Europe : penser autrement

L’État providence doit être repensé pour réconcilier – selon un modèle alternatif – la croissance économique avec la solidarité sociale.

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Europe : penser autrement

Publié le 18 juin 2013
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L’État-providence doit être repensé pour réconcilier – selon un modèle alternatif – la croissance économique avec la solidarité sociale.

Par Guy Sorman.

La gestion, indispensable, au jour le jour des comptes publics comme des entreprises privées interdit parfois d’apercevoir clairement les évolutions de long terme : la tactique nuit alors à la réflexion stratégique. Ainsi, si nous contemplons un instant, au calme et avec recul, le paysage européen et tentons d’interpréter ce qu’il est convenu de nommer « la crise » de l’Union européenne, pouvons-nous discerner deux perspectives de long terme qui, toutes deux, appellent à une réflexion plus approfondie que le simple raccommodage de nos budgets et de nos banques.

La défaillance des finances publiques, tout d’abord, ne saurait être résolue seulement et durablement par les manœuvres de court terme qui s’imposent actuellement, tels le rabotage à la marge des dépenses sociales et le grignotage fiscal à la hausse des revenus des particuliers et des entreprises. Certes, on parviendra progressivement, par ces expédients, à réduire le déficit et ramener vers le bas les taux d’emprunt sur le marché financier ; mais qu’aura-t-on résolu de fondamental ? Rien. Car la crise présente des finances publiques est, au plus profond, celle d’un État-providence qui fut édifié, avec générosité, quand la croissance était forte et la démographie  dynamique. Ces deux fondements ayant durablement disparu, c’est l’État-providence tout entier qu’il faut repenser pour réconcilier – selon un modèle alternatif – la croissance économique avec la solidarité sociale. Ce qui est possible : par exemple, en remplaçant toutes les prestations sociales actuelles par ce que Milton Friedman nomma « l’impôt négatif » sur le revenu et que je préfère appeler le « Revenu minimum universel » : l’État garantirait à chaque citoyen en situation légale ne pas tomber en-dessous du seuil de la pauvreté. Au-dessus du seuil de la pauvreté, on paye l’impôt, en-dessous, on reçoit. Il reviendrait alors à tous, sur la base de leur responsabilité personnelle, de gérer au mieux et à leur convenance, l’aide publique ainsi allouée. Toute bureaucratie sociale pourrait disparaître et la solidarité serait indexée sur le PIB disponible, sans endettement.

La crise en Europe révèle aussi une autre mutation, plus fondamentale encore et plus difficile à réparer : l’économie européenne est toute entière prise en tenaille entre les États-Unis et la Chine. À l’Ouest, les Américains détiennent le quasi-monopole de l’innovation et la capacité entrepreneuriale et financière de transformer cette innovation en produits marchands. Ajoutons à cet avantage que les coûts de production aux États-Unis, en particulier grâce à la baisse des prix de l’énergie, sont maintenant inférieurs à ceux de l’Europe. Selon le Boston Consulting Group, le coût de production par unité industrielle sur une base 100 aux États-Unis, revient en moyenne en Europe à 119, énergie et main-d’œuvre expliquant la différence. Tandis qu’à l’Est, la Chine maîtrise la double capacité de produire en masse des produits désormais fiables, à des coûts inférieurs à ceux des États-Unis et de l’Europe. Toujours sur une base 100 aux États-Unis, le coût industriel unitaire est, en Chine, de 93.

Prise dans cet entre-deux, la marge de l’Europe est étroite, sauf à nous consacrer au tourisme et au luxe, ce qui n’est pas si mal mais insuffisant pour employer tous les Européens. Où est l’issue ? Il reste aux Européens à créer le plus grand nombre possible de « niches », produits et services de série limitée mais de qualité exclusive irremplaçable, ce que les Américains ne savent pas trop faire et ce que les Chinois ne savent pas trop produire. Une économie de « niches », m’objectera-t-on, ce n’est pas glorieux ! Mais si, parce que le monde allant s’individualisant, les consommateurs iront en se singularisant. Si tout ce qui sera Made in Europe se révèle différent, singulier, excellent et incomparable, les économies européennes retrouveront une vocation spécifique, entre les deux géants précités. Voyez la Suisse comme modèle, évidemment. Toutes marques dotées d’une forte personnalité, généreraient suffisamment de profits et d’emplois pour renouer avec la confiance en nous-mêmes et celle du monde avec l’Europe.

Ne pas banaliser l’Europe est ce qui sauvera l’Europe : ceci vaut pour chaque entreprise existante et à créer, de la plus modeste fabrique artisanale jusqu’aux grandes industries. Il reste aux gouvernements à intégrer cette stratégie de long terme dans leur raisonnement de court terme.

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  • Non je ne crois pas :

    Il reste aux gouvernements à intégrer cette stratégie de long terme dans leur raisonnement de court terme.

    Pourquoi sauver une Europe des Etats. Il faut une Europe tout court….les Etats ont prouvés leurs incompétences. Qu’ils laissent le pouvoir aux peuples, aux entreprises et au marché, tout simplement….

  • Similaires dans leurs effets à l’Etat-providence que nous subissons, les dispositifs de revenu minimum universel ou d’impôt négatif trouvent rapidement leurs limites du fait des passagers clandestins qui font le choix du parasitisme pour ne pas avoir à travailler.

    Si les assurances se justifient pour couvrir les accidents de la vie (maladie, handicap, sénilité), elles relèvent de l’assurance privée sur le marché libre, comme n’importe quel service pour lequel on est en mesure de définir un prix et une quantité. A la rigueur, on peut discuter la nécessité régalienne d’imposer l’obligation d’une couverture minimale afin d’éviter l’irresponsabilité volontaire de ceux qui refuseraient de s’assurer, espérant extorquer un secours charitable à autrui. Par exemple, la retraite par capitalisation n’est pas incompatible avec l’obligation d’épargner pour sa retraite un pourcentage minimal de ses revenus.

    • Oui mais le phénomène de passager clandestin existe quel que soit le système d’aide mis en place. Il reste négligeable, et ne saurait justifier la suppression du système d’aide. La grande majorité des actifs préfère se sentir utile à la société en travaillant que de vivre à son crochet. Un système d’aide est globalement bénéfique à la société. N’oublions pas que l’ensemble de ces aides sont réinjectées en consommation dans l’économie, ce qui permet de limiter la casse en cas de crise.

  • C’est la première fois que j’aime un de vos articles ! lol

  • L’économie est simple. Ce qu’on taxe est réduit, ce qu’on subventionne se multiplie. Subventionnez la pauvreté et vous en aurez plus. Taxez la richesse et vous en aurez moins.
    Le revenu minimum universel est un progrès par rapport au maquis des aides actuelles, par la simplicité et l’égalité qu’il apporte, mais fondamentalement il ne résout rien.

  • « L’état providence doit être repensé. » Le stalinisme aurait-il dû aussi être repensé ?

    « L’Europe. » Qui est l’Europe ? Je doute qu’il s’agisse celle du libre-échange.

  • L’ennui des bonnes idées lapidaires, c’est qu’elles sont forcément simplistes.

    Pour créer des choses exceptionnelles, il faut des entrepreneurs exceptionnels,entourés de collaborateurs exceptionnels, tous exceptionnellement motivés.

    Or, dans le socialisme de nivellement par le bas, seule la médiocratie revendicatrice a droit de cité. Mieux vaut s’établir sur un bateau, hors des eaux territoriales !

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