Configuration du dernier rivage de Michel Houellebecq

Houellebecq

Le dernier livre de Michel Houellebecq est un recueil inattendu de poèmes inédits.

Le dernier livre de Michel Houellebecq est un recueil inattendu de poèmes inédits. Une centaine, regroupés en cinq parties.

Par Francis Richard.

Dans ce recueil, Michel Houellebecq dit en vers ce qu’il dit d’habitude en prose. Et ce n’est pas triste, enfin, façon de parler, parce que c’est tout de même Houellebecq qui parle et que le dernier rivage du titre est celui de la mort qui se profile.

On sait que ce misanthrope de Houellebecq ne croit en rien, qu’il habite l’absence et que son « chemin se résume à une étendue grise ». On sait que, pour cet ours, « rien ne subsiste après la mort », qu’il ne veut pas trop savoir si des réincarnations seraient possibles.

Pourtant il est une chose qui lui reste, l’amour :  « La sentimentalité améliore l’homme, même quand elle est malheureuse. Mais, dans ce dernier cas, elle l’améliore en le tuant. »

Il crève. Il s’achemine vers la fin de partie, surpris d’être poussé, par une force improbable, à continuer, alors qu’à l’évidence il diminue :

C’est la face B de l’existence,
Sans plaisir et sans vraie souffrance
Autre que celles dues à l’usure,
Toute vie est une sépulture

Tout futur est nécrologique
Il n’y a que le passé qui blesse,
Le temps du rêve et de l’ivresse,
La vie n’a rien d’énigmatique.

Il ne se fait guère d’illusions sur les hommes et leur virilité, en connaissance de cause puisqu’il aimait « beaucoup le cul des filles » et qu’au fond il n’aimait guère que ça :

Quand on ne bande plus, tout perd peu à peu de son importance ;
Tout devient peu à peu optionnel.
Demeure un vide orné, empuanti de plaies et de souffrances
Qui affligent le corps. Le monde est d’un seul coup plus réel.

Mais avant de mourir il a toujours su qu’il connaîtrait l’amour avec un « tendre animal aux seins troublants » :

Lorsqu’il faudra quitter ce monde
Fais que ce soit en ta présence
Fais qu’en mes ultimes secondes
Je te regarde avec confiance.

En dehors de cette inconnue, il y a Joséphine à la peau couleur du miel, Delphine aux sentiments pudiques, Lise qui le rend heureux rien que de penser à elle…

La vie du poète, « sorte de résidu perceptif », se poursuivra à Alicante :

Quelques années encore
En compagnie de mon petit chien
Et des joies (de plus en plus brèves)
Et de l’augmentation régulière des souffrances
En ces années qui précèdent immédiatement la mort.

Peut-être aurait-il dû se marier, avoir des gosses ou quelque chose : « Les chiens ont beau être gentils, un chien reste un chien. »…

La Configuration du dernier rivage est donc rien moins que joyeuse. Pourtant elle n’est pas vraiment morose. Sans doute l’art poétique opère-t-il cette transfiguration. Car la musique des mots rend supportable bien des pensées lucides et Michel Houellebecq connaît indéniablement cette musique-là.

La plupart des poèmes de son recueil sont écrits en vers, qui pourraient passer pour classiques si le poète ne s’accordait pas quelque licence avec leur longueur et, surtout, avec leurs rimes, dont les consonances n’empêchent pas, parfois, le mélange des genres, féminin et masculin.

Mais cela a-t-il de l’importance, puisque la magie poétique est là, puisque ce poète désabusé, attendant la mort avec résignation, entrevoit, toutefois, grâce à l’amour, la possibilité d’une île ?

• Michel Houellebecq, Configuration du dernier rivage, Flammarion, avril 2013, 104 pages.


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