisation », affirme Oliver Wendell Holmes [1] Voilà une affirmation qui nous a coûté bien cher. La civilisation découle du développement économique, moral et social. La liberté en est une condition préalable. Les impôts et le pouvoir de taxation sont destructeurs de la civilisation et de tout progrès. Régir l’économie, dominer le monde et faire financer tout cela, sous la contrainte, par des individus productifs, est un viol du principe des droits naturels ; poussé à l’extrême, ce système détruit les moyens de production et la richesse du pays.

A la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècle, les Américains ont été en grande partie épargnés par la fiscalité. Les recettes fiscales fédérales provenaient des droits de douane, une forme regrettable d’impôt indirect, mais qui n’attaquait pas directement les droits de propriété des citoyens. Le seizième amendement à la Constitution a changé cela. Une fois instauré l’impôt sur le revenu, toute la structure de la relation entre le gouvernement et le citoyen allait changer. Une philosophie différente était alors à l’œuvre, qui présumait que le gouvernement avait un droit sur les efforts productifs de chaque travailleur.

Bien que la taxation soit faible au début, la nature humaine est telle que les politiciens et les bénéficiaires des largesses étatiques font en sorte que les impôts augmentent inexorablement. La plupart des gens ne pensent qu’aux dommages causés par un impôt sur le revenu excessif, mais il y a beaucoup d’autres taxes : sur les ventes, sur la propriété, taxe scolaire, taxe au niveau du comté, de la ville, de l’Etat, droit d’accise et impôt sur les successions, tous prélèvent leur part.

Plus l’Etat prélève d’impôts, plus les besoins augmentent, car l’Etat est un plus mauvais gestionnaire que l’individu, et l’argent obtenu est toujours utilisé à mauvais escient. Tant que les gens croiront à cette absurdité que la fiscalité est une bénédiction, que s’y opposer signifie s’opposer à la civilisation, que c’est antipatriotique et moralement inacceptable, nous assisterons à un déclin continu de la civilisation. Les premiers patriotes américains comprenaient bien la nature destructrice de la fiscalité.

Les gens tolèrent les impôts un certain temps parce qu’ils disposent déjà d’une certaine richesse. Comme la charge fiscale s’accroît et que la productivité chute, les recettes fiscales diminuent et la seule solution semble être d’augmenter les impôts. Si les gens ne tolèrent plus d’augmentation d’impôts, le gouvernement emprunte simplement et gonfle la masse monétaire, puis cette taxe qu’est l’inflation reprend son dû en portant les prix à un niveau plus élevé. L’ensemble du processus déstabilise le système politique et finit par devenir une menace pour le progrès et la civilisation.

L’idée qu’en contrepartie des impôts « payés » par les citoyens ces derniers peuvent bénéficier des avantages sociaux d’un Etat compassionnel, peut causer des dommages irréversibles à une société civilisée. Se reposer sur l’Etat pour prendre soin de soi-même diminue fortement la responsabilité personnelle. Les dépenses étatiques sont inappropriées et interfèrent, quant à l’allocation du capital, avec la sagacité du marché. Seuls en profitent les politiciens, les bureaucrates et les intérêts particuliers des bénéficiaires des programmes de dépenses étatiques. Le pays s’appauvrit et la colère monte.

Pendant longtemps, on a chanté les merveilles du financement de l’enseignement public par les contribuables, et de la gratuité de l’enseignement pour les masses. Le bilan qu’on peut en tirer est actuellement sérieusement remis en question, alors que de plus en plus d’Américains mettent leurs enfants dans des écoles privées et pratiquent l’instruction à domicile. Nos écoles publiques sont totalement inefficaces et très coûteuses. Les coûts sont répartis d’une manière qui inflige des dégâts économiques et cause un terrible gaspillage de ressources.

Le contrôle étatique sur les soins de santé financés par l’impôt n’a pas été un succès et pourtant les Américains exigent encore plus de la même chose. Pourtant augmenter les taxes ne donne pas un système médical plus moderne et plus civilisé.

Parfois, le succès partiel d’un programme financé par les contribuables procure un faux sentiment de sécurité. Mais nous devrions nous demander s’il n’y aurait pas une autre solution pour offrir le même service, sans passer par la taxation étatique ! Les dollars consacrés à des services publics tels que la santé ne disparaissent pas quand l’on diminue ou supprime les impôts : ils sont simplement dépensés ailleurs et de façon plus efficace, sans que des bureaucrates du public ou du privé s’interposent entre le médecin et les patients.

Beaucoup de gens oublient que la règlementation agit comme un impôt, et que celle-ci est pléthorique. Les gens croient que sans une règlementation étatique massive la société irait à vau-l’eau et tomberait dans la barbarie. Mais un système qui ne repose pas sur une énorme bureaucratie et sur une fiscalité élevée n’est pas anarchique pour autant : les règles contractuelles, les droits de propriété, l’argent honnêtement gagné, les échanges volontaires ainsi que d’indispensables lois sur la faillite fournissent ordre et efficacité.

Pire encore que le préjudice économique causé par une fiscalité effrénée, la conséquence la plus barbare de ce pouvoir de taxation est le financement de guerres insensées et les cadeaux offerts au complexe militaro-industriel. L’usage de fonds issus d’un système taxatoire et inflationniste, et le déclenchement de guerres sans déclaration préalable, créent une situation dangereuse pour nous tous. Notre présence dans le monde entier (dans plus de 130 pays) ne pourrait se maintenir sans le pouvoir taxatoire. Notre politique de guerre préventive tous azimuts rend le monde plus dangereux, ce qui constitue en soi une menace pour la civilisation.

La fiscalité nécessite la force et la menace de l’usage de la force. Cela signifie toujours une violation des libertés individuelles et de la Constitution. La liberté en souffre. Pourtant, plus il y a de liberté dans un pays, plus il devient productif et civilisé. La fiscalité fait obstacle à cela.

La philosophie de l’étatisme forcené entraîne un besoin accru en ressources. Plus étendu est l’Etat, plus il lui faut de ressources, ce qui menace la stabilité économique et politique.

La justification de l’étatisme et d’une fiscalité effrénée est de nature collectiviste. Un système de droits de propriété privée, de marché et de libre-échange, ainsi qu’un système monétaire solide, tout cela ne nécessite pas une fiscalité à niveau élevé. Une approche minimaliste de l’Etat et de la fiscalité ferait obstacle à la guerre à l’étranger et au gaspillage dans le pays.

Les groupes et les personnes qui plaident pour une fiscalité élevée et un Etat très étendu sont de ce fait même en contradiction avec la contrainte constitutionnelle sur les activités de l’Etat fédéral. Ils ne peuvent être en même temps les champions des libertés individuelles et promouvoir l’ingérence de l’Etat dans nos vies économiques et personnelles. Ceux qui défendent l’aventurisme militaire à l’étranger ne sont pas davantage crédibles quand ils parlent de liberté individuelle et d’équilibre budgétaire.

Une fois que les politiciens s’embarquent dans le militarisme ou dans l’assistanat, ce sont les dépenses qui deviennent un problème, plus important même que la levée des taxes qui serviront à payer les factures. Politiquement, il y a des limites au degré de taxation que les gens peuvent tolérer, mais l’appétit pour la dépense publique ne faiblit jamais. C’est pourquoi on continue à emprunter et à s’endetter, de façon exponentielle, jusqu’à ce que survienne l’inflation, qui est l’impôt qu’on payera ultérieurement. Si notre nation continue à croire que la civilisation doit reposer sur la fiscalité, que payer pour cela est judicieux et que c’est la seule solution, nous sommes condamnés. C’est très dommageable pour la cause de la liberté.

Bibliographie :
Frank Chodorov : The Income Tax: Root of All Evil, 2007. Auburn, AL: Mises Institute.

Notes :

  1. Oliver Wendell Holmes Jr. (1841–1935), juge de la Cour suprême.