La mondialisation sort les pays du Sud de la pauvreté

mondialisation

Au moment où le Brésilien Roberto Azevedo remplace le Français Pascal Lamy à la direction de l’OMC, il est bon de rappeler que le commerce international et la mondialisation ont sorti des pays entiers de la misère.

Au moment où le Brésilien Roberto Azevedo remplace le Français Pascal Lamy à la direction de l’OMC, il est bon de rappeler que le commerce international et la mondialisation ont sorti des pays entiers de la misère.

Par Jean-Yves Naudet.
Un article de l’aleps.

L’élection d’un Brésilien à la tête de l’Organisation Mondiale du Commerce est certes d’abord une affaire politique, puisque ce sont les États qui sont représentés à l’OMC. Mais on ne peut s’empêcher d’y voir un signe de l’évolution économique du monde, puisque c’est un représentant des pays émergents qui remplace un représentant des pays européens, en l’occurrence un Français. C’est l’occasion de rappeler que le commerce international et la mondialisation ont sorti des pays entiers de la misère et qu’une véritable classe moyenne se développe au sein des pays du Sud. Certains d’entre eux ont même rattrapé des pays européens.

Un Brésilien remplace un Français à la tête de l’OMC

Traditionnellement, les grandes organisations internationales à caractère économique sont présidées par des représentants des pays développés : c’est ainsi que deux Français, Christine Lagarde et Pascal Lamy, dirigent respectivement le FMI et l’OMC. On peut y voir, s’agissant de grandes bureaucraties internationales, dans lesquelles la politique joue un rôle majeur, le poids des pays occidentaux ; mais c’était aussi le signe du décalage économique entre le Nord et le Sud, les pays développés et le tiers-monde. Ce temps est révolu et, au-delà de toutes les considérations politiques, on peut en voir un signe dans le fait que la direction de l’OMC s’est jouée entre un Mexicain et un Brésilien, ce dernier, Roberto Azevedo, ayant finalement été désigné par les 159 pays membres. Qu’une organisation s’occupant de libéraliser le commerce mondial passe d’une direction européenne à celle d’un pays émergent n’est pas neutre.

Certes, l’Union européenne à 27, prise comme un tout, reste le premier exportateur du monde, mais la situation du commerce mondial a bien changé depuis un demi-siècle. La Chine est devenue le premier pays exportateur du monde, et, dans les vingt premiers pays exportateurs, on trouve une moitié de pays non occidentaux, issus de l’ex-tiers-monde. Les pays en développement, qui représentaient, en 1980, 20% du commerce mondial, en étaient en 2010 à 47%. On peut donc considérer que l’on en est aujourd’hui à 50%

Le commerce extérieur et la liberté, moteurs du développement

Beaucoup de pays émergents dégagent des excédents commerciaux, à un point tel que les deux tiers des réserves de change sont aujourd’hui détenues par les pays du tiers-monde. C’est donc un phénomène qui ne concerne pas seulement la Chine qui a, certes, près de 30% des réserves de change, mais aussi bien d’autres pays du « Sud » qui, même sans la Chine, ont désormais plus de réserves de change que tous les pays occidentaux réunis.

Cette émergence commerciale des pays de l’ancien tiers-monde est l’un des éléments clefs du développement de ces pays. Leur part croissante dans les échanges mondiaux n’est pas seulement le signe de leur développement, mais elle est d’abord à l’origine de ce développement. En dépit des réticences de la classe politique française, qui en reste encore à l’aide publique au développement, il faut bien se rendre à l’évidence : le commerce est la meilleure forme d’aide au développement ; c’est une forme qui profite à tous, aux exportateurs comme aux importateurs. Un échange est toujours un acte gagnant/gagnant, à partir du moment où il est libre.

Bien entendu, le commerce extérieur ne suffit pas, et il existe des conditions internes du développement ; contrairement à ce qu’ont enseigné longtemps beaucoup d’économistes, il n’y a pas deux méthodes en vue de la prospérité, une pour les pays développés et une pour les pays pauvres. Dans tous les cas, c’est la liberté économique qui conduit au progrès. Il suffit de regarder la corrélation qui existe entre les indices de liberté économique et le rythme ou le niveau du développement. Partout où l’on refuse la liberté des échanges ou des capitaux ou du marché du travail, partout où on préfère les entreprises publiques, les régulations et les prélèvements obligatoires, la croissance est en panne et le développement ne se produit pas ; inversement tous ceux qui ont opté pour la liberté économique se développent. Le commerce n’est que la partie émergée d’un ensemble plus vaste, celui de la liberté.

Les écarts entre le Nord et le Sud se réduisent

Dans ces conditions, évoquer, comme on le fait souvent, un écart croissant entre le Nord et le Sud est inexact. Il est vrai que certains pays s’enfoncent encore un peu plus dans la misère et le sous-développement ; ce sont, sans exceptions, des pays caractérisés par l’omniprésence de l’État et le refus de la liberté économique. Mais globalement, la croissance en Afrique, en Asie et en Amérique latine est plus rapide, depuis des années, que celle des pays occidentaux. Les écarts entre PIB ou revenus se réduisent donc.

Mais le développement ne se mesure pas seulement par le PIB ; d’autres indicateurs sont intéressants à observer. C’est ainsi que la misère recule et que la part des gens vivant dans l’extrême pauvreté est passée de 43% en 1990 à 22% en 2008. L’auteur du rapport 2013 sur le développement humain, Khalid Malik, souligne que si « la révolution industrielle a concerné une centaine de million de personnes, l’émergence du Sud en concerne des milliards ». Le rapport souligne que les écarts en matière de santé ou d’éducation se sont plus réduits encore que les écarts de revenus.

L’élément le plus significatif concerne l’émergence d’une vaste classe moyenne, ce qui est un des signes essentiels du développement. Globalement, celle-ci devrait passer de 1,845 milliard de personnes en 2008 à 3,249 milliards en 2020, surtout dans le secteur Asie-Pacifique. Même les Nations unies doivent reconnaître qu’un rééquilibrage mondial se fait en faveur du Sud et K. Malik souligne « qu’un nombre énorme de personnes sont en train de grimper dans l’échelle sociale ». Le rapport du Programme des Nations unies pour le Développement affirme que « Pour la première fois, le Sud mène la croissance économique comme les changements de société ». Un symbole parmi d’autres : le Chili vient de dépasser le Portugal en termes de développement humain. Ce n’est pas un hasard s’il s’agit d’un des pays du Sud les plus libéraux.

Relancer le cycle de Doha ?

Le Sud tire aujourd’hui la croissance mondiale. Le Nord, qui connait une récession, notamment dans la zone euro, a besoin du Sud ; mais le Sud a besoin du Nord, notamment pour poursuivre son développement et réduire encore la pauvreté. Ce besoin réciproque passe par le chemin qui a réussi jusqu’à maintenant, celui de la liberté des échanges. C’est là qu’au-delà de toutes les interprétations politiques, l’élection d’un représentant d’un pays émergent à la tête de l’OMC peut être importante. Le cycle actuel de négociations, cycle de Doha, est en panne ; les pays du Sud sont prêts à aller plus loin dans l’ouverture de leurs marchés aux produits industriels si les pays riches renoncent à leur protectionnisme agro-alimentaire. Ce que Pascal Lamy, socialiste français, certes plus rose que rouge, n’a pas pu faire, à savoir relancer les négociations pour une plus grande libéralisation du commerce mondial, peut-être qu’un représentant d’un pays émergent, qui sait ce qu’il doit à la liberté économique, pourra le faire. À condition de ne pas écouter les gouvernements, mais, tout simplement, de regarder la réalité économique.


Sur le web.