Résister à la banqueroute : l’Islande montre l’exemple

L’exemple islandais montre que laisser les banques faire faillite permet une reprise forte et relativement rapide après une période de difficulté économique.

L’exemple islandais montre que laisser les banques faire faillite permet une reprise forte et relativement rapide après une période de difficulté économique.

Par Matthew Feeney depuis les États-Unis.
Un article de Reason.

Les contribuables européens (et américains) terrifiés depuis 2008 par leurs gouvernements les alertant d’un Armageddon économique, de catastrophes et de la peste, devraient se tourner vers la minuscule Islande pour voir qu’il y a peu à craindre lorsque les experts ne peuvent sauver les gens.

Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, a récemment qualifié les performances économiques de l’Islande d' »impressionnantes« . Au cours des dernières années, la petite île de l’Atlantique Nord a réussi à réduire son déficit, réduire son chômage et permettre à son économie de se développer.

Pendant ce temps, sur le continent européen, il n’y a guère de croissance économique à observer, et les pays qui se sont engagés à mettre en place des réformes d’austérité nécessaires ont très certainement échoué.

La croissance de l’État, l’activisme budgétaire et le ressentiment national sont la norme. Des responsables de la zone euro ont tenté d’aider les pays lourdement endettés comme la Grèce, le Portugal et l’Italie à éviter l’effondrement du système bancaire et la sortie de la monnaie unique. S’ils avaient examiné l’exemple de l’Islande, ils pourraient voir qu’un effondrement financier temporaire et la souveraineté monétaire offrent de meilleures chances de reprises économiques que les renflouages soutenus par des politiques d' »austérité » impopulaires et inapplicables.

L’Islande, comme le reste de l’Europe, a été confrontée à une situation économique presque sans précédent en 2008. La Banque centrale d’Islande a tenté de sauver certaines des plus grandes banques du pays, se mettant elle-même en faillite dans le processus. Les plus grandes banques d’Islande détenaient près de 10 fois le PIB du pays en actifs (en grande partie étrangers) en 2008. La Banque centrale d’Islande fut forcée de tenter le sauvetage après avoir accepté de garantir de futurs plans de sauvetage en 2001. Avec la banque centrale hors service et un secteur financier paralysé, le PIB islandais chuta fortement.

Parce que la plupart des actifs détenus par les banques islandaises étaient étrangers, la retombée diplomatique fut presque aussi grave que celle économique. Le Premier ministre britannique de l’époque, Gordon Brown, utilisa  la législation anti-terroriste afin de geler les dépôts d’une banque islandaise au Royaume-Uni.

Le PIB islandais par habitant était d’un peu plus de 65.500$ en 2007, contre près de 38.000$ en 2009. Il serait cruel de négliger l’effet d’une perte soudaine de richesse telle que l’a connue l’Islandais moyen sur son bien-être économique. Voir des investissements que vous pensiez sûrs disparaître est malheureux au mieux et tragique au pire. Toutefois, l’avenir économique des jeunes Islandais sera probablement bien meilleur que leurs pairs en Grèce.

Les Islandais seront mieux lotis que les Grecs précisément parce que les institutions financières se sont effondrées en Islande, paradoxalement en partie à cause de mécanismes mis en place par la Banque centrale d’Islande pour éviter cet effondrement. L’effondrement économique a permis un refinancement correct. La Grèce a souffert de trop d’attention et à cause de cela, la taille réelle de l’économie grecque a été oubliée.

Le PIB de la Grèce est à peu près l’équivalent de celui du Maryland (NdT : un État américain), environ 300 milliards de dollars. La zone euro dans son ensemble a un PIB de près de 12.000 milliards de dollars. De tels chiffres mettent en évidence les motivations strictement politiques derrière la tentative de sauvetage de la Grèce par le reste de la zone euro. Certes, une sortie grecque de la zone euro serait un événement majeur. Cependant, l’exemple islandais montre que laisser les institutions financières être en faillite permet une reprise forte et relativement rapide après une période de difficulté économique.

Sans surprise, les tentatives gouvernementales pour résoudre la crise financière européenne ont aggravé la situation et humilié sévèrement les pays les plus affectés. Si la Grèce avait fait défaut sur sa dette et quitté la zone euro au début, les effets politiques et économiques auraient été bien moins terribles par rapport à l’effet d’une sortie grecque maintenant. Ce qui est oublié dans l’exemple islandais, c’est que bien que la réaction initiale internationale à l’effondrement de l’Islande fût la colère, la réputation du pays s’est rétablie. L’animosité entre les Grecs et les autres Européens (en particulier les Allemands) ne va pas diminuer d’ici quelques mois. Trop souvent, les changements culturels qui se déroulent en Europe sont éclipsés par le fiasco économique.

La comparaison entre la Grèce et l’Islande n’est pas parfaite. Si le PIB grec de 300 milliards de dollars le met à égalité avec le Maryland, l’Islande et ses 15 milliards de dollars est même en dessous du Vermont, l’État américain au PIB le plus bas. Mais quoi de mieux ? La stagnation économique causée par la doctrine du « Too Big to Fail », dont la « crise » de l’Euro est l’exemple le plus monstrueux, résulte du fait que les décideurs pensent que le même calcul que vous savez vrai au niveau local ne s’applique pas au niveau macroéconomique. Les banques centrales ont tort sur le sujet et l’exemple de l’Islande fournit à la Grèce et au reste de l’Europe continentale un exemple précieux.

Malheureusement, il semble que ce sera une leçon apprise avec le recul. La gravité des effets de l’activisme budgétaire et monétaire sur la zone euro dépendra en partie de la rapidité avec laquelle les décideurs politiques du continent pourront abandonner leur agenda politique et se concentrer sur l’économie.


Sur le web. Traduction : Cthulhu/Contrepoints.