Encore de bonnes idées pour rembourser la dette

Régulièrement, on voit fleurir des « idées » pour rembourser la dette française. Malheureusement, elle n’est plus remboursable.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Dette publique française

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Encore de bonnes idées pour rembourser la dette

Publié le 3 juin 2013
- A +

Il y a quelques années, on lisait avec un peu d’étonnement (ici par exemple) que la dette publique n’était pas un problème, qu’il fallait boire frais, que tout était sous contrôle et qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. Après tout, un État comme la France ne peut pas faire faillite, et puis la dette est bien soutenable, youkaïdi, youkaïda, restons détendus. Les années passant, le discours s’est dilué (comme par exemple), tant il est vrai que les finances des pays ne se sont pas améliorées. Heureusement, la France n’est pas à cours de bonnes idées !

Oui, maintenant, il semble clair que les montants de dette sont effectivement colossaux, et que la soutenabilité de cette dette n’est plus tip-top assurée ; d’ailleurs, le sujet revient, discrètement, de temps en temps, sur les plateaux télé et l’un ou l’autre article dans un média qui se sera laissé aller à une réflexion sur le sujet (entre deux saillies d’idiote pneumatique de télé-réalité). Parfois, on découvre un éclair de lucidité dans la bouche d’un ministre (Michel Sapin en fit un peu les frais dernièrement). Et il est vrai que les chiffres laissent songeur : pas loin de 2000 milliards d’euros de dette étatique turbo-libérale, non compris les engagements des retraites, soultes diverses et autres régimes spéciaux (ultra-libéraux, je vous le rappelle), tout ça finit par se voir. Et oui, décidément, lorsqu’on doit exprimer une dette publique en notation scientifique, c’est que ce nombre est devenu très gros.

Pas étonnant, donc, que des armées d’économistes se soient penchées sur la question lancinante : comment rembourser tout ça ? À la fin du mois de mai, ce fut un certain Jacques Delpla qui s’y est collé et qui, dans un article sur Challenges, serré comme une course hippique de chevaux sous amphétamines, nous explique comment nous en sortir avec brio.

Avant de regarder LA solution de Delpla, il faut se rappeler que notre bonhomme n’est pas un complet inconnu (disons, presque pas : miracle de Wikipédia, même les fossoyeurs du peuple trouveront page à leur nom) : c’est un des soldats de la phalange keynésienne des Attali-boys, qui a participé, en son temps, à la Commission du même tonneau qui était parvenue à nous faire bien rire avec des propositions dont nous avons vu à quel point elles furent à la fois praticables et pratiquées. Au passage, on ne s’étonnera même pas que le site dédié à cette « libération de la croissance » affiche maintenant un magnifique panneau, parfaitement en phase avec la réalité de terrain vécue en France :

libération de la croissance française : 404 not found

small facepalmOui, un « 404 Not Found » pour la libération de la croissance en France, c’est parfaitement exact. Du reste, n’oublions pas qu’avec la puissance d’analyse d’Attali, chaque solution peut trouver un problème à la hauteur de cette référence de la pensée (il suffira de lire la consternante interview que son altesse intellectuelle aura accordée à la RTBF pour écarquiller les yeux deux minutes sur le « libéralisme ultra extrême » de la Commission européenne).

petit facepalmOn est donc en de bonnes mains lorsque notre économiste propose donc, en guise d’économies pour l’État, un petit calcul simple, voire simpliste : une taxe exceptionnelle qui s’appliquerait, en une fois, à un taux de 17 % sur tout le patrimoine de chaque Français au-delà de 30.000 euros. Le bonheur, c’est simple comme un coup de trique, surtout qu’avec ce qui s’est passé à Chypre, on peut maintenant ouvertement parler de spolier purement et simplement les Français sans que les gens ne bondissent.

Mieux : pour ce brave Delpla, tout ceci est même carrément libéral (mais pas néo ou ultra, ne poussons pas) :

« C’est une taxe libérale (et libératrice) à la Maurice Allais. Cette opération est, en moyenne, neutre sur le patrimoine des ménages: moins de patrimoine aujourd’hui contre moins de dette publique. »

Ben voyons, les enfants, c’est neutre et libératoire !

Facepalm

Ainsi, les épargnants français, pas du tout épargnés par cette nouvelle ponction (en plus de toutes les autres), vont continuer de se comporter de façon parfaitement neutre et libératoire. Il n’y aura pas de fuites de capitaux. Il n’y aura pas de mouvements de protestation. Il n’y aura pas de tentatives multiples et plus ou moins désespérées d’échapper à cette énormité. Excellent pour la consommation. Génial pour la production. Super pour l’investissement.

Ainsi, cette méthode simple et libératoire ne va pas du tout inciter le gouvernement à continuer la gabegie comme devant. Une fois la dette annulée (en imaginant que l’opération soit effectivement possible ainsi), imaginer que le gouvernement va subitement sucrer l’équivalent de l’impôt sur le revenu (qui sert, actuellement, à payer les intérêts d’une dette qu’on suppose donc évaporée), c’est imaginer qu’il est prêt à s’asseoir sur un gros paquet juteux de 50 milliards d’euros. Au moins, en terme de naïveté, Delpla ne fait pas dans la demi-mesure et s’offre ici un splif à 50 milliards.

Et surtout, l’opération prônée par notre économiste aboutit à la situation amusante d’un patrimoine français amputé de plusieurs pourcents, patrimoine qui sera donc concédé à ceux qui détiennent notre dette, soit… des étrangers. Reste à savoir si le peuple français peut vivre avec 15% du Louvre, de Versailles ou de leur propre baraque appartenant à des Qataris ou des Chinois. Je doute.

Bref : que d’excellentes raisons pour mettre en place un tel système, au vu des bénéfices retirés (relancer le bastringue socialiste pendant 40 ans, avec encore plus d’assistanat, de redistribution, de misère et de plans sociaux). Et puis, il faut bien se rendre à l’évidence : c’est beaucoup plus rigolo de spolier les citoyens, le peuple, que tout autre parti dans ces opérations de dette. D’abord, ils sont plus nombreux, ce qui entraîne une somme plus petite à ponctionner par tête de pipe. Ensuite, ils sont plus petits, désorganisés et pas très futés, ce qui fait autant de bonnes raisons d’aller leur cogner dessus.

Maintenant, si on revient à la réalité de ce qu’est la dette étatique française, force est de constater que ce n’est certainement pas à tout le monde, dans le même sac, de payer les pots cassés. Il y a bien des responsables, et c’est bien à eux de prendre leurs pertes. D’ailleurs, si l’on y réfléchit deux minutes, la dette est, par nature, un engagement des politiciens au-delà de la durée de leur propre mandat. En clair, ces crapules ont signé pour un prêt qu’ils n’auront jamais à rembourser. Et, de crapules en crapules, chacun se refile la patate chaude jusqu’au point de non retour (avertissement : le déchargement, c’est maintenant).

La dette, on s’en doute, ne sera pas remboursée. Trop grosse, dans un pays atone, gouvernée par des imbéciles, des incultes ou des clowns sinistres, elle ne pourra jamais l’être.

Il n’y a que trois sorties possibles : l’inflation, le défaut ou la spoliation du peuple. L’inflation est déjà prévue, mais, comme le dentifrice, elle sera difficile à remettre dans le tube une fois qu’elle sera brusquement sortie ; ne pariez pas sur la sagacité des élites qui nous gouvernent pour se calmer à temps. La spoliation du peuple, on l’a vue à Chypre, semble aller d’elle-même tant elle est douillettement installée dans le crâne de nos économistes.

Quant au défaut, qui aurait renvoyé les créditeurs à leur lourde responsabilité d’avoir tant prêté à des jean-foutres, des escrocs, des voleurs et des démagogues cyniques, qui aurait d’ailleurs conduit cette belle bande d’arsouilles sinistres à la potence ou la prison, ce défaut sera soigneusement évité.

Assemblée : CPEF
—-
Sur le web

Voir les commentaires (14)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (14)
  • Ce sera l’inflation, d’une façon ou d’une autre l’Etat remboursera en monnaie de singe (et l’aurait déjà fait sans le parapluie euro-mark).

  • Oui, on aura l’inflation et la spoliation.

    Tiens, du reste la hausse d’impôts continue : baisse du quotient familial ce matin.

  • OMG ! Il y a quelques semaines, j’avais fait le cauchemar d’un criminel rougeoyant proposant de taxer le patrimoine des Français pour effacer la dette de l’Etat (voir les commentaires de ce billet http://www.contrepoints.org/?p=123695). Maintenant, le cauchemar devient réalité. Je n’imaginais pas qu’il existait des socialistes suffisamment pervers et irresponsables pour oser une telle hérésie économique. Décidément, le jour de leur jugement venu, il n’y aura pas de punition assez sévère pour faire expier leurs fautes aux socialistes.

  • On subit tous l’irresponsabilité des élus face à la dette, même au plan local.
    En ces périodes difficiles, nos élus continuent de dilapider l’argent en n’arrêtant nullement les festivités. Ainsi, le maire communiste d’une banlieue, pressé de soigner sa propagande en vue des municipales 2014, organise un concert en plein air avec une chanteuse un peu connue ; ce qui lui permettra de prendre la parole pour répandre sa propagande clientéliste nauséabonde Mais les agents de l’artiste et les organisateurs du show, font des demandes financières impliquant qu’il faudra mettre le prix du billet à 35 ou 40 euros. Pas question répond le maire qui craint un bide pour sa propagande. Le billet d’entrée à 5 euros pour tous !
    Donc vous l’aurez compris, il va, une nouvelle fois, puiser dans le budget les 25 euros qui manquent.
    Les citoyens devraient, par la voie de la démocratie directe, pouvoir saisir un tribunal pour faire condamner de telles pratiques.
    Ces types doivent payer un jour.
    J’espère que tout le monde ici vomit ces pratiques.

  • pourquoi le défaut serait-il soigneusement évité ?

    • Sur le papier, c’est ce qu’il y a de pire puisqu’on ne peut plus rien emprunter ensuite. Sur le papier…

      • Avec l’euro et la BCE, l’inflation est difficile à mettre en oeuvre.
        Le défaut s’est déjà produit avec la Grèce et la spoliation avec Chypre…

  • Spoliation et inflation, et on oublie la vaseline et tous le tralala. Ça va faire mal….

  • Jospin avait raison en 2002 : http://www.youtube.com/watch?v=rzPjIqtCezM

    Il a eu l’intelligence de se retirer de la politique.

  • Et la nouvelle danse de l’année : le Sirtaki!!!Désormais on est tous grecs….

  • « des armées d’économistes se soient penchéEs »

    (désolé : pour une fois que j’en trouve une, je saute dessus 😉 )

  • « un État comme la France ne peut pas faire faillite »

    Non en effet, un état (tout court) ne peut pas faire faillite, pour la simple et bonne raison qu’il est (sensé*) être maître de sa monnaie. Comment un état peut il manquer d’argent alors qu’il peut (en théorie*) le créer? C’est absurde.
    Considérer un état comme un ménage est simplement erroné voire fallacieux.

    J’ai mis un * plus haut car la France (et presque tous les pays) ont donné lamentablement leur pouvoir régalien de création monétaire à des entités privées: les banques (y compris centrales qui n’ont pour la plupart rien à voir avec l’état puisque indépendante et même a capitaux privés, comme la FED)
    Ce sont les banques privées qui créent la monnaie par le mécanisme du crédit.

    Peut on payer la dette? La question serait plutôt, doit on la payer.
    Vous me direz que l’on doit honorer ses dettes mais je vais vous la faire autrement:
    Doit rendre de l’argent à une personne qui nous a prêté ce qu’elle n’avait pas?
    Comme dit plus haut, les banques privées ont le pouvoir de création monétaire par le mécanisme du crédit. Lorsqu’une banque fait un crédit, un prêt, elle crée la somme considérée (mettons 10 000), somme qui sera détruite au remboursement du crédit. Les intérêts par contre eux sont crées puisque issue du travail de l’emprunteur.
    Revenons à nos états: des banques ont prêté à la France de l’argent qu’elle n’avaient pas, leur prêt étant un crédit, donc une opération de création de la monnaie.
    La France en remboursant détruit cette monnaie, c’est l’opération monétaire normale, mais elle verse un intérêt sur ce crédit à la banque.

    Je résume: moi banque je prête de l’argent que je n’ai pas à un état en lui faisant crédit et l’état me rembourse avec de l’argent qu’il prend aux contribuable et j’y gagne même un intérêt. En somme, moi banque, je fais travailler le contribuable pour m’enrichir sans qu’il le sache.

    Je repose la question: Doit on payer cette dette?
    J’ajouterais même, qui spolie qui dans cette histoire?

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La situation n’est pas réjouissante : alors que l’État français entend se mêler de tout et régir la vie de ses habitants presque dans ses moindres dimensions, non seulement cette prétention se fait au prix d’un endettement faramineux (choix de société, diront certains) et de déficits permanents, mais cette politique de gribouille se fait sans vision du lendemain, sans réelle perspective, et sans aucune rigueur ni efficacité.

Un constat accablant qui met en jeu tant le présent que notre avenir, qui s’en trouve lourdement hypothéqué.

... Poursuivre la lecture

Dans l’accumulation de désastres de ce premier quinquennat, notre sémillant ministre en a raté un : en plein confinement covidien le 23 mars 2020, il n’a pas écouté les appels à nationalisation lancés par M. Roux de Bézieux, président du MEDEF, principal « syndicat d’employeurs français ». Oui, dans notre douce France rongée par le libéralisme le plus sauvage, on ne dit pas un « syndicat patronal » mais un « syndicat d’employeurs ». Et M. Roux de Bézieux suppliait le ministre du « quoi qu’il en coûte » de songer aux nationalisations. Pour mém... Poursuivre la lecture

Le risque d’un appauvrissement quasi généralisé en Occident, et spécialement dans l’Union européenne, est aujourd’hui très important.

Les politiques menées en Occident, et surtout celle de la Commission européenne, conduisent inévitablement à une grave diminution du niveau de vie.

Il ne s’agit pas, aujourd’hui, de parler de l’inflation qui accable notamment la zone euro.

Elle est certes un danger réel et important, surtout pour ceux qui possèdent des liquidités, des emprunts d’État ou autres obligations à long terme. Les ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles