Grâce à Rand Paul, le mouvement libertarien est plus populaire que jamais

Rand Paul est la nouvelle icône de la scène politique américaine. Sa récente popularité lui permet de changer les orientations du parti républicain concernant les drones, la défense et bien d’autres sujets.

Rand Paul est la nouvelle icône de la scène politique américaine. Sa récente popularité lui permet de changer les orientations du parti républicain concernant les drones, la défense et bien d’autres sujets.

Par James Antle [*], depuis les États-Unis.

Paul a remporté le vote informel mené à la dernière Conservative Political Action Conference (CPAC) et il semble qu’il ait largement dominé le débat concernant les drones. Un sondage effectué sur les participants à la CPAC a ainsi montré que 86% d’entre eux s’opposaient à l’utilisation de drones pour effectuer des assassinats ciblés sur le territoire américain et que 70% étaient contre leur utilisation pour espionner les citoyens américains. Plus frappant encore, 50% des militants du parti républicain sont tombés d’accord avec l’assertion suivante : Près de 70 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, il est temps pour les européens, asiatiques et autres alliés de se charger de leur propre défense nationale.

Seulement 34% d’entre eux étaient d’accord avec cette déclaration : En tant que superpuissance mondiale, les États-Unis doivent assumer la protection de leurs alliés en Europe, en Asie et dans d’autres parties du monde. 17% d’entre eux n’avaient pas d’avis clair sur la question.

Il est à noter que la formulation des questions a certainement incité les conservateurs à donner des réponses non-interventionnistes. Par exemple, un seul changement dans la première question remplaçant le mot citoyen en terroriste aurait sûrement abouti à des réponses différentes. Il n’en reste pas moins que le vent a tourné. L’époque où les Américains encourageaient n’importe quelle intervention extérieure au nom de leur sécurité nationale est révolue. Cette dernière avancée libertarienne pour la protection des droits fondamentaux a démarré avec l’obstruction parlementaire remarquée (qui dura 13 heures !) du sénateur du Kentucky Rand Paul. Celle-ci s’opposait à l’utilisation de drones sur le territoire américain. Paul avait alors posé une question simple à l’administration Obama : croyez-vous que le président dispose du droit de tuer un citoyen américain sur son sol à l’aide d’un drone ?

Dans ce qui semblait d’abord être une bataille perdue, Rand Paul s’est imposé et a gagné le soutien des deux sénateurs chefs de fil du parti républicain, ainsi que celui de nombreux sénateurs conservateurs, du président du Comité National Républicain, du comité national sénatorial républicain et de conservateurs actifs sur les réseaux sociaux, qui l’ont soutenu sur Twitter via le hashtag « #standwithrand ». Il a ainsi forcé l’administration Obama à abdiquer sur la question des drones, même si certains doutes persistent. Pour les conservateurs qui n’avaient auparavant jamais accordé d’attention aux drones ou aux meurtres extrajudiciaires, l’obstruction parlementaire de Rand Paul a été d’un grand intérêt. Elle leur a permis de pointer du doigt l’hypocrisie démocrate concernant les droits des américains, omniprésente lorsque ces derniers sont au pouvoir. Elle leur a également donné l’opportunité d’attaquer la Maison Blanche sur des sujets cruciaux et d’en retirer un succès incontestable. Et pour la première fois depuis trop longtemps, le parti républicain a pu rallier sa base conservatrice sans irriter qui que ce soit.

Enfin presque. L’éditorialiste Bill Kristol du Weekly Standard a dit de Rand Paul qu’il menait la « section rose » du parti républicain. Quant à John Mc Cain, il a jugé les libertariens immatures et leur a donné le surnom de « wacko birds » (ndlr : oiseaux cinglés).

Dans un passé non-si lointain, des railleries comme celles-ci auraient été dévastatrices. Ce n’est désormais plus le cas. L’étoile montante du Tea Party, le sénateur républicain Ted Cruz, a ainsi fièrement revendiqué le surnom de « Wacko Birds ». Quant à la remarque de Bill Kristol, elle a été complètement ignorée. Et les faits ne datent pas d’hier. La grogne a commencé dès l’audience d’approbation de Chuck Hagel, l’actuel secrétaire à la Défense des États-Unis. Depuis, Rand Paul a également amené les républicains à s’interroger sur des questions plus fondamentales que celles des drones : un état de guerre « permanente » sans limites géographiques ni temporelles est-il compatible avec un État faible ?

Paul a fait remarquer que si le territoire américain était considéré comme faisant partie du champ d’action de l’armée, alors la Constitution n’était plus respectée. Et que si le président des États-Unis pouvait engager l’armée sans restriction partout sur le globe, en se basant sur sa seule autorisation à user de la force contre les terroristes (que la plupart des Américains relient à l’Afghanistan), alors les contre-pouvoirs de guerre du Congrès étaient désormais impuissants. Or, présentée sous cette forme, la politique militaire du pays est inacceptable pour de nombreux républicains. Et ceci d’autant plus que le président actuel est démocrate.

De plus, Paul n’est pas seul. Il n’a pas seulement des alliés au Sénat comme Cruz ou Sen (Texas) ; on peut également citer Mike Lee, un autre représentant du Tea Party, mais aussi quelques républicains qui s’initient à la philosophie libertarienne tels que Justin Amash (Michigan), Kerry Bentivolio (Michigan), Thomas Massie (Kentucky), Raúl Labrador (Idaho), et Tom McClintock (California) pour en nommer quelques uns.

Il existe désormais des milliers de militants libertariens au sein du parti républicain, essentiellement au travers des organisations créées par le père de Rand Paul, le désormais célèbre Ron Paul qui a posé sa candidature aux présidentielles de 1988, 2008 et 2012. Campaign for Liberty et Young Americans for Liberty sont actuellement les associations les plus influentes. Mais le message de Ron Paul semble même s’infiltrer parmi les groupes conservateurs sur le plan fiscal tels que FreedomWorks ou The club for growthL’association The liberty movement est désormais une aile importante du Tea Party et un groupe majeur au sein du parti républicain. Et ses adhérents ne sont pas entièrement soumis aux républicains. Ces citoyens ont ainsi aidé le candidat libertarien Gary Johnson à récolter 1,2 million de votes aux présidentielles de novembre dernier.

La politique extérieure et les libertés civiles sont certainement les domaines où ces militants ont le plus d’impact et Rand Paul leur a montré la voie. Son obstruction parlementaire n’est pas sa première tentative d’isoler les néo-conservateurs du reste du parti. Alors que de nombreux Américains entendent parler de Rand Paul pour la première fois, il a déjà accumulé de nombreuses victoires au sein du parti républicain, notamment contre les néoconservateurs. Sa première victoire s’est présentée lors de la primaire de 2012, alors que Dick Cheney et Rudy Guilania soutenaient son adversaire. Une seconde a suivi, deux ans plus tard, quand son allié Thomas Massie a gagné une primaire pour le congrès dans le nord du Kentucky.

Les bases de cette ascension libertarienne sont cependant fragiles : en cas d’élection d’un républicain néo-conservateur aux prochaines présidentielles, les thèses libertariennes seraient affaiblies au sein du parti républicain. Il est également possible que l’aile libertarienne tente de s’imposer trop rapidement et compromette son ascension. Si Justin Amash posait sa candidature pour les sénatoriales du Michigan l’année prochaine et perdait, suivi par un Rand Paul menant une campagne présidentielle audacieuse (mais vaine) plutôt que d’attendre les élections sénatoriales de 2016, le mouvement pourrait perdre deux de ses leaders les plus influents.

Mais pour le moment, c’est un problème que les républicains libertariens sont heureux d’avoir.


Article initialement publié en anglais le 18.03.2013 par The Guardian. Traduction : Eriul pour Contrepoints.

[*] James Antle est journaliste du Daily Caller et rédacteur en chef de l’American Spectator.