Les génocides de Staline

Les Génocides de Staline, par Norman M. Naimark (Crédits : L'Arche, tous droits réservés)

L’historien Norman M. Naimark, spécialiste de la période soviétique à l’Université de Stanford, démontre – exemples à l’appui – que les assassinats de masse perpétrés dans les années 1930 en URSS sont des génocides.

L’historien Norman M. Naimark, spécialiste de la période soviétique à l’Université de Stanford, démontre – exemples à l’appui – que les assassinats de masse perpétrés dans les années 1930 en URSS sont des génocides.

Par Bogdan Calinescu.
Un article de l’aleps.

Les années 1930 en URSS sont connues comme des années de purges, de déportations et d’assassinats de masse sur tout le territoire. Plusieurs historiens l’avaient dit et l’ouverture des archives le confirme. Les actions menées par Staline et ses sbires durant cette période relèvent bien du génocide dans le sens qu’il y a eu intention délibérée d’élimination d’une catégorie de la population.

Staline a ordonné la mort de 15 à 20 millions de personnes. Personne n’a fait mieux… Il prenait un malin plaisir à donner ces ordres d’élimination. Il « agitait devant ses subordonnés la menace mortelle de la déportation, de la vie au Goulag et de l’exécution, guettant leurs réactions à ses provocations, à ses railleries et à son humour sadique. Parfois il leur tendait un piège, assistait à leur arrestation, leur faisait espérer une grâce, puis les faisait emmener pour être interrogés, torturés et fusillés. Il fit même emprisonner et déporter les épouses, les enfants, les frères et les sœurs de ses plus proches compagnons, observant le moindre signe prouvant qu’ils flanchaient du fait de la pression ». Lorsque l’un des condamnés arrivait à se suicider (ce qui était déjà un exploit en soi) et laissait une lettre clamant son innocence, Staline prenait ce geste pour la meilleure preuve de culpabilité. Aucun historien ou biographe n’a vraiment réussi à remonter aux sources des penchants meurtriers de Staline. Certains ont invoqué son enfance assez brutale avec un père alcoolique qui le battait, d’autres sa vie « sentimentale » et la mort de sa première femme… Comme dans le cas d’Hitler, ce ne sont que des suppositions. Mais ce qui est sûr, c’est que Staline a bien appliqué à la lettre les préceptes de son mentor, Lénine. C’est celui-ci qui a été le grand ordonnateur des massacres de masses au nom de la « purification sociale ». Staline était bien considéré comme « le meilleur élève de Lénine ».

L’une des premières victimes de Staline a été le koulak. En russe, cela signifie « le poing » car le koulak était considéré comme un paysan avare qui refuse la collectivisation et s’oppose au régime soviétique. Staline ordonne leur extermination. Entre 1929 et 1932, quelque 10 millions de koulaks furent expulsés de chez eux. En 1930, 20 201 condamnations à mort de koulaks furent prononcées et en janvier 1932, près de 500 000 koulaks étaient morts dans les camps. Les koulaks étaient définis en termes de famille et non d’individus. Non seulement le chef de famille et sa femme étaient considérés comme des koulaks mais aussi tous leurs parents, jeunes et vieux ! Le statut de koulak était héréditaire. Aujourd’hui, de nombreux témoignages et documents montrent clairement que la déportation des koulaks vers le Goulag n’avait d’autre but que leur extermination.

De même, la famine provoquée délibérément en Ukraine en 1932-33 peut être considérée  comme un véritable génocide. Elle fit entre 6 et 8 millions de victimes choisies par Staline. À cela s’ajoutent les exécutions de masse et les déportations des populations d’origine « étrangère » établies sur le territoire de l’URSS. Polonais, Allemands, Coréens sont éliminés parce qu’ils sont étrangers. Le même sort fut réservé aux Tchétchènes, Ingouches ou Kazakhs. Durant la Grande Terreur de 1937-38, presque 700 000 individus furent exécutés ; ils étaient considérés comme des « ennemis du peuple ». Pourtant, ce terme n’entre pas (encore) dans la définition de génocide…

• Norman M. Naimark, Les génocides de Staline, L’Arche Éditeur, 2012, 144 pages.


Sur le web.